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DES SUPERSTITIONS.
„ cromancíe. Lorsque l’on employé les choies saintes„ à d’alitrês usages qu’à ceux ausquels elles font desti-„ nées, cela s’appelle Superstition. Ainsi il y a de la„ Superstition à faire boire de P Eau beniteaux malades,„ à en répandre fur les champs afin de les rendre fertiles,», Le à en donner à boire aux animaux, à prendre du„ Cierge Paschal 8e de l’éau des Fonts baptismaux pour„ produire certains effets ; à ne point manger de testes„ en l’honneur de Sainte Apolline ou de S. Biaise ; à„ se servir du Cierge beny Le d’une Croix de bois faite„ d’un rameau pour fe préserver de certains maux ; à fe», baigner la veille de Noël Se du Mercredi des Cendres,„ pour n’avoir point les fièvres, ni le mal de dents; à„ ne point manger de chair le jour de Noël, afin de„ n’être point malade des fièvres ; à honorer S* Nico-„ las, afin d’avoir des richesses ; à faire un voyage à S.
Valentin, en demandant l’aumône » contre le mal-caduc ;,, àpezer un enfant avec du seigle ou de la cire; à porter„ dans le Printemps une Croix par les champs contre les„ tempêtes; ì faire certaines Offrandes fur un Autel,„ comme des pierres le jour de S. Etienne , & des„ fléchés le jour de S. Sebastien.. Il se commet auflì„ diverses Superstitions par le moyen des paroles mêlées„ avec certaines choses, par le moyen des maléfices Dia-„ boliques, qui donnent de la haine ou de l’amour ; par„ le moyen d’une aiguille qui a touché la rohbe d’un„ Mort ; par le moyen d’un morceau de bois d’un gibet„ ou d’une potence; par le moyen de certains bois joints», ensemble contre les fièvres ; par le moyen d’une hos-,, tie non consacrée , contre le même mal & contre la„ jaunisse; enfin par le moyen de l’urine, des poussins„ & d’autres semblables folies. Plusieurs , dit S. Jean„ Chrysostome fur S. Matthieu”, a íexemple des Pha-risiens , qui ajfeBoient de porter sur leurs habits desbandes de parchemin plus larges que les autres , gr d’avoirdes franges plus longues , inventent , écrivent & allèguentcertains noms Hébraïques d’Anges t & ces noms paroijfentformidables à ceux qui ne les entendent pas. „ II faut bien,, prendre garde qu'ils ne contiennent rien de faux, car„ s’il s’y rencontrait quelque fausseté , ce ferait une,, marque qu’ils ne viendraient pas de Dieu. Et il ne„ fàut pas croire que Dieu ait attaché aux paroles une„ vertu qu’il ne leur a pas donnée j comme font certai-„ nés gens qui s’imaginent qu’ils ne seront jamais noyez,„ & qu’on ne les pourra jamais prendre, pourvu qu’ils„ portent fur enx l’Evangile de S. Jean. II faut en-„ core bien prendre garde, qu’il n’y ait quelque vanité„ mêlée avec les paroles sacrées, comme serait le signe„ de la Croix, & qu’on ne mette son esperance dans la„ maniéré de les dire, de les écrire, ou de les lire, ce„ qui serait une'vaine observance que l’Eglise n’approu-„ ve pas. On peut porter sur soy les Evangiles, l’O-„ raison Dominicale, 8c les Reliques des Saints, pour-„ vû qu’on ne les accompagne point de quelque vanité,,, par exemple pourvu qu’on ne s’attache point à les„ porter d’une certaine maniéré, dans un certain vaisseau,
„ ni pour une certaine fin, & qu’on ne les porte que„ dans la vuë de plaire à Dieu, fans les en séparer , sans„ croire qu’il n’y a que ces seules paroles qui ont une telle,, vertu, & que les autres paroles divines ne l’ont pas,„ quoiqu’elles soient écrites ou proférées de la même,, maniéré , quoiqu’elles soient aussi claires & aussi ex-„ pressives. Pour ce qui regarde les bons ou les mau-„ vais préseges, les évenemens, les eternuëmens, le pe-,, tillément du feu, lesaccidens qui arrivent en sechaus-„ sent, Sc I’observance des jours, tout cela vient de la», malheureuse invention des Egyptiens. Il est permis„ d’observer ses Temps, quant aux actions naturelles &
„ ordinaires ; mais il n’est pas permis de les observer,, quant à celles qui ne dépendent point de l’influence„ des Astres, tel qu’est le choix des Heures pour faire», certaines choses, ou pour ne les pas faire. On doit por-„ ter le même jugement des choses que l’on trouve,
,, comme quand on trouve un nid d’oiseaux avec la„ mere, ce qui marque la fécondité Sc l’abondance des», biens ; quand on trouve du fer , un clou, un
„ obole, ce qui est un signe de malheur, enfin quand», on trouve un thresor.
