Buch 
Superstitions anciennes et modernes, préjugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages & à des pratiques contraires à la religion / [Pierre Lebrun]
Entstehung
Seite
40
JPEG-Download
 

40 DES SUPERSTITIONS.

ou a cet enfant ce que je vous demanderai & dirai Pater nojfer , Ave Maria.

On peut aussi faire dire la conjuration par len- sant, en cas que le Genie ne vienne pas pour celui qui la fera.

Quoique limpertinence de ces conjurations & detout le manege qui le précede , qui les accompagne &qui les fuit faute aux yeux des moins clairvoyants,il y a cependant une infinité de sots qui y ajoutent foi& qui en elperent fans aucun fondement des effets avan-tageux pour leurs desseins.

II y a encore une autre maniéré de retrouver les cho-ses perdues , qùi est fort en vogue. On dit quil fautpour cela prendre un morceau de pain , y mettre unepoignée de sel dedans avec un fol marqué , le poser en-suite sur le manteau de la cheminée, & après quil y au-ra été quelque temps, le donner au premier pauvre quiviendra demander laumône. Mais fi la chose arrive ain-si quon laffure , il faut que le Diable y ait la meilleu-re part , aussi bien que dans ce que Pierre Massé rap-porte. Jai vu, dit-il, (a) de jeunes fols aux Col- leges de Paris, qui profanant notre Eau benite , en abufoient à Divination , comme , si quelque chose avoit été perdue , pour savoir celui qui lavoit prise3, ou dérobée , ils faifoient ce que senfuít. Premie- rement ils avoient de leau benite quils mettoient en un bassin ou plat profond quils empliffoient : puis,, ils faifoient de petits écriteaux , en chacun desquels33 ils écrivoient un nom de ceux de la chambre, ou33 dautres quils avoient pour suspects dudit larcin & mettoient tout doucement lesdits écriteaux dedans,, ledit vaisseau plein deau , & si quelquun diceux enfonçoit & alloit au fond , celui dont il portoit le,, nom étoit tenu pour coupable du larcin.

II faut maintenant parler des principales especes deDivinations qui ont eu autrefois beaucoup de vogue,& qui fe pratiquent encore aujourdhui assez communé-ment dans le monde. Je commence par celles des Au-gures & des Auspices.

CHAPITRE II.

jDe la 'Divination des Augures ou Auspices .Ce que c* est. Quil y a des Augures natu-rels , & des Augures artificiels. Que lespremiers font permis , mais que les derniersfont défendus par f Ecrit ure , par les Con-ciles , & par les Ter es de l* Eglise.

LA nt i chiite Payenne étoit si fort attachéeaux Augures ou Auspices, quelle neût pas vou-lu faire la moindre chose , ni en public, ni en particu-lier , sans les avoir auparavant consultez 3 ainsi que ras-surent Tite-Live & Cicéron citez par Fenestella (b) ,& que le témoignent Valere Maxime (c) & Pompo-nius Lxtus (d).

Elle appelloit Augures & Auspices les bons ou lesmauvais présages qu'elle prenoit du vol , du cri, duchant , du trépignement, du manger, du boire, & dequelques autres mouvemens des Oiseaux sauvages & do-mestiques. Cest ce que nous marque letymologie desmots Latins Attgur , Aafpex^ Atigmttm , Auspicium se ),

comme S. Isidore, Evêque de Sevìlle le rapporte.

Néanmoins nous apprenons de lHistoire naturelle dePline (f) , que les anciens tiraient aussi quelquefoisleurs présages des Renards, des Rats & des Souris, desœufs & de quelques autres choses. Et Gaspar Peucer(g) traitant des Augures & des Arufpices, assure quilsfe prenoient de cinq choses ; i. du Ciel ; z. des Oi-seaux; ;. des Bêtes à deux pieds; q. des Bêtes à qua-tre pieds ; 5. de ce qui arrive au corps humain,, soitdans les maisons, soit ì la campagne, soit dans les che-mins ; de quelque maniéré imprévue & extraordinairequil arrive.

On distingue ordinairement de deux fortes dAugu-res ou de Présages ; les uns naturels, les autres artifi-ciels.

