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DES SUPERSTITIONS.
„ Saint Augustin (a) qui assista à ce célébré Conci-„ le, assure dans le second Livre de la Doctrine Chrê-„ tienne, Qu’il y a de la superstition dans tout ce que„ les hommes ont établi pour faire & pour adorer les„ Idoles ; dans tout ce qui se termine à adorer comme„ Dieu la créature, ou quelque partie de la créature ; &,, dans tout ce qui regarde les alliances & les pactes que„ l'on fait avec les Démons. II dit ensuite , Qu’il y a„ de la Superstition dans la Magie, dans les augures,„ dans les ligatures, dans les remedes que la Medecine„ condamne, dans les charmes, dans les caractères,„ dans les préservatifs , dans la vaine observance, &„ dans l’Astrologie judiciaire..
„ 11 défend ailleurs aux Chrétiens (6), de mettrej, leur pieté dans le culte des Démons, parce quecom-
me toute Superstition est un grand supplice & une„ très-dangereusè infamie pour les hommes, elle est un,, honneur & un triomphe pour les esprits de ténèbres.
Entre les avis salutaires que saint Eloi Evêque deNoyon donne à ses peuples, il leur dit (c) selon lerapport de saint Oiien Archevêque de Rouen dans íàVie: „ Avant toutes choses, mes frétés, je vous aver-,, tis & vous conjure de ne garder aucunes coutumes,, Payennes ; de n’ajoûter foi ni aux Graveurs de pre-„ fervatiís, ni aux Devins, ni aux Sorciers, ni aux„ Enchanteurs, & de né les point consulter pour quel-„ que sujet ou quelque maladie que ce soit : parce que„ celui qui commet ce crime perd aussi-tôt la grâce du„ Baptême. N'observez point les augures ni les éter-,, nuëmens, & quand vous ferez en chemin ne prenez,, pas garde au chant de certains oiseaux, mais soit que,, vous cheminiez , soit que vous fastìez quelqu’aurre„ chose, faites le signe de la Croix sur vous 8 c récitez„ avec foi & pieté le Symbole & l’Oraison Dominica-„ le, & l'Ennemi ne vous poura nuire. Qu’aucun„ Chrétien ne remarque à quel jour il fort de fa mai-« son, ni ^quel jour il y rentre , parce que Dieu a„ fait tous les jours. Ne vous attachez ni au jour ni à„ la lune lorsque vous avez quelque ouvrage à com-,, mencer. Ne pratiquez point les cérémonies sacrile-„ ges & ridicules que les Payens font aux Calendes de„ Janvier, soit avec une genisse où avec un fan, soit,» en dressant des tables la nuit, soit en donnant des é-„ trennes, soit en faisant des beuvettes superflues. Ne„ croyez point aux bûchers, & ne vous asseyez point„ en chantant, parce que toutes ces pratiques sont des„ ouvrages du Démon. Ne vous arrêtez point aux sol-„ stices, & qu’aucun de vous ne danse , ne saute , ni„ ne chante des chansons diaboliques le jour de la Fête„ de saint Jean , ni de quelqu’autre Saint. Qu’aucun„ de vous n’invoque les noms des démons, ni ceux des„ fausses divinitez, & n’ajoûte foi à de semblables fo-„ lies. Ne passez point ie Jeudi dans l’oisiveté ni pen-,, dant le mois de Mai, ni pendant un autre temps, à„ moins qu’il n’arrive ce jour-là quelque Fête. Ne„ chommez que le Dimanche. Ne portez point des„ flambeaux aux Temples des Idoles, aux pierres, aux„ fontaines, aux arbres, ni aux carrefours, & ne faites,, des vœux à aucune de ces choses. N'attachez point„ de ligatures au cou des femmes ni des bestes, quand„ même vous verriez des Ecclésiastiques en user ainsi,
„ & que l’on vous diroit que cette pratique setoit sain-s, te, & qu’elle ne renfermeroit que des paroles de l’E-„ criture, parce qu’un tel remede ne vient pas de J e-,, sus-Chrïst, mais du Démon. Ne faites point-, d’expiations, n’enchantez point des herbes & ne fai-» tes point passer vos troupeaux par des arbres creux,
„ ui dans de la terre percée, d’autant qu’il semble que„ ce soit les consacrer au Démon. Qu’aucune femme„ ne pende à son cou de l’ambre, & n’invoque ni Mi-,, nerve, ni aucune autre malheureuse personne, soit
(а) c. zo.
( б ) Lib. de vera Relig. c. 55.
