DES SUPER
Or les Sorciers & les malsaicteurs, quand Dieu lepermet ainsi, peuvent nuire au genre humain par le ma-léfice en sept maniérés selon le P. Jean Nider Professeuren Théologie de VOrdre des Freres Prescheurs. (a) i.
En donnant de l’amour criminel à un homme pour unefemme , ou à une femme pour un homme. r. En in-spirant des sentimens de haine oU d’envie ì une personnecontre une autre. ;. En empêchant qn’un homme ma-leficié ou qu’une femme maleficiée ne se puisse servir dela puissance d’engendrer son semblable. 4. En rendantune personne malade en quelque partie de son corps. 5.
En la faisant mourir. 6 . En lui ôtânt Pillage de la raison.
■7. En cherchant ave-c succès les occasions de lui nuirede l’une de ces six maniérés, soit en ses biens, soit entout ce qui peut lui appartenir.
Mais de quelque maniéré que l'on nuise aux autres,cela ne se fait que par le maléfice somnifique, par le ma* •lefice amoureux, ou par le maléfice ennemi, qui font lestrois especes de maléfice que l’on distingué d’ordinaire.
Le maléfice somnifique se fait par le moyen de cer-tains breuvages , de certaines herbes, de certaines dro-gues , de certains charmes Le de certaines pratiques dontles Sorciers se servent pour endormir les hommes 8c lesbêtês , afin de pouvoir ensuite plus facilement empoi-sonner, tuer , voler, commettre des ifnpuretez ou en-lever des eufans pour faire des sortilèges.
Le maléfice amoureux, ouïe Philtre, est tout ce qui sedit, tout ce qui se fait , 8c tout ce qui se donne par lasuggestion du Démon, afin de faire aimer. Telle est lâ pra-tique de certaines femmes & de certaines filles, qui pourobliger leurs galans, lorsqu'ils sont refroidis dans leuramour , de les aimer comme auparavant, & encore da-vantage , leur font manger du gasteau oh elles ont misdes ordures que je ne veux pas nommer- II n’y a paslong-temps que l’on découvrit un Berger du Dunoisqui avoit mis des mouches cantharides sous un corporalpendant la Messe, à dessein de se faire aimer des filles &des femmes ; Et il fe trouve quelquefois des gens quiportent fur eux quelque morceau des souliers, ou de lafrange de la rbbbe de la personne qu’ils aiment, ou desrongneures de ses ongles, afin de s’en faire aimer. D'au-tres pour la même fin se servent d*une Hostie non con-sacrée, fur laquelle ils écrivent certaines paroles avec dusang.
Le maléfice ennemi est tout ce qui cause , tout cequi peut causer, Sc tout ce qui est employé pour cau-ser quelque domage aux biens de l’esprit» à ceux ducorps , & à ceux de 1a fortune, lorsque cela se fait envertu d’un pacte avec le Démon. Car si ce pacte nes’yrencontre, ce qui cause du dommage est bien un mal à lavérité , mais ce n’est pas un maléfice. Ainsi ceux quidonnent adx moutons des boutons emmiellez Sc empoi-sonnez , qu’on appelle communément desgobbes , afin deles faire mourir, font véritablement des empoisonneurs ;mais ils ne sont pas toujours des sorciers, parce qu’ilarrive souvent que ceux qui preparent ce poison, aussi bienque ceux qui le donnent, n’ont aucune société expresse nitacite avec le Démon pour cet effet. Ainsi les Borgiaetoient de véritables empoisonneurs, parce qu’ils avoientempoisonne, ou fait empoisonner deux bouteilles de vinqu’ils avoient destinées pour les Cardinaux, ausquelsilsdonnoient à manger ; mais on ne les a jamais accusez de0 ) magie pour cela, dautant que le poison qu'ils avoientNiellé ou fait méfier avec le vin, étoit naturel. Àu lieuque les habitans de la Vallée Mesolcina dans la Suisse,etoient non feulement de véritables empoisonneurs, maisaussi de véritables Sorciers Sc de véritables malfaicteurs,puisque par l’entremise du Démon , ils se servoient demaléfices pour donner des maladies aux hommes & auxbêtes, & même pour les faire mourir, ainsi que le ra-ssorte le Docteur Jussano, (c) dans la Vie de saint Char-les Borromée.
M Lib. f. Fomicarii de maleficis & eorum deceptionib. c. z.
(b) On les en a accusésmais la discussion en fooit trop longue ici.
•(OL. 7-C.4.
S T I T í o N S. 3 f
Ces veriíez supposées, on nè peut pas doutés què cene soit un maléfice.
