Band 
Tome troisieme.
JPEG-Download
 

1 669 »

Goût. deLoiiis pourles louanges.

Operas.farLulli gçf au-tres.

Sermons de

Bourdalou'é.

&c.

Divisiondans la Fa-mille Roïale.Montpenjìer ,tom. 6 , pai{.

ig.

lb.pag. 19.

Z46 HISTOIRE

fût jamais, se succédoient fans cesse & tenaient dans une espèce d’enchante-ment.

L e s spectacles , sur-tout, plaisoient infiniment. Outre leur beautéréelle, qu’on admire encore aujourd’hui, & qu’on admirera toujours ,.Molière & Quinault qui composaient les pièces que Lulli animait de sessublimes airs, emploïoient tout ce qu’ils avaient d’esprit pour louer leur'Roi. Le titre de Héros était presque le moins relevé qu’ils lui don-naient ; toutes les Nations dévoient se soumettre à son Empire ; sonNom seul répandait la terreur en tons lieux ; il n’avoit qu’à paraîtrepour terrasser ses ennemis & confondre tous leurs projets. Que fai-je ?/on peut les lire, & on fera étonné qu’un homme mortel ait pû souffrirqu’en sa présence on l’ait loué lui-même & ses passions d’une manière flexcessive ; & ce qui doit encore étonner d’avantage , c’est que dès-lors,& dans la fuite , les Orateurs Chrétiens s’efforcèrent d’encherir fur ceque ces Auteurs mercenaires avaient imaginé de plus flatteur. Une par-tie de la vraïe grandeur pourtant, estd’avoir de la modestie; elle fied du-moins aussi bien dans les bons succès, que la fermeté dans les mauvais.

Quelques nuages de division troublèrent ce contentement fi parfait.Le Prince de Conti était mort vers la fin de Tannée précédente, dansson Gouvernement de Languedoc. Le Duc d’Orléans, excité par ceuxqui Tapprochoient, souhaita ce poste. Quoiqu’on lui eût dit qu’il n’auroitjamais de place de cette nature, & qu’il fût convenu de n’en point de-mander , il le fit cependant ; il fût refusé. II fit de grandes plaintes de cerefus, & de plusieurs autres articles, fur lesquels il prétendait qu’on n’enavait pas usé avec lui comme le demandait sa qualité de frère , & sur-toutsa conduite respectueuse & soûmise. On négligea d’abord ses plaintes.Comme elles continuèrent, on s’en prit au Chevalier de Lorraine favo-ri de ce Prince.

C e Chevalier gouvernait absolument sa Maison. On en était d’autantplus surpris dans le monde , qu’il n’y passait point pour être digne d’unesi grande confiance ; aussi en a-t-on soupçonné d’etranges choies. Ma-dame en particulier Paccusoit d’être la cause du peu de tendresse qu’avoitpour elle son époux, & des chagrins fréquens qu’il lui causait par sesmauvaises humeurs. Mieux que jamais à la Cour, par l’efpérance qu’onavait de détacher par son moïen le Roi d’Angleterre son frère, de l’Al-liance qu’il venait de prendre avec les Hollandais, on se fit un plaisir dela vanger.

D a n s ces circonstances, Monsieur donna à son favori une Abbaïe quivint à vaquer dans son Appanage. L’ufage était, que sur la nomina-tion de ce Prince, le Sécrétaire d’Etat chargé de ce Département, fîtfans aucune difficulté les expéditions pour Rome. Le Chevalier de Lor-raine fût fort scandalizé que le Tellier eût dit à celui qui lui était venudemander cette expédition, qu’il avait ordre du Roi de ne la pas faire.Monsieur en parla au Roi; il n’eûtpointd’autreréponse , si-non, qu’onne voulait pas que le Chevalier de Lorraine eût cette Abbaïe ; & on