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Superstitions anciennes et modernes, préjugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages & à des pratiques contraires à la religion / [Pierre Lebrun]
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DES SUPERSTITIONS.

posé sur la fin du Chapitre précédent, en parlant de laDivination en général.

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CHAPITRE III.

laDivination des evenemens ou des ren-contres. En quoi elle confìste prêcìjement.Qu'elle est condamnée par les Conciles , parles Ter es & par les Trelats de í'Eglise.Exemples de cette Superstition.

S T l y a de la Vanité a consulter les augures pour entirer de bons ou de mauvais présagés, il ny en apas moins I régler û conduite fur les evenemens & lesrencontres qui peuvent arriver dans la vie^

On se rend coupable de ce péché lorfquune choseétant arrivée par hazard & sans dessein, on en tire desconjectures de bonheur oit de malheur, fur lesquelleson prend des mesures pour faire certaines actions, oupour ne les pas faire.

Il ny a pas grand sujet de sétonner que la plûpartdes Payens ayent été adonnez à cette forte de Divina-tion , ain fi que nous le remarquons dans Theophraste(a) , dans Pausariias (b) , & dans Cicéron (c) , parcequils nétoient conduits que par un esprit derreur &d'égarement. Mais qu 1 il se soit trouvé autrefois desChrétiens & quil sen trouve encore à présent en grandnombre, qui soient leurs imitateurs en cela, aprés avoirsi solemnellement renoncé au Démon & à toutes sesœuvres dans leur Baptême, cest ce qui paroxt bienétrange.

Cependant qui en pourroit douter aprés ce que lesConciles, les Peres & les Prélats de lEglise en ont écritn divers siécles ?

Voici de quelle maniéré S. Basile en parle : (d)Quel-quun a eternué comme je parlois : ásseurément cela,, signifie quelque chose. On ma tiré par derriere : je», ne métonne pas si je me fuis trouvé dans cet emba-5, ras. En sortant de chez moi, jai heurté mon pied,, contre quelque chose, aussi âi-je été retenu par mon manteau. Linsolence du Démon contre lhomme est si grande , que souvent il loblige de sen retourner», au logis, de fie détourner de son chemin, ou même», de fie boucher les yeux, lorsquil rencontre un char,

,, ou quun chien vient à montrer se tête, ou quil se présente une personne, quoique de ses meilleurs amis,

,, qui a mal à lœil, ou à la cuisse droite. Se peut-il rien voir de plus misérable que la vie de ces sortes de gens? Tout leur est suspect, tout leur sait peur, tout les émbarasse, au lieu quils devroient revenir à Dieu», de toutes parts & mettre en lui toute leur confiance.

S. Jean Chrysostome est admirable fur cette matière,s» II arrive souvent [dit-il au peuple d'Antioche) (e) Que quand un homme rencontre un borgne ou un boiteux,, au sortir de son logis, il en tire un mauvais présage.

Cest une des pompes du Diable, à qui nous avons renoncé dans le Baptême. Car ce nest pas la rencon- tre dun homme qui rend un jour malheureux , & il», ne devient tel que quand on le passe dans le péché.

Quand donc vous sortirez de chez vous, prenez gar-», de à vous défendre seulement de la rencontre du pe- ché, qui est la feulé chose qui vous peut faire tom-,, ber , & fans laquelle le Diable n'a aucun pouvoir dey> vous nuire. Que prétendez-vous par ce discours ?sj Vous tirez un mauvais présage de la seule veue dun,» homme, & vous ne voyez pas le piège que le Diable,, v ous tend en vous portant à faire la guerre à un hom-,, me qui ne vous a fait aucun tort, en vous rendant3» lennemi de vôtre frere , qui ne vous a donné nulle

(a) In Caract. Superstit.

(6) In Achaicis.

(c) In libr. de Divinat,

{d) In c. 2 . Isa.

(e) HomiJ.. ad Pop. Antiodi,

», occasion davoir de la haine contre lui-Au lieu que,, Dieu nous a commandé daimer même nos ennemis,,, vous avez de laversion pour un homme qui ne vous a point fait de mal, & dont vous navez aucun sujet,, de vous plaindre. Et vous ne considérez pas combien cela est honteux & ridicule , ou pour mieux dire à quel danger vous vous exposez.