Que d’empeícher l’esset du Sacrement de Mariage parle noiiement d*aiguillette, oU par quelqu’autre pratiquesuperstitieuse.
Que d’envôyer dés loups dans les troupeaux de mou-tons & dans les Bergeries ; des râts, des souris, des cha-ranfons ou calendres , & des vers dans les greniers \ deschenilles, des sauterelles 8c d'autres insectes dans leschamps pour gâter les grains ; des taupes & des mulotsdans les jardins, pour perdre lés arbres, les legumes Stlés fruits.
Que d’empêcher les gens de manger, en mettant a ta-ble sous leur assiette une aiguille qui â servi à ensevelitun mort.
Que d’envoyer des maladies de langueur & de lon-gue durée aux hommes & aux bêtes, en sorte que les uniou les autres s’affoiblissent visiblement, fans qu’on lespuisse secourir par les remedes ordinaires.
Que de faire mourir les hommes, les betes, 8 c lesfruits de la terre par le moyen dè certaines poudres , decertaines eaux , 8c de certaines autres drogues magiques(d ). Grégoire de Tours en raporte un exemple terribledu fils du Roi Ohilderic, mort de la dysenterie, queMummole fut accusé de lui avoir donnée pár l’entremi-se de certaines Sorcières Parisiennes, qui avouèrent à laReine qu’elles avoient sacrifié la vie de son .enfant pontconserver celle de Mummole. Bodin en raporte un au-tre arrivé en Poitou l’an 1571- (Q „ Le Roi Charles„ IX. ('dìt-il) âpres diluer commanda qu’on lui amenât-, Trois-Esshelles Wâre Sorcier , auquel il avoit donné fâ,, grâce pour accuser ses complices. Et confessa devant„ le Roi en présence de plusieurs Grands-Seigneurs,
„ que les Sorciers prenoient des poudres pour faire mou-„ rir hommes, bêtes 8c fruits. Et comme chacun s’é-„ tonnoit de ce qu’il disoit, Gafpar de Coligny lors„ Amiral de France qui étoit présent, dit qu’on avoit,, pris en Poitou peu de mois auparavant, Un jeune gàr-,, çon accusé d’âvoir fait mourir deux Gentils-hommes.
„ II confessa qu’il étoit leur serviteur, & les ayant Vëu.
», jetter dés poudres aux maisons, & fur les bleds, di-,, sent ces mots , Malédiction far ces fruits , fur cetti,, méfon , fur ce Pays , ayant trouvé de ces poudres,
», il en prit, St en jet ta fur le lit oh couchoiertt les deuxs, Gentils-hommes » qui furent trouvez morts en leur„ lit, tous enflez 8c fort noirs. Il fut absous pâr les„ juges. Et Leohicer au Théâtre, dit que deux Sor-„ cieres àyant mis à parfodeux bouteilles en ì’Hostet-„ lerie oh elles etoient urì jour arrivées, comme l’Hô-,» te les eut entendu parier de faire mourir les bleds„ 8c les vignes, il prit les deux bouteilles 8c versa„ Peau fur le lit oh elles étoient , 8c soudain elles„ moururent. Trois-Echelles alors en raconta beau-„ coup de semblables.
Que de faire sécher uíie certaine herbe à íâ chemi-née afin de faire tarir le laict aux Vaches.
Que de tremper un balai dans Peau , afin dè fairepleuvoir , Sc de causer quelque dommage à son pro-chain : ce qui he peut arriver que par ì’entremisé diìDémon, dans le sentiment de Martin de Arles Ar-chidiacre de Pampelonne.
(f) Que de briser les côcques des oeufs molletsaprés en avoir avalé le dedans , afin que nos ennemissoient ainsi brisez. Je sçai que bien des gens prati-quent cette Superstition, fans penser à aucun mal;mais je sçai aussi qu’il y en a qui le pratiquent pourPeffet que je viens de dire (g).
Que
(à) L. 6. Hist. c. lilaè «mfitentur , dit cet Hitlérien . àmaleficas este 8c multos occumbere leto se fecisse testatx finit, ar-dentes illud quod iiulla ratione credi patior, Filium, aiunt, tuustió Regina! pro Mummoli Prafecti vita donavimus.
(e) L. 3. de la Démon. c. í.
(/) Tract, de Superstitionib."
, Q) ,*? e eH ?à de la forte: Huepertinetovorum , ut exfor*buent quilque, calices cochlearumque protinus frangi, aut eofdeiacochleanbus perforari. 1 . 18. Histor. natur. c, %■,
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