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Tome troisieme.
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DE LOUIS XIV. LIV. XXXI. Z4Z

assure même qu’elle n’étoit venue à la Cour que dans le dessein de fup- -.«àlà »planter la Valière. Si elle eût ce dessein , elle le dissimula; elle parut 166%.réservée , dévote même ; elle entra dans les sentimens de la Reine, blâ- Mémoiresma hautement la Valière de la hardiesse qu’elle avoit de se présenter Au Marquisdevant elle & de faire éclater à ses yeux les transports de son amour.

Dieu me préserve , disoit-elle souvent, d'être jamais la Maîtresse du Roi ; d’jmsier-mais fi ce malheur uíarrivoit , je me garderois bien d'avoir une pareille con- dam. pag. 51.duite. Et dans le tems même qu’elle parloit de la forte , elle aimoit& elle étoit aimée.

Elle avoit plû dès qu’on l’avoit vûë. Sa qualité de femme mariée avoitsuspendu quelque tems les impressions qu’elle avoit faites ; ses yeux appa-remment & ses manières firent entendre- que cet obstacle ne seroitpoint invincible. On se gêna pendant quelque tems pour cacher cesmystères ; la nouvelle Amante se fit confidente de Pancienne ; enfin oncessa de se contraindre, & le scandale devint public. Ce fût cette nou-velle passion qui interrompit & qui borna les conquêtes de l’année pré-cédente , & qui peut-être eût plus de part à la paix que les raisons desMinistres & les intrigues des Hollandois. Le Marquis de Montespanse plaignit amèrement ; il s’en prit en particulier à Madame de Mon-tausier, qu’il accusoit d’avoir été trop complaisante ; il lui dit les cho-ses du monde les plus dures en présence de trois ou quatre Duchessesqui se trouvèrent chez elle r & bientôt il eût ordre de se retirer furses Terres.

Son infidèle Epouse , loin de rougir de sa foiblesse criminelle, paruts’en faire un sujet de gloire & de triomphe ; elle soûtint sa nouvellefortune avec autant de hauteur & de fierté qu’en a dans un Serrail laSultane favorite. Deux Princes & plusieurs filles furent le fruit de cesamours, qui durèrent dix-huit ou vingt ans. Le Père Annat Jésuite,qui avoit pardonné à son Pénitent sa passion pour Mademoiselle de laValière , ne pût trouver dans la Morale la plus relâchée de quoi ex-cuser cet adultère ; il se retira de la Cour. Son successeur le PèreTerrier , & après lui le Père de la Chaize furent moins délicats ; du-moins , pendant tant d’années que cet attachement dura , l’approchedes Sacremens ne lui fût point interdite ; aussi , eurent-ils beaucoupplus de pouvoir, &.la distribution des bénéfices leur fût presqu’entière-ment abandonnée.

L a Duchesse de la Valière fût quelques années seconde favorite ; sontendre attachement l’emporta sur le dépit & la honte, lesquels enfin sechangèrent en dévotion. Elle se retira aux Carmélites, ou elle vécutdans les sentimens d’une vraie Pénitente, & mourut pénétrée de recon-noissance pour les grandes miséricordes que le Seigneur avoit exercées àson égard.

Qu o 1 que Louis eût de la délicatesse de sentimens, & qu’il se piquâtde constance , la Marquise de Montespan eût pendant quelque tems une

rivale