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Tome troisieme.
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DE LOUIS XIV. LIV. XXXII.

Z75

On pouvoit ajouter, quel’envie de bâtir devint générale. Les Grands,fur-tout, les Financiers, dont le nombre & les richesses augmentoienttous les jours, élevèrent de tous côtés des bátimens superbes, en com-paraison deíquels les anciens Palais des Rois , qui subliítent encore au-jourd’hui , ne sont que des cabanes. On ne pourroit que louer cesmagnificences, si en les comparant à,la pauvreté qui règne dans la plu-part des Villes de Province on ne sentoit que c’est du fonds qu’ellesont produit que la Capitale s’est si fort accrue & embellie.

L’am o u r qui continíioitde régner dans le cœur de Louis, lui fit fairecette année une démarche bien singulière. 11 voulut par un Acte de Justi-ce s’assúrer à lui-í’eul la possession de Madame de Montespan. N’ôsants’adresser au Parlement, il envoïa ordre au Châtelet de prononcer uneSentence de séparation de corps & de biens entre cette Dame & sonMari ; du moins c’est ce qu’écrivoit Gui-Patin le onzième de juin, ences termes. Le Roi a envoïé au Châtelet un Acíe pour séparer de corps c ode liens Monsieur & Madame de Montespan.

Cet te indulgence du Monarque pour fa passion, pouvoit taire es-pérer quelque compassion de fa part, à ceux qui étoient atteints du mêmemal. Mademoiselle de Montpensier , dont on a déjà souvent parlé, s’enflatta inutilement. Cette Princesse, après avoir refusé différens partisconvenables qui s’étoient présentés pendant fa jeunesse & avoir dit uneinfinité de fois que son état de fille la rendoit parfaitement heureuse,voulut se marier à l’âge de quarante-deux ou quarante-trois ans. Cen’est pas qu’elle n’eût formé quelques-fois le même dessein ; mais com-me l’ambition feule en étoit le principe , & que cette ambition étoitmodérée, le peu de succès n’avoit point troublé le bonheur de fa vie.II n’en fût pas de même dans cette occasion ; l’amour s’en mêla, & ja-mais peut-être il ne fit mieux sentir la force de son empire. Cette avan-ture mérite d’être racontée, & ne peut passer pour une. épisode horsd’œuvre, puisque l’Histoire d’un Roi est aussi celle de son peuple , &à plus forte raison, celle de fa famille. Mademoiselle de Montpensierl’a écrite elle-même de la manière la plus naïve, & c’est de ses Mémoi-res qu’on tirera ce qu’on va dire.

Cette Princesse, jusqu’au commencement de cette année, avoit igno-ré ce que c’est qu’aimer, au point qu’elle aimoit déjà sans s’en apper-cevoir. Toûjours elle avoit vécu dans une extrême opposition à tout cequi s’appelle galanterie ; son rang „ fa sagesse naturelle, l’a voient miseau-dessus de ces amusemens, & quoique belle & bien - faite, personnen’avoit eu pour elle des sentimens, ou n’avoit ôsé les faire paroítre.

Dieu est le Maître de nos états, dit-elle; il nous y laisse autant „que la variété de nos esprits le peut souffrir. II avoit permis que „j’eusse regardé le mien comme le plus heureux qui fût au mondeCette estime de son état, & le contentement qui en étoit le fruit s’é-vanoiiirent insensiblement ; sans en savoir la raison, elle s’ennuïoit dansles endroits où elle s’étoit plûë autrefois, elle en affectionnoit d’autresqui lui avoient été indifférens. Llle

1670.

Trait marquéde la pasiionde Louis qua-torze pourMadame deMontespan.Tom. 2. fag.<iìo.

Edition deParis 1692.Histoire desAmours deMademoisel-le de Mont-pensier.

Elle mimetom. 6. pag.-U

BuJJï f A-mours desDames Illus-tres de Fran-ce,

Elle avoitignoré ce quec’étoit quel’amour jus-qu’à l’âge dequarante-trois ans.Ibid.