Band 
Tome troisieme.
JPEG-Download
 

DE LOUIS XIV. LIV. XXXV. fof

d’autres peut-être plus plausibles s’il s’étoit arrêté à moitié chemin. On ■—an’auroit pas manqué de Faccuscr d’avoir sacrifié le bien public à son 1674,ambition particulière, & l’honneur de remporter une victoire complet-te à l’envie de prolonger la guerre pour avoir le plaisir de commanderplus long-tems. D’autres lui ont reproché, de n’avoir pas mis d’avancetoute son Armée en disposition d’exécuter un dessein heureux contreFennemi, & de pousser promptement ses prémiers avantages. II est cer-tain que s’il l’avoit fait, l’Armée des Alliés eût été détruite & pref-qu’anéantie, & que ce ne fût que le tems qu’il perdit à attendre sestroupes, qui donna au Prince d’Orange celui de le reconnoître, & des’établir, comme il fit, dans le village le Fays. Mais étoit-il raisonnablede penser que Fennemi seroit assez téméraire pour faire continuer la mar-che aux colonnes de son Armée, lans placer quelques troupes dans lepremier défilé pour recevoir celles de FArrière-garde, en cas qu’elles fus-sent chargées & mises en désordre ? Pouvoit-il s’imaginer qu’une précau-tion auísi triviale seroit négligée par présomption ou par ignorance ? Ce nefût en effet que la seule négligence de Fennemi à garder le prémier dé-filé derrière son Arrière-garde, qui donna lieu à ce grand événement,lequel, fans cette négligence, n’auroit été qu’un combat fort leger &fort court contre quelque cavalerie , qui n’auroit pû être poussée que jus-qu’à ce défilé.

L e Prince de Condé n’avoit pensé qu’à engager un combat particulieravec FArrière-garde des Alliés; il n’avoit fait sortir de son camp que lenombre de troupes qu’il croioit suffisant pour la charger , en cas qu’el-le prît sa marche sans précaution. Aussi l’on doit regarder le combatde Seneff comme trois grands combats, qui se donnèrent en un mêmejour par des troupes qui furent presque toûjours les mêmes contre dif-férentes parties de la même Armée, qu’elles auroient battues successi-vement si leur action avoit pû être plus prompte. Rien n’étoit plus ju-dicieux & mieux concerté que son attaque. Maître de la faire cesserquand il le voudroit, il ne risquoit point de la voir changer en une ac-tion générale qu’il vouloit éviter. Le Prince d’Orange au-contrairelaissoit engager une action particulière sans aucune vûë, puifqu’il n’a-voit pris aucunes mesures pour faire cesser, quand il le jugeroit à pro-pos , ce combat qu’il n’avoit point eu intention de donner. Ainsi cePrince par son imprudence tomba dans l’inconvénient qu’un Généraldoit éviter avec tout le foin possible, savoir , de combattre malgré lui,

& de se trouver dans une affaire générale pour n’en avoir pas évité uneparticulière.

Ce fût encore avec sagesse que le Prince de Condé ne se contenta pasde l’avantage remporté à Seneff', & qu’il attaqua le village de St. Nico-las. L’Avant-garde ennemie & le Corps de bataille qui étoient partislong-tems avant le jour, étoient trop éloignés pour le íòûtenir au-trement que par des détachemens. Mais il n’auroit pas dû s’engager àla troisième action ; il devoit penser que ses troupes fatiguées par deuxTome III. S s s com-