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DES SUPERSTITIONS.
posé sur la fin du Chapitre précédent, en parlant de laDivination en général.
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CHAPITRE III.
la ‘Divination des evenemens ou des ren-contres. En quoi elle confìste prêcìjement.Qu'elle est condamnée par les Conciles , parles Ter es & par les Trelats de í'Eglise.Exemples de cette Superstition.
S T l y a de la Vanité a consulter les augures pour entirer de bons ou de mauvais présagés, il n’y en apas moins I régler û conduite fur les evenemens & lesrencontres qui peuvent arriver dans la vie^
On se rend coupable de ce péché lorfqu’une choseétant arrivée par hazard & sans dessein, on en tire desconjectures de bonheur oit de malheur, fur lesquelleson prend des mesures pour faire certaines actions, oupour ne les pas faire.
Il n‘y a pas grand sujet de s’étonner que la plûpartdes Payens ayent été adonnez à cette forte de Divina-tion , ain fi que nous le remarquons dans Theophraste(a) , dans Pausariias (b) , & dans Cicéron (c) , parcequ’ils n’étoient conduits que par un esprit d’erreur &d'égarement. Mais qu 1 il se soit trouvé autrefois desChrétiens & qu’il s’en trouve encore à présent en grandnombre, qui soient leurs imitateurs en cela, aprés avoirsi solemnellement renoncé au Démon & à toutes sesœuvres dans leur Baptême, c’est ce qui paroxt bienétrange.
Cependant qui en pourroit douter aprés ce que lesConciles, les Peres & les Prélats de l’Eglise en ont écrit€n divers siécles ?
Voici de quelle maniéré S. Basile en parle : (d) „Quel-qu’un a eternué comme je parlois : ásseurément cela,, signifie quelque chose. On m’a tiré par derriere : je», ne m’étonne pas si je me fuis trouvé dans cet emba-5, ras. En sortant de chez moi, j‘ai heurté mon pied,, contre quelque chose, aussi âi-je été retenu par mon„ manteau. L’insolence du Démon contre l’homme est„ si grande , que souvent il l’oblige de s’en retourner», au logis, de fie détourner de son chemin, ou même», de fie boucher les yeux, lorsqu’il rencontre un char,
,, ou qu‘un chien vient à montrer se tête, ou qu’il se„ présente une personne, quoique de ses meilleurs amis,
,, qui a mal à l’œil, ou à la cuisse droite. Se peut-il„ rien voir de plus misérable que la vie de ces sortes de„ gens? Tout leur est suspect, tout leur sait peur, tout„ les émbarasse, au lieu qu’ils devroient revenir à Dieu», de toutes parts & mettre en lui toute leur confiance.
S. Jean Chrysostome est admirable fur cette matière,s» II arrive souvent [dit-il au peuple d'Antioche) (e) Que„ quand un homme rencontre un borgne ou un boiteux,, au sortir de son logis, il en tire un mauvais présage.
„ C’est une des pompes du Diable, à qui nous avons„ renoncé dans le Baptême. Car ce n’est pas la rencon-„ tre d’un homme qui rend un jour malheureux , & il», ne devient tel que quand on le passe dans le péché.
„ Quand donc vous sortirez de chez vous, prenez gar-», de à vous défendre seulement de la rencontre du pe-„ ché, qui est la feulé chose qui vous peut faire tom-,, ber , & fans laquelle le Diable n'a aucun pouvoir dey> vous nuire. Que prétendez-vous par ce discours ?sj Vous tirez un mauvais présage de la seule veue d’un,» homme, & vous ne voyez pas le piège que le Diable,, v ous tend en vous portant à faire la guerre à un hom-,, me qui ne vous a fait aucun tort, en vous rendant3» l’ennemi de vôtre frere , qui ne vous a donné nulle
(a) In Caract. Superstit.
(6) In Achaicis.
(c) In libr. de Divinat,
{d) In c. 2 . Isa.
(e) HomiJ. aï. ad Pop. Antiodi,
», occasion d’avoir de la haine contre lui-Au lieu que,, Dieu nous a commandé d’aimer même nos ennemis,,, vous avez de l’aversion pour un homme qui ne vous„ a point fait de mal, & dont vous n’avez aucun sujet,, de vous plaindre. Et vous ne considérez pas combien„ cela est honteux & ridicule , ou pour mieux dire à„ quel danger vous vous exposez ”.