(c) Lib. 2. c. ij-. tom. f. Spicileg. Acheri. On lit la mime cho-se dans le Sermon de Saint Eloi ad omnem plebem, dans leTraité. De rectitudine Catholicœ conversations , qui ft trouvodant f Appendix du 9. Tome des œuvres de S. Augustin.
„ pour filer, soit pour teindre, soit pour faire quel-„ qu’autre ouvrage, mais plutôt qu’elle implore la gra-,, ce de J e s u s-C h r i s t dans toutes ses actions, &„ qu’elle mette toute fa confiance dans la vertu de son„ nom. Qu’aucun ne crie lorsque la lune s’édipse, par-,, ce qu’elle s’édipse en certains temps par l’ordre de„ Dieu. Qu’aucun ne fasse difficulté d’entreprendre„ des ouvrages dans la nouvelle lune, d’autant que„ Dieu a créé la lune pour marquer les temps , &„ pour modérer les tenebres de la nuit, non pas pour„ arrêter les ouvrages de qui que ce soit, ni pour ren-,, dre les hommes insensez, comme s’imaginent certains,, fous, dans la penlée qu’ils ont que ceux qui sont„ possedez par les Démons sont tourmentez par la lune.„ Que personne n’appelle son Maître le soleil ou la lu-„ ne, & ne jure par ces deux astres, qui sont des crea-„ tures de Dieu, & qui, selon qu’il l’a ordonné, ser-„ vent aux nécessitez des hommes. Que personne ne,, croye au destin, ni ì la fortune , ni à l’Astrologie„ judiciaire, en sorte qu’il juge de toute la vie des„ hommes par le point de leur naissance, parce que„ Dieu veut que tous les hommes Jòient sauvez,, gr,, qu’ils viennent a la connoijsance de la vérité, 8 c qu’il„ a réglé toutes choses avec sagesse avant la création du,, monde. S’il vous arrive quelque maladie, n’ayez,, recours ni aux Charmeurs, ni aux Devins , ni aux„ Sorciers, ni aux Graveurs de préservatifs. Ne vous„ attachez ni aux fontaines, ni aux arbres, ni aux car-3, refours, pour faire des phylactères diaboliques ; mais,, que celui qui est malade ait confiance en la feule mi-« sericorde de Dieu, qu’il reçoive avec foi & avec de-„ votion le Corps & le Sang de Je s u s-C h ri st,,, & qu’il demande à l’Eglise le Sacrement de l’Extrê-,, me-Onction, afin que les Prêtres strient four lui, se-„ Ion le langage de l’Apôtre saint Jacques (d ), l'oì-,, gnant d’huile au nom du Seigneur , que la striere de,, la foi fauve le malade , que le Seigneur le foulage , en,, lui rendant non-seulement la santé du corps, mais„ auffi celle de l’ame, & qu’il accomplisse en lui les pro-,, messes qu’il a faites dans son Evangile”.- (e) Quoi-que ce soit que vous demandiez, dans la striere , vous l'ob-tiendrez, , fi vous le demandez, avec foi.
CHAPITRE III.
Sentimens du stxiéme Concile de 'Paris en829 . P)es Canons Penitentiaux, de Guillau-me le Maire Evêque d'Angers, duConcilede P alêne e en 1322 . de Guillaume Arche-vêque de Cologne & de la Faculté de Théo-logie de Paris, fur les Superstitions.
L E 6 . Concile de Paris en 829. fi fameux pour legrand nómbre de sages Reglemens qu’il contient,s’explique fur les Superstitions en cette sorte : „ Il y a„ d’autresmaux (f) très-pernicieux, qui sont assurément„ des restes du Paganisme , tels que sont la Magie,,, l’Astrologie judiciaire , le Sortilège, le Maléfice ou,, l’Empoisonnement, la Divination, les Charmes, &„ les conjectures qui sc tirent des Songes. Ces maux,, doivent être très-scverement punis, selon la Loy de„ Dieu. Car il est hors de doute, & plusieurs en ont„ connoissance, qu’il y a des gens qui par les prestiges,, & les illusions du Démon gastent tellement les esprits„ des hommes par des philtres, par des viandes & par„ des phylactères, qu'ils semblent les rendre stupides &„ insensibles aux maux qu’ils leur font souffrir,„ On dit auffi qu’ils peuvent troubler l’air par leurs ma-„ lefices, envoyer des grefles, prédire les choses à venir,’,, ôter aux uns leurs fruits & leur lait pour le donner
», aux
(d) C. f.
(e) Matt. 14 .
(f) Lib, Z cap. ».