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Superstitions anciennes et modernes, préjugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages & à des pratiques contraires à la religion / [Pierre Lebrun]
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,, ciers est âpres avoir renoncé à Dieu , de le maudire, blasphémer & dépiter, & tout autre Dieu ou Idole quils ont en crainte. Le troisième crime est encore plus abominable, cest qnils font hommage au Dia- ble, Padorent, sacrifient, & les plus détestables font une fosse, mettent la face en terre, le priant & ado- rant de tout leur cœur. Le quatrième crime est en-,, core plus grand, cest que plusieurs Sorciers ont été convaincus, & ont confessé davoir voué leurs enfans à Sathan , pour laquelle méchanceté, Dieu proteste en fa Loi (a) , quil embrasera sa vengeance contre ceux qui déchoient leurs enfans à Moloch. Le cin- quiéme passe encore plus outre, cest que les Sorcie- res font ordinairement convaincues par leur confession davoir sacrifié au Diable leurs petits enfans auparavant quils soient baptizés, les élevant en lair, & puis leur mettant une grosse épingle en la te te , qui les fait mourir , qui est un autre crime plus étrange que le précédent. Et defaitSpringer dit quil en a fait bras-ier une qui en avoit ainsi fait mourir quarante & un.

Le sixième crime passe encore plus outre : Car lesSorciers ne se contentent pas de sacrifier au Diable leurs propres enfans, & les faire brûler par forme de,, sacrifice, ains encore ils les consacrent à Sathan dés le ventre de la mere, comme le Baron de Raiz , auquel Sathan dit, quil falloit lui sacrifier son fils étant en- core au ventre de la mere, pour faire mourir Pun &

lautre, ainsi quil reconnut & confessa, qui est un double parricide , avec la plus abominable idolâtrie qu'on peut imaginer. Le septième & le plus ordi- naire est, que les Sorciers font serment & promettent,, au Diable dattirer à son service tous ceux qu ils pour- ront, comme ils font ordinairement. Le huitième crime est dappeller & jurer par le nom du Diable en signe dhonneur , comme font les Sorciers qui Pont toujours en la bouche, & ne jurent que par lui , fi- non quand ils renient Dieu. Le neufiéme est que les Sorciers font incestueux , qui est le crime de toute ancienneté, duquel les Sorciers font blaímez & con-,, vaincus. Car Sathan leur fait entendre quil ny eut oncques parfait Sorcier Sc Enchanteur , qui ne fût engendré du pere & de la fille, ou de la mere & du fils. Le dixième est que les Sorciers font mestier de tuer les personnes, qui pis-est dhomicider les petits,, enfans, puis après les faire bouillir & consommer juf- quà rendre lhumeur & chair diceux potable. Le,, onzième crime est que les Sorciers mangent la chair humaine, & mêmement des petits enfans, & boivent leur sang avidement : Et quand elles ne peuvent avoir des enfans, elles vont déterrer les hommes des sepul- chres , ou bien elles vont aux gibets pour avoir la chair des pendus, comme il sest vérifié assez souvent.

Le douzième est particulier de faire mourir par poi- son ou sortilège. Car cest beaucoup plus grièvement offenser de tuer par poison que à force ouverte, &

encore plus grief de faire mourir par sortilège que par poison. Le treizième crime des Sorciers est de faire mourir le bestail, chose qui est ordinaire, Et pour cette cause un Sorcier dAusbourg Pan i;6q. fut te-,, naillé pour avoir fait mourir le bestail, ayant pris laforme du cuir des bêtes. Le quatorzième est ordinai-, re , porté par la Loi , cest à sçavoir de faire mourir j es fruits, & causer la famine & stérilité en tout un« pais. Le quinzième est que les Sorcières ont copula- tion charnelle avec le Diable , & bien souvent prés,, des maris , & toutes confessent cette méchanceté.

,, Voilà quinze crimes détestables, le moindre desquels mérité la mort exquise, non pas que tous les Sorciers soient coupables de telles méchancetés, mais il a été bien vérifié que les Sorciers qui ont paction expresse avec le Diable, sont ordinairement coupables de tou- tes, ou de la plûpart de ces méchantez (b).

