DES SUPERSTITIONS.
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poussera uri nouveau ject , & de nouvelles pointes ; quec’eít signe de malheur j quand au lieu de poudre on metde 1a cendre fur son écriture.
Que de deux personnes mariées ensemble celle- lì mour-ra k premiere, du nom & du surnom de laquelle les let-tres fe trouveront en nombre non, pair.
Qu’afin qu’il meure plusieurs personnes en peu dètemps dans une Paroisse , il n’y a qu’à traîner lé drapmortuaire autour de l’Eglise ou dans leCimetiere, com-me on dit que font certains fossoieurs impertinents &intéressés, en veuë de s’attirer de la pratique.
Qu’il ne faut pâs mettre des couteaux en croix & nepas marcher fur des fétus disposés de cérfaiue maniéré,dans k crainte qu’il n’etì arrive quelque malheur.
Que quand une femme nouvellement accouchée prendpour maraine de son enfant une femme grosse , l’un oul’autre des deux enfants, c’est-à-dire celui qui est venuau monde, on celui qui y viendra, mourra auíïì-tot ouvivra peu.
Que quand on ensevelit un mort fur k table de kchambre où il est décédé, il meurt quelqu’autre per-sonne de k maison dans l’année même. C’est pourquoiil faut l’enfevelir fur un banc, ou à platte terre. On ditaussi que 1a même chose arrive, lorsque le deffuntatinejambe plus longue que l’autre aprés fa mort.
• Que c’est d’un mauvais augure quand dans urie mai-son la poule chante avant le Coq, & k femme parleavant son Mari, ou plus haut que son Mari.
Que ce font des preíages de bonne Ou de mauvaisefortune , quand un chien noir entre dans une maisonétrangère ; quand un serpent tombe par k cheminée;quand on éternuë le matin, àmidy, ou au soir rare-ment ou souvent ; quand on dit quelque nouvelle ouquelque parole affligeante dans un festin; quand on mar-che fur le pied de quelqu’un ; quan on entend le ton-nerre à gauche ou à droite ; quand en sortant de 1a mai-son le premier pas que l’on fait, est du pied droit oudu pied gauche.
Qu’il ne faut pas qu’une femme grosse voye habil-ler un Prêtre à l’Autel s & particulièrement lorsqu’ilmet la ceinture de son aube , de crainte que son en-fant ne naisse le boyau au coû, comme l’on parle d’or-dinaire.
Que quand les roses de Jerico que l’on fait venir desIndes, s’ouvrent étant mises dans l’eau , les femmesgrosses qui les y ont miles , auront un heureux ac-couchement ; & qu’aucontraire quand elles ne s’ou-vrent pas , leur accouchement ne fera pas heureux,On m’a asseuré que cette Superstition étoit en usageparmi lés femmes de Provence.
Que quand l’oreille gauche nous tinte, ce font nosamis qui parlent ou qui se souviennent de nous; &que le contraire arrive lorsque l’oreille droite noustinte.
Que quand nous voyons une araignée qui filé dehaut en bas, ou que nous 1a voyons simplement, c’estsigne qu’il nous viendra de l’argent de quelque ma-niéré que ce soit: qu’il nous arrivera du bonheur, sila premiere fois que nous entendons le coucou chan-ter, nous prenons quelque chose de ce qui se rencon-tre par hazard alors fous nos pieds, & le portons quel-que temps fur nouS.
Que quand le bois qui est dans le feu tombe & sedérangé ; quand k chandelle allumée jette quelquesbluettes on eteincelles de feu , & quand un chien endormant tourne le nez du côté de k porte de la cham-bre , c’est signe qu’il doit venir compagnie aU logis.
Qye quand une femme est accouchée d’un enfantmort, il ne le faut pas tirer de 1a chambre où elle estaccouchée, p ar k porte, mais par la fenestre , pareeque si on l’en tiroir par la porte , la mere n’accou-cheroit jamais que d’enfants morts-nés.
Que quand quelqu’un nous rencontre en chemin &nous demande où nous allons, nous devons rious en re-tourner aussi-tôt, de peur qu’il ne nous arrive quelquemalheur.
