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Tome troisieme.
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DE LOUIS XIV. LIV. XXXI. 31 9

animer. La Légende, Victoria celeritas, & PExergue, Se-q.uanorum Provincia decem diebus subacta, expriment,que la FiEioire fût fi rapide , que cette Province entière fût soumise en dix jours.

P o u r q_u o 1 n’avoir pas mis quinze au-lieu de dix ? L’événement n’é-toit-il pas aíléz merveilleux , fans l’augmenter aux dépens de la vérité ?Peut-être n’est-ce qu’un oubli du graveur. Mr. de Lionne écrivant àla Haïe au Comte d’Estrades, ne crut pas diminuer la gloire de sonMaître en lui mandant exactement la vérité. „ Une Province, diíòit- „il, où il y a trente-íîx Villes fermées, & entr’elles quatre Places for- „tes & plusieurs Châteaux , a été emportée par Sa Majelté en quinze „jours ; car ses Armes y entrèrent le quatrième, & Sa Majelté entra „dans Grai le dix-neuvième, qui étoit la dernière Place qui lui reítoit „à prendre ; & tout cela fans que le canon ait joué, ni qu’il y ait eu „assez de tems & de besoin pour le mettre en batterie. A dire vrai, tout „ce qui est arrivé passe l’imagination , & le Ciel faitbiep voir qu’il protège „visiblement la juste Cause & les bonnes intentions de nôtre Maître “.

Expe'dition certainement glorieuse , quoiqu’après-tout la gloire semesure par la difficulté & la résistance ; mais expédition inutile, puis-qu’on s’étoit engagé, même par écrit, de n’en tirer aucun avantage ,& de ne s’en prévaloir en aucune manière pour augmenter les condi-tions qu’on avoit proposées. La foible gloire de faire sentir au Gou-verneur des Païs-Bas qu’il avoit eu tort de refuser la trêve, valoit-elleles dépenses qu’elle coûta ? Conquérir une Province qu’on est déterminéde rendre, fans que cette conquête apporte aucun avantage réel, n’est-cepas trop compter fur son bonheur & fur la bonne volonté de ses sujets?Expédition cependant qui ne servit qu’à exciter de plus en plus lajalousie des autres Puissances, & à leur faire sentir l’impuissance où ellesétoient chacune en particulier de résister à un Roi belliqueux passionnépour la gloire , qui commandoit à un Peuple innombrable, des biens &de la vie duquel il difposoit absolument.

On avoit tâché de justifier cette entreprise dans une Lettre auxEtats-Généraux ; mais on peut dire que les raisons qu’on apportoit n’é-toient que spécieuses. On les réduisit à trois. La prémière, pour dé-terminer les Espagnols à la paix, dont on disoit qu’ils avoient une aver-sion invincible, jusques-là même qu’ils ne vouloient pas consentir à latraiter ; & qu’on avoit jugé nécessaire de les réveiller de leur létargie parde nouveaux progrès, les forcer de sentir le besoin qu’ils avoient de lapaix , & donner lieu aux Seigneurs Etats d’agir auprès d’eux avec plusd’efficace & d’utilité qu’ils n’avoient fait jusqu’alors.

Le second motif, & le principal, c’étoit pour prévenirl’Empereur,qui faisoit un grand armement, & que l’Ambassadeur d’Espagne excitoitsans cesse à attaquer le Duché de Bourgogne. Que dans ces circonstances,la prudence & la bonne politique avoient obligé d’aller au-devant deces dangers, en tâchant d’occuper des postes dans la Franche-Comté,qui fermassent l’entrée de la Bourgogne , & ôtassent les moïens & lacommodité de l’attaquer. La

1668 .

D’EJìrodes ,tom. 5 . pag,

248.

Montglat ,tom. 4 . pag.

On tâchede justifiercette entre-prise.

D’EJl r ades ,tom. ;, pag.ÎOJ.