DES SUPERSTITIONS.
„ cant, ou Relation véritable de ce qui se passe à Ro-,, me à la mort duPape (a) Et voici comme en par-le l’Auteur de ce Livre: „ La Superstition de certains,, Romains qui tiennent encore de l’esprit augurai de„ leurs Ancestres, va jufqu’à cet excès de foiblesse que,> de chercher , comme par une espece d’onomance ,
„ dans les noms mêmes des Cardinaux, des conjectures„ de leur élévation: ne se pouvant persuader, qu’un su-j> jet qui n’aura pas dans le nom de fa maison la lettre„ R. quand le défunt Pape n’a point eu ladite lettre„ dans le sien : Ou si ledit défunt Pape a eu ladite let-„ tre dans le nom de fa maison, que le Cardinal qui l’aura„ pareillement dans le sien, puisse être élevé à la Pa-„ pauté , à cause d’une alternative succession de noms,, de famille avec ladite lettre, & fans ladite lettre R,
„ dont on a fait 1? remarque fans interruption depuis en-„ viron quatorze Pontificats. II y en a même d’assez„ foibles pour ne pas s’arrêter à cette feule Superstition;
„ mais qui cherchent encore matière de deviner dans les„ portes d’airain de l'Eglise de S. Pierre, qu’ils vont,, consulter comme oracles par des recherches curieuses„ qu’ils font dans la diversité des figures dont elles font„ remplies, des armes des Cardinaux aspirans au Pouti-„ ficat, pour l’augurer à celui qui est assez chanceux„ pour y avoir ses armes gravées en quelqu’endroit ,
„ à cause que celles des derniers Papes défunts s’y font„ trouvées , que le peuple incontinent aprés leur élec-„ tion a rendues remarquables pour les avoir polies &
„ netoyées en les montrant du doigt. Et il est certain„ qu’il y a dans le College des Cardinaux beaucoup de,, sujets , dont les armes se trouvent empreintes dans le„ grand & divers nombre des figures qu’il y a ausdites„ portes, fans aucun dessein de l'Ouvrier qui les a jet-,, tées en fonte.
II suffit de rapporter cette derniere Divination pour!a réfuter. Quant à la premiere, la fausseté & la vanitéen sont visibles par la succession immédiate d’InnocentX d’Alexandre VII. de Clement IX. & de ClémentX. Car quoi qu'Innocent X. fût de la maison de Pam-pbile, qui n’a point d’R dans son nom, il n’a pas laisséd’avoir pour successeur Alexandre VII. de la famille deChigì, qui n’en a point non plus dans le sien. Et Clé-ment X. qui étoit Altieri , & qui par conséquent avoitun R dans son nom , a succédé immédiatement à Cle-taent IX. qui étoit Rospigliofi , & qui avoit aussi une Rdans le nom de fa famille.
La Divination qui se fait par l'Astrolabe n’est pasmoins réprouvée, (b) Nous en avons un Chapitre ex-près dans les Décrétés, ouïe Pape Alexandre III. estd’avis que l'on suspende de ses fonctions pendant un an& plus, un certain Prêtre qui s’étoit servi d’un Sorcier,non pour invoquer le Diable, mais pour découvrir avecun Astrolabe, le vol qui avoit été fait à une Eglise. Etil est remarquable qu’encore que ce Prestre n’eût suivien cela que le mouvement de son zele & de sa simplici-té, Alexandre III. ne laissé pas de dire de lui, qu’ilest tombé dans un grand péché & dans une faute nota-ble.
Les Canons Penitentiaux parlent aussi de cette manié-ré de deviner; Car ils ordonnent une penitence de deuxans à celui qui cherchera des choses perdues dans unAstrolabe (c) :
Les Statuts Synodaux de S. Maso (d) en 1618. &
(») Ce Livre est imprimé à Paris en 1655.
{b) Cap. Extravag. I. y. Tit. n. Voici les propres paroles dece Souverain Pontite au Patriarche de Grade : Ex tuarum tenorelitterarum accepimus quod V. Presbyter cum quodam infami adprivatum locum accessit , non ea intentione ut vocaret Daemo-nium , sed ut inspectìone Astrolabii furtum cujusdam Eccleíiaeposter recuperari. Verum licet hoc ex bono zelo 8c íimplicitate íèfecisse proponat, id tamen graviffimum fuit, 8c non modicam in-de maculam peccati contraxit. Mandamus quatenus talem eì proexpiatione ìllius delifti pœnitentiam imponas, quod per annum 8camplius , si tibi visiim fuerit, eum ab altaris ministerio prxcipiasabstinere, 8c ex tune liberum sit ei exercere officium Sacerdotis.
(r) In prsecept. Relpiciens furta in Astrolabio annis duobuspeenitens erit.
