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L e siège alla fort lentement. Les Espagnols n’avoient point fait,comme ils l’avoient promis, les préparatifs nécessaires ^'artillerie & d’au-tres munitions de guerre. Montai au désespoir d’avoir été trompé, réso-lut de périr ou de rentrer dans fa Place. Instruit de la manière dont fepoussoit ce siège, il laissa passer plusieurs jours, persuadé que la vigilancefe rallentiroit. II partit de Tongres le dix-sept avec cent cinquante Cava-liers , auxquels il sit prendre l’écharpe rouge. II marcha toute la nuit,& arriva le lendemain à une lieuë du camp ennemi. II attendit le momentoù les aflìégeans revenoient du Bivouac, il fe mêla avec eux parlant Es-pagnol ou Allemand, & passa ainsi julqu’au dernier Corps de garde.L’Officier qui y commandoit eût quelques soupçons, il ordonna à fatroupe de monter à cheval. Montai le tua, & profitant du désordre ilpassa sur le ventre à tout ce qui voulut s’opposer à son passage ; il ne per-dit que quatorze hommes & entra glorieusement dans la Ville. Dèsqu’il y fût, fans perdre un moment il fe montra fur les remparts, & fit an-noncer fa venue par de continuelles décharges du canon; le lendemainil fit une vigoureuse sortie.
L a rigueur de la saison fût le prétexte dont le Prince d’Orange se ser-vit , pour lever avec quelque honneur le premier siège en forme qu’ileût entrepris ; d’ailleurs les troupes Françoises marchoient de tous côtéspour venir au secours. Ce nouvel échec ne fit aucun tort à la réputationde ce Prince ; les préjugés du peuple étoient tels en fa faveur, qu’il lui ap-plaudissait en tout. On dit publiquement qu’il n’avoit point eu desseinde prendre cette Place , & qu’il n’avoit fait semblant de l’asséger , que
Ê our faire voir que la Hollande n’étoit pas aussi accablée qu’on la croioit.
n effet cette entreprise, quoique manquée , rétablit la réputation desProvinces-Unies, & contribua beaucoup à déterminer plusieurs Princesd’Allemagne à fe déclarer pour elles. La vérité est, qu’on ne pouvoitavec justice reprocher au Stadhouder la levée de ce siège. Le Comtede Monterey lui avoit promis qu’en arrivant devant cette Place il trou-veroit tout ce qui étoit nécessaire pour la presser vivement; tout luimanqua ; il fallut perdre dix ou douze jours à attendre le gros canon.Le Comte de Marsin fût soupçonné d’avoir été la cause de ce retarde-ment , parce que sa femme, qui avoit de grands biens en France, mé-nageoit son accommodement. Piqué des reproches qu’on lui fit à cetteoccasion , il fe retira fur une de ses Terres dans le Païs de Liège, où ilmourut l’année suivante. C’étoit le seul de tous ceux qui avoient autre-fois suivi le Prince de Condé , qui n’avoit point eu de part à P Amnistie ;aussi sa faute avoit été la plus criante, & ne pouvoit palier que pour unetrahison.
L a levée de ce siège fût encore célébrée par une Médaille, f On yvolt la Ville de Charleroi, sous la figure d’une femme couronnée detours : elle met fur la tête du Roi une Couronne d’herbes verdoïantes &fleuries. La Légende, Caroloregium Obsidione liberatum,signifie, le siège de Cbarleroï levé, L’Exergue marque la date j672.
lii } La
1672.
Il lève lesiège.Neuville ,tom. 4. pag.361.
Le Clerc ,tom. j. page316.
Quincy , tom.1. pag. Î17.
f Voïez hN°. LXXII.