Le Pape Léon X. dans fa Bulle Superna dijpojìtionharbitrìo, du 5. May 1514. ordonne „ que les Clercs,, Sorciers, Charmeurs, Devins Sc Superstitieux soient„ déposez & s’ils continuent dans leurs crimes, qu’ils,, soient renfermez dans des Monastères autant de temps„ qu’il plaira à leurs Supérieurs ; enfin qu’ils soient pri-„ vez de leurs Benefices & de leurs Offices Ecclesiasti-„ ques. II ordonne aujji que les Laïques de l'un & de„ l’autre sexe soient excommuniez & soûmis aux autres,, peines portées tant par le Droit Civil , que par lc„ Droit Canon.
Etienne Pencher Evêque de Paris, dans ses StatutsSynodaux de l’année x 5 1 5 • W enjoint 'aux Curez deson Diocèse „ de s’informer soigneusement de la foi &„ de l’esperance de leurs Paroissiens, & des Superstitions„ contraires à ces deux vertus Théologales, tant pour„ la guérison des maladies, qu’à T égard du recouvre-„ ment des choses perdues.
Le Synode de Sens en 1524. veut que les Curez„ avertissent leurs Paroissiens, que c’est un grand péché„ que de consulter les Devins Sc d’uscr de Superstitions ;„ gr H leur ordonne de les exhorter d’avoir recours à„ Dieu, à la bienheureuse Vierge, & aux Saints dans„ leurs maladies Sc dans leurs autres nécessitez, & de les,, prier avec confiance.
Le Concile Provincial de Bourges, (b) en 7528. or-donne aussi „ aux Curez Sc Recteurs des Paroisses, sous„ des peines arbitraires qu’il remet au jugement des Or-„ dinaires, de déclarer à PEvêque ou à son Grand-Vi-,, caire, s’ils connoissent dans leurs Paroisses j des Ma-„ giciens, des Sorciers, des Enchanteurs, ou d’autres,, personnes qui usent de semblables Superstitions, soit„ en cueillant des herbes* soit en faiseur ou en portant„ des caractères, par une coutume facrilege &damnable,„ soit enfin en abusant de certains Signes pout trouver,, les choses cachées par le moyen du Démon, & en„ vertu de certaines paroles qu’on y adjoute.
Adrien VI. Précepteur de Charles V. dans fa BulleHudum , qui est de Tan 1522. donne chargé aux Inqui-siteurs de punir sévèrement ceux qui se servent de Sor-tilèges, de Charmes & de Superstitions. Les Consti-tutions synodales du Cardinal de Givri Evêque de Poi-tiers, imprimées à Poitiers en 1544. condamnent aussi (c)les Superstitions en général, 8 c en particulier les Divina-tions & les Sortilèges , dans la personne des Eclesiasti-ques. Et elles ordonnent (d) aux Curés de publier àleurs prônes, toutes les fois qu’ils le jugeront à propos,que c’est un cas réservé à l’Evêque ou à son Vicairegénéral d’absoudre ceux qu’on aura trouvé pratiquer
les
(<*) Tit. de Sacram. Pœnít.
\b) Decret. 2.
(c) Tit. de vita Lc West. Cleric. fol. 48. Vers. ReperiunturCleriçi qui Superstition! > Divinatiombusque ac sortibus deditííunt: quos damnamus.
(d) íbid. Tit. de Malefíciis Lc blasphe. fol. 73 recto 8c verso,quamvís sacris Canonibus Sç sanctorum Patrum Traditionibus con-tra manifestos nominis Dei & sanctorum biasphemos, ac damna-tum Lc abominabile scelus Idololatrix, videlicet incantationes, su-perstitiones Lc íortilegia Pythonum & Pythoniíîàrum in locis di-versis suíficienter cautum & provisum existât : quia tamen, quodmentis amartudine referimus , adhuc vitia taiia in multis locisnobis subjectis vigent, ea propter erroribus Lc periculis inde in-dies consurgentibus,quantum in nobis est obviare cupientes, diC-tricté statuto prsesenti, perpetuò duraturo, prxcipimus , ut con-tra taies statuta Canonica desuper edita, summa cum diligentiaabuniversis nobis subjèctis pratticentur , 8c in ConfeíTionibus depeccatis hujusmodi íolers fiat inquifitio, Lc tam mares quam mu-lieres taiia manifesté exercentes , à communìone sacramentorumexcludarttur, ac pro absolutione ad Nos aut Vicarium nostrum re-mittantur. Et nihilominus si qui publicébksphemi reperti fuerint,vel de hujusmodi incantationibus, vel siiperflitionibus ac divinationi-bus ab Ecclesia reprobatis fe intromiserint, vel eisdem fidem adhibue-rìnt, ni ab his íntra breve tempus eis statuendum désistant, vo-lumes moneri sub pœna íuspensionis à divinis, Lc privationis Ec-clefiasticaj sepulturEe , à quibus non nisi pet Nos , vel Vicariumnostrum, aut nostros Superiores, valeant liberari & abíolvi. Hocetiam statutum nostrum íalutiferum- ne quis^ illius ígnorantiampmendere possit, volumus pet rectorcs Ecclesiarum quoties expe-dire visum fuerit, solemniter publìcari.