Il parle pas avec moins de force contre un autreprésage plus extravagant, qui se pratiquoit dans Antio-che (f). II y a encore quelque chose ( dit-il ) déplus ridicule , & que je nose vous dire sens confusion &,, fans honte , quoique je sois contraint de vous le dire par la considération de vôtre salut. Si lon rencontre une fille le matin , on dit que la journée sera stérile. Si lon rencontre une Courtizanne, on en prend un,, bon présage pour tout le reste de la journée. Vous», vous cachez, vous vous frappez le visage & vous le baissez contre terre. Mais cette posture nest pas main-», tenant de saison, lorsque je vous reproche un si grand abus j & il falloir plutôt vous cacher, lorsque vous,, faisiez la chose que je vous reproche. Découvrez les ruses du Diable qui nous donne de laversion pour,, une Vierge sage & modeste , & qui nous fait saluer,, avec inclination & amour une femme impudique &

,, débauchée. Car comme dune part il a ouï dire I jp- sus-Christ, Que celui qui regarde une femme pour,» en concevoir de mauvais désirs, a déja commis un», adultéré dans son cœur ; Et quil voit bien dun au-,» tre côté que plusieurs Chrétiens répriment les mou-,» vemens déshonnêtes, il sest avisé de chercher unau-,, tre chemin pour les faire tomber dans le crime; Et,, cest en leur persuadant de regarder avec joye des,, Courtizanes.

S. Augustin animé du même zele que S. Jean Chry-sostome, a eu soin de nous marquer quantité de Super-stitions de même nature, & quil appelle des pratiquestres-vaines, (g) Inanisfmas observât hue s ; comme de,, tirer des présagés, lorsque quelque membre du corps,» vient à tressaillir ; lorsque deux amis se promenant ensemble côte à côte» il fie rencontre une pierre, un,, chien , ou un enfant entre deux, & quon marche fur la pierre , quon donne des soufflets à lenfant &

,, quon bat le chien : comme si ces trois choses avoient,, rompu lamitié qui est entré ces deux personnes; de,, marcher fur le seuil de íà porte lorsquon passe devant son logis ; de se remettre au lit lorsquon etemuë en,, se chaussant ; de sen retourner au logis lorsquon se heurte en chemin contre quelque chose ; dapprehen-,, der davantage le soupçon du mal qui doit arriver,

,, que desattrister du dommage qui arrive effectivement,, lorsque les souris ont rongé nos habits ; ce qui donna,, lieu à Caton de dire de fort bonne grâce à une per-,, sonne qui le confultoit fur ce que les souris avoient rongé ses souliers, (T) quil nétoitpointsurprisdecek,

comme il le seroit si ses souliers avoient rongé les souris.

LAuteur du Sermon des Augures , (i) dit quon doit bien se donner de garde de considérer & de pra-,, tiquer les éternuemens, qui sont non seulement sacrí- leges, mais même ridicules ; & que quand on est dans lobligation de faire quelque voyage , il faut faire le signe de la Croix fur soi , dire avec foi fe Symbole ou lOraison Dominicale, & continuer son chemin en se confiant dans le secours de la grâce de Dieu.

(k) S. Eloi Evêque de Noyon parle à ses peuplesdans le même esprit & presque dans les mêmes termesque cet ancien Auteur, & ajoute quil ne faut pas pren-dre garde en sortant de chez soi ou en y entrant, ni à

cc

(f) Ibid.

(g) L. 2. de Doctr. Christ, c. 20.

(h) Unde illud eleganter dictum estCatonis, qui çumcflèt eon-sultus à quodam qui lìbi à soricibus erosas caligas diceret, reípon-dit- Non esse illud monstrum ; scd verè monstvum habendum fuitíè si fonces à caligis roderentur.

(r) -4i. de Tempore , inter Àugust.

(k) Ser.adomnem plebem, vel. 1 . i. Vit. c. If. Quia qui hxcobservât, ex parte Paganus dignoscitur.