Les Augures naturels dépendent de lordre que Dieua établi dans la nature ; & Ton peut mettre en ce rangceux que les Mariniers, les Laboureurs, les Vignerons& autres tirent des Elemens, des Meteores, des Plan-tes & des Animaux , pour prédire la tempête ou la bo-nace , la pluye ou le beautemps, Tabondance ou la di-sette des vivres, lhumidité ou la sécheresse , & plu-sieurs autres semblables accidens. Ainsi quand les Plon-geons quittent la mer , on peut dire que cest un signede calme & de bonace , & quand les Chauvessouris vo-lent loin des maisons, que cest une marque de beautemps.Jean de Sarisbery, Evêque de Chartres en apporte plu-sieurs exemples dans son Polycraticns (h).

Les Augures artificiels dépendent de T institution oude Tartifice des hommes, 8 c Ton sen sert pour-devinerles choses qui doivent arriver, non pas necessairement,mais librement & volontairement ; comme par exemplece que Ton doit faire ou ne pas faire ; si Ton doit en-treprendre un voyage , ou ne le pas entreprendre. II.y en a quantité dexemples dans le même Livre de Jeande Sarisbery (i).

Les Augures naturels font permis , pourvu quonnen abuse pas, parce que dordínaire ils ont des fonde-mens solides & invariables. Mais les Augures artificielsfont défendus, parce quils font accompagnez de vanité& de folie.

Cest ce qui fait quils ont été traités de ridicules parles plus sages dentre les Payens , & que Cicéron mê-me , qui étoit du College des Augures, sen mocque,selon le rapport de S. Augustin (Ó » & quil reprendceux qui règlent la conduite de leur vie fur le chant oule cri des Corbeaux & des Corneilles : Cele paraît clai-rement dans les deux Livres quil a écrits de la Divi-nation.

En effet, comme les Augures nont point de causeassurée , & quils dépendent du hazard, on ne sy peutfier fans témérité , puisquil y a autant de raison de lestourner dun côté que de lautre , je veux dire du cô- de la bonne-fortune que du côté de la mauvaise , &de celui de la mauvaise fortune , que de celui de labonne. Aussi T Ecriture-Sainte , les Conciles & lesPeres de lEglise les ont-ils très-expressement condam-nez.

Dieu dans le Levitique (/) & dans le Deuterono-me (m) defend à son peuple de les observer. Il faitla même defenfe dans Jeremie (n). Dans Isaïe il aban-donne son peuple , parce quil a des Augures commeles Philistins (0) : Et Ecclésiastique QO dit que lesAugures ne sont que mensonge & vanité.

Les

(a) Traité de Timpost. 8c tromper, des Diables, L. 1. C. 8.

{b) C. 4 . lib. de Magistrat. 8c Sacerd. Rom.st) L. x. c. 1,

(d) L. 2. de Sacerdot. c. de Augurib. Apud Antiques, dit Va-lere Maxime , non íblùm publicè , sed etiam privatim, nihil ge-rebatur, nìfi Auspicio priùs íumpto.

st) Lib. 8. Orig. cap. 9. Augures sunt qui voiatus avium gtvoces intendunt , aliaque signa rerum vel obíervatíones improvi-sas hominibus occurrentes. Ibidem 8c Auspices : Nam Auspiciasuât qu* ìter facìentes observant. Dicta íùnt autem .Auspiciaquaiï avium Auspicia , 8c Auguria quasi avium Garria , hoc estavium voces 2 c lingu*. Item Augurium quasi Avigerinm , quodaves gerunt.

(f) Liv. 8. c. 28. L. y. c. 16. 8c L. 10. c. fe,

(g) De Auguriis 8c Aruspicina fol. 200.

(h) L. 2. c. 2.

(i) L. 1. c. 13; 8c 1 . 2. c. 2.

(k) L. 4. de Çivit. Dei c. 30. Cicero augur irridet auguria8c reprehendit hommes Corví 8c Cornicul* vocibus vitae consiliámodérantes.

0 ) C. i 9 .

(m) C. 18. Non augurabimini ; non inveniatur in te qui ob-servet auguria.

(») C. 27.

(a) Cap. 2. Quia Augures habuerunt ut Philistiim,

\p) Cap. 34. Auguria mendacia, vanitas,