Il né parle pas avec moins de force contre un autre ’présage plus extravagant, qui se pratiquoit dans Antio-che (f). „ II y a encore quelque chose ( dit-il ) déplus„ ridicule , & que je n’ose vous dire sens confusion &,, fans honte , quoique je sois contraint de vous le dire„ par la considération de vôtre salut. Si l’on rencontre„ une fille le matin , on dit que la journée sera stérile.„ Si l’on rencontre une Courtizanne, on en prend un,, bon présage pour tout le reste de la journée. Vous», vous cachez, vous vous frappez le visage & vous le„ baissez contre terre. Mais cette posture n’est pas main-», tenant de saison, lorsque je vous reproche un si grand„ abus j & il falloir plutôt vous cacher, lorsque vous,, faisiez la chose que je vous reproche. Découvrez les„ ruses du Diable qui nous donne de l’aversion pour,, une Vierge sage & modeste , & qui nous fait saluer,, avec inclination & amour une femme impudique &
,, débauchée. Car comme d’une part il a ouï dire I jp-„ sus-Christ, Que celui qui regarde une femme pour,» en concevoir de mauvais désirs, a déja commis un», adultéré dans son cœur ; Et qu’il voit bien d’un au-,» tre côté que plusieurs Chrétiens répriment les mou-,» vemens déshonnêtes, il s’est avisé de chercher unau-,, tre chemin pour les faire tomber dans le crime; Et,, c’est en leur persuadant de regarder avec joye des,, Courtizanes.
S. Augustin animé du même zele que S. Jean Chry-sostome, a eu soin de nous marquer quantité de Super-stitions de même nature, & qu’il appelle des pratiquestres-vaines, (g) Inanisfmas observât hue s ; „ comme de,, tirer des présagés, lorsque quelque membre du corps,» vient à tressaillir ; lorsque deux amis se promenant„ ensemble côte à côte» il fie rencontre une pierre, un,, chien , ou un enfant entre deux, & qu’on marche„ fur la pierre , qu’on donne des soufflets à l’enfant &
,, qu’on bat le chien : comme si ces trois choses avoient,, rompu l’amitié qui est entré ces deux personnes; de,, marcher fur le seuil de íà porte lorsqu’on passe devant„ son logis ; de se remettre au lit lorsqu’on etemuë en,, se chaussant ; de s’en retourner au logis lorsqu’on se„ heurte en chemin contre quelque chose ; d’apprehen-,, der davantage le soupçon du mal qui doit arriver,
,, que des’attrister du dommage qui arrive effectivement,, lorsque les souris ont rongé nos habits ; ce qui donna,, lieu à Caton de dire de fort bonne grâce à une per-,, sonne qui le confultoit fur ce que les souris avoient„ rongé ses souliers, (T) qu’il n’étoitpointsurprisdecek,
„ comme il le seroit si ses souliers avoient rongé les souris.
L’Auteur du Sermon des Augures , (i) „ dit qu’on„ doit bien se donner de garde de considérer & de pra-,, tiquer les éternuemens, qui sont non seulement sacrí-„ leges, mais même ridicules ; & que quand on est„ dans l’obligation de faire quelque voyage , il faut„ faire le signe de la Croix fur soi , dire avec foi fe„ Symbole ou l’Oraison Dominicale, & continuer son„ chemin en se confiant dans le secours de la grâce de„ Dieu ”.
(k) S. Eloi Evêque de Noyon parle à ses peuplesdans le même esprit & presque dans les mêmes termesque cet ancien Auteur, & ajoute qu’il ne faut pas pren-dre garde en sortant de chez soi ou en y entrant, ni à
cc
(f) Ibid.
(g) L. 2. de Doctr. Christ, c. 20.
(h) Unde illud eleganter dictum estCatonis, qui çumcflèt eon-sultus à quodam qui lìbi à soricibus erosas caligas diceret, reípon-dit- Non esse illud monstrum ; scd verè monstvum habendum fuitíè si fonces à caligis roderentur.
(r) -4i. de Tempore , inter Àugust.
(k) Ser.adomnem plebem, vel. 1 . i. Vit. c. If. Quia qui hxcobservât, ex parte Paganus dignoscitur.