Au reste on peut remarquer en passant avec Martin de

{a) Levit. 21 . Deuter. i8.

[b) U faut remarquer quentre ces crimes il y en a plusieurs quifont leffet dune imagination frapée.

S T I T î O N S.

Arles (c) Archidiacre de Pampelonne, Sc avec Mon-sieur Benoît (d) Curé de S. Eustache de Paris, quily a plus de femmes Sorcières que dhommes Sorciers.Nider (e) en raporte trois raisons. La premiere, par-ce que les femmes sont plus aisées à persuader que leshommes. La seconde, parce qn'étant dune complexionplus tendre & plus molle que les hommes, elles reçoi-vent plus facilement queux les impressions qui leur vien-nent du dehors. La troisième enfin, parce quelles fontplus babillardes Sc plus vindicatives que les hommes, &quainsi elles fe déclarent fans peine les unes aux autresce quelles fçavent, & mettent tout en œuvre pourexecuter leur vengeance. Gerson (/) dit dans le mêmesens, que les vieilles, les jeunes eofaus, & les idiots,ont plus de penchant à la Superstition que les autres per-sonnes , & que cest de quest venu le mot de VieillesSorcières. A quoi on peut ajoûter que le Recueil desTraitez qui ont été faits par divers Auteurs contre lesSortilèges, est intitulé, non pas le Marteau des Sorciers,Maliens Malefìcorum , mais le Marteau des Sorcières,Maliens Maleficarnm , à cause quil y à plus Sorciè-res que de Sorciers.

CHAPITRE V.

fDu maléfice. Ce que ceft. Que cest une efi-pece de Superstition & un péché doublementmortel. Quon fe peut servir du maléficeen sept maniérés. Quil y a de trois sortesde malefi.ee. Exemples de divers maléfices.Que les maléfices font condamnez par lE-crìture , par les Conciles , par les Ter es <&par les Loix Civiles. Quil nest pas per-mis dòter m maléfice par un autre maléfi-ce. Que les Sorciers en ôtant un maléfice àun animalle donnent à un autre. Quellesfont les armes dont nous devons nous ser-vir contre le s maléfices. Exemples de di-verses pratiques superstitieuses ponr ôterles maléfices.

L E maléfice a tant de connexion avec la Magie, queles Latins nomment ordinairement Magiciens ceuxqui usent de maléfices (g). Cest ce qui paraît par cesparoles de S. Isidore Evêque de Seville : Magi vulgbmalefici ob facinorum magnitudinem nuncupdntur. Et parles deux volumes intitulez Maliens maleficarnm , quitraitent de la Magie & des remedes quon y peut aporter,fous le nom de maléfice.

Quoique ce nom signifie en général toutes fortes decrimes & de domages, & que lon appellent malfaiteurstous ceux qui commettent de mauvaises actions, quellesquelles puissent être ; cependant la Magie est appelléeabsolument maléfice , & les Magiciens sont appeliez sim-plement malfaicteurs, à cause de la grandeur & de le-normité de leurs crimes, ainsi que nous venons de le re-marquer. » & quon le peut voir encore dans le Code deJustinien au Titre de Maleficis , & Mathematicis & ce-teris fimilihus.

Le Cardinal Tolet définit le maléfice, un art de nuireaux autres par la puissance du Démon (b) : Et cette dé-finition fait voir manifestement que le maléfice est uneespece de Superstition, & un péché mortel pour deux rai-sons , dit le Cardinal Cajetan ; (i) parce quil efi me in-vocation du Démon , & quil nuit au genre humain.

Or

(c) Tract, de Superstit.

\d) Dans fa Catéchèse de la Magie reprehensible 8c des Magi-ciens, chap. 18.

(i t) In prseceptorio.

(f) Tract, contra Superstitios. díerum observationem.

(g) Lib. 8. Origin. c. 9.

\h) Lib. 4. Instruct. Sacerdot. cap. 16. n. Ars nocendi aliisDaemonis potestate.

(i) In Sum. V. Maleficium.