Que quand une femme grosse laisse long-temps sonenvier à laiffiv.e vuide sur son trépier, c’est signe qu’el-le sera long-temps en travail d'enfant ; comme au con-traire c’est signe qu’elle n’y sera gueres, si elle ne l’ylaisse gueres.
Que quand il y a queîqUè femme, óu quelque filleà marier dans tine maison, il ne faut pas lever les tisonsdu feu, de crainte de chasser les amans.
Et que quand On tuë un chien ou un chat, cela por-te malheur ou à celui qui le tuë , ou à quelqu’un de lamaison où il demeure.
Quelle raison , je ne dis pas plausible , biais vraisemblable , ou apparente , peuvent apporter de tou-tes ces extravagantes pratiques ceux qui lès obser-vent ? 11 y a des gens qui s’efforcent de les justi-fier en partie, par deux exemples qui font rapportezdans VEpître d5. de Pierre de Blois, par celui de SiMarc ; dont nous venons de parler j & par celui deJudith, laquelle sortant de Bethulie pour aller tfouvèrEíolofernes ; dit aux Prêtres qu’elle les supplioit de nelui pas demander quel étoit son dessein, ni ce qu’ellealloit faire (<*). Comme si l’interrogation qu’iis eùstentpu lui faire, eût été capable dé rompre son dessein &d’arrêter son voyage. Mais ces deux exemples ne fa-vorisent nullement leurs prétentions.
Car en premier lieu , outre que ce trait de 1 a viede S. Marc n’est appuyé originairement que fur Pau-torité de Siméon le Metaphraste , qui n’examine pastoujours les choses dans k rigueur de P Histoire, ain-si que le reconnoissent les d'çàvans , Pierre de Bloisremarque fort bien (b) que ce ne fut pôint par Supersti-tion que cet Evangéliste fit k réponse qui lui est at-tribuée , & que quand son soulier ne se fut point rom-pu en prenant terre , le saint Esprit n’eût pas laissé delui reveler Pheureux succès dè son voyage d’Alexan-drie : En second lieu ; c’est donner un máiivais sensà la priere que Judith sortant dé Bethulie fit aux Prê-tres , puisqu’elle ne 1a leut fit à autre intention , queponr empescher qu’ils ne l’arrestasserit plus long-tempspar leurs discours , ou qu’ils ne s’informassent trop cu-rieusement de son dessein , qu’il y auroit eu peut-êtredu danger à divulguer, si Dieu n’en eût inspiré la con-duite & l’execution à cette sainte & généreuse Veuve,'ainsi que Pont observé les Peres de P Eglise , & les In-terprètes de PEcriture sainte.
CHAPITRE IV.
De la Divination qui se fait par les noms oupar les Armes des Cardinaux durant lavacance du saint Siégé. De celles qui sefont par le moyen d'un Astrolabe , d'unsas ,ou d’un crible , d’une hache , ou d’un an-neau. De la Physionomie & de la Chiro -mantie.
L E s raisons qui combattent la Divination des éve-nemens ou des rencontres , combattent aussi plu-sieurs autres especes de Divinations, & fur tout cellesde certains Romains, qui pendant lá vacance du S, Sié-gé s’imaginent pouvoir dire par les noms & par les armesdes Cardinaux qui font assemblez dans le Conclave, le-quel d’entre eux fera élu Pape. Cela est rapporté dans leLivre intitulé, „ Histoire des Cérémonies du Siégé vâ-
,, cant,
(a) Judith, zi c. Vos nolo ut scrutemini actum meutn.
(b) Beatus Mareus Ev'angelista , dit-il , Evangelisandi caufi na-vigio Alexandriam petens cum navem egrederetur, calceum rupit,atque Deo gratias agens iter iuum expeditum esse perhibuit. Quid-quid tameir alii credant, ego indubitastter credo sanctum Evange-liíiam hoc non ex superstitiosa curiositate dixisse : Gui ; etsi nun-quarn calceus ruptus eflèt , ei tamen lui expeditionem itineris perSpiritual íànctum Dominus revelasset. Sanc hujuíïnodi praestigioíàprognostica ic plerumque in varios, aut forte contrarios eventuseffigiant.