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Tome troisieme.
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HISTOIRE

A l’égard da Roi, sa raison & ses propres sentimens l’obligcoient1666. d’avoir de la considération pour les conseils de la Reine fa mère; mais

Sentimens ne pouvant, ou plutôt ne voulant pas les suivre, peut-être qu’ils com-

du Roi à son meuroient à Pembarasser. II l’aimoit & l’honoroit, mais connoissant^6 art1, ville lui-uìême la foiblesse de son cœur , tant de combats à soutenir lui dé-

t om!\%ag. plaisoient, & dans cet état il est à croire que son amitié se trouvoit in-47j. iènsiblement diminuée.

Pour la jeune Reine , elle avoit toujours été fort attachée à Anned’Autriche ; elle lui avoit rendu de grands devoirs ; mais apparemmentque le désir de la primauté avoit trouvé place dans son cœur. Une ma-licieuse adulatrice, pour s’insinuer dans fa confidence, l’avoit déjà flattéefur la considération qu’elle alloit avoir, en ce que les devoirs n’étantplus partagés, ils ne seroient rendus qu’à elle. Soit que ce sentimenteût diminué sa tendreflê , ou que la longueur de la maladie Peût accou-tumée à l’idée de sa mort, la douleur qu’elle témoigna ne répondit pasà l’amitié, dont elle avoit donné & reçu tant de marques.

Eloge de Cette grande Reine, morte avec la réputation d’une des plus vertueu-

cette Prin- f es Princesses qui aïent jamais été fur le trône , fût enterrée à St. Dénis,cesse * fans pompe, comme elle l’avoit souhaité. Toute la suite de sa vie fitvoir qu’elle n’étoit ni aussi incapable de gouverner, ni aussi attachée auxintérêts de la Maison dont elle étoit sortie que le Cardinal de Riche-lieu l’avoit persuadé à Louis treize. Sa Régence ne fût guères moinsagitée que celle de Marie de Médicis ; mais elle finit bien plus glorieu-sement pour elle. Après avoir rappellé tous les sujets à l’obéïssance ,donné la paix à ses peuples, marié son fils, comme il convenoit à fa.grandeur & à ses intérêts qu’il le fût, elle se retira absolument des affaires& souffrit patiemment de se voir presque sans aucun crédit. Par-là ellen’eût à souffrir ni du Roi son fils lorsqu’il gouverna par lui-méme, ni duprémier Ministre ; l’un & l’autre eurent pour elle de grands égards, qu’el-le s’attiroit par fa complaisance à vouloir toûjours ce qu’ils jugeoient àpropos d’ordonner.

L e grand reproche qu’on a eu à lui faire, ç’a été son attachement àsoûtenir le Cardinal Mazarin jusqu’à s’exposer elle-même , le Roi son fils,& PEtat, plûtôt que de l’abandonner à la haine de ses ennemis ; & c’estla plus belle action de fa vie, si elle l’a fait, comme on n’en peut guèresdouter , parce qu’elle étoit persuadée de son mérite, de sa fidélité, de l’in-juítice des plaintes qu’on faisoit contre lui, & que c’étoit abandonner PE-tat & la Couronne de son fils aux vûës ambitieuses, du-moins aux capri-ces de ceux qui avoient entrepris de l’éloigner pour occuper là place. Laconstance , l’intrépidité firent son caractère ; ces grandes qualités étoientaccompagnées de beaucoup de raison, d’une grande politeííè, d’unehumeur bien-faisante. Elle fût l’amour des peuples & les délices de laCour. Son amour pour la Religion , fa piété, dont elle donna toûjoursdes marques, & qui éclata les dernières années de fa vie par la pratique desvertus les plus héroïques, en ont fait le modèle des Reines les plus accomplies.