(d) Art. aï.
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ceux d’Agen (<?) en 167;. condamnent positivement iaCofcìnomanúe , ou la Divination qui se sait avec un cri-ble ou un sas , que l’on fait tourner pour sçavoir leschoses dont on est en peine. Elle étoit fort en usage par-mi les anciens. C'est ce qui a donné lieu au Proverbe La-tin Cribro divinare (f) , qui est tiré du Grec de Lucientioi mm lutnéwdca , deviner par le moyen d’un crible oud’unses. (g) GasparPucer, & le (û) P.Delrio décriventde quelle maniéré cela se pratique : Et voici ce qu’endit Bodin dans fa Demonomanie : ,, J’ai appris de,, Maître Antoine de Laon Lieutenant General de Ribe-„ mont, qu’il y eut un Sorcier qui découvrit un autre'
„ Sorcier avec un tamis , aprés avoir dit quelques pa-,, tôles, & qu’on nommoit tous ceux qu’on soupçon-,, uoit. Quand on venoit à nommer celui qui étoit cou-„ pable du crime, alors le tamis se mouvoit fans cesse,
„ & le Sorcier coupable du fait venoit en la maison ,
„ comme il fut avéré & depuis il fut condamné. Mais„ on devoir aussi faire le procès à celui qui usoit du„ tamis. Tout cela se fait par art diabolique , afin que„ ceux qui voyent cette merveille , passent plus outre„ pour sçavoir toute la Sorcelerie.
II en parle encore de la sorte dans le même ouvrage(i) : „ Me fuis trouvé il y a 20. ans en l’une des pre-,, mieres massons de Paris , ou un jeune-homme fit„ mouvoir devant plusieurs gens d’honneur, un tamis„ fans y toucher , & fans autre mystère, sinon en di-,, faut certains mots françois qneje ne mettrai point, &
„ les réitérant plusieurs fois. Mais pour montrer que le„ malin esprit étoit avec cestuy-là , c’est qu'un autre„ en son absence le voulut faire en disant les mêmes„ paroles, & ne fit rien. Quant à moi je soûtiens que,, c’est une impiété. Car premierement c’est blafphemer„ Dieu que de jurer autre que lui, ce qu’il fassoit. En„ second lieu, c’est un moyen diabolique, attendu qu’il,, ne se peut faire par nature, & qu’il est défendu parla„ Loi de Dieu. Et de dire que la vertu des paroles y„ fait quelque chose , en voit évidemment que c’est„ une piperie diabolique , de laquelle les malins esprits„ ont accoutumé d’user, pour attraper les ignorans 8 c„ les acheminer peu à peu à leur école. ( kj) Et même„ Jean Pic Prince de la Mirande eferit que les mots,, barbares 8 c non entendus ont plus de puissance en la„ Magie, que ceux qui font entendus.
(i) II explique ensuite V Axinomantie , ou la Divi-nation qui se fait avec une hache, & la Datlyliomantìe ,qui se pratique avec un anneau. „ Par ainsi, dit-il, ceux /„ qui prennent la hache & la mettent droit à plomb, en„ disant quelques paroles saintes, ou Psalmes, & puis„ nommant les noms de ceux desquels on se doute,
„ pour découvrir quelque chose à b prólation de celui„ qui est coupable , que la hache se mouve, c’est un„ art diabolique, que les Anciens ìppúloient Áxmoma»-„ tic. Et en cas pareil la VaByliomantie avec Panneau sor„ le verre d'eau, de laquelle usoit uue fameuse Sorcie-„ re Italienne en Paris l’an 1562. en marmotant je ne„ fçai quelles paroles, & devinoit par fois ce qu’on de-„ mandoit par ce moyen , & néanmoins la plupart y.
„ étoient trompez. Joachim de Cambrai récité que Je»
„ rôme Maron, depuis qu’il fut Chancelier de Milan,
„ avoit un anneau parlant, ou plutôt un Diable, qui„ enfin paya son maître , & le fit chasser de son Etat.
„ Toutefois il y en a qui appellent cette forte , Hydro-„ mantie , & disent que la ÌDaBylìomantìe s’entend des„ anneaux oû les Sorciers portent les esprits qu’ils ap-„ pestent familiers, que les Grecs appellent èuí^ovaq nu.-„ píSpovç.
A l’égard de la Physionomie, qui s’occupeà connoî-
tre
(e) Tit. 39.
(/) In Píèudomant.
(g) De incantation, v. fol. 160I
{b) L. 4. dìíquiíìt. Magic. 1 . 4. c. 2. Qusest. 6 . Sect. 4. a. -i
I. c. 5. r ^
(i) L. 2. c, 1.
(k) In positionib.
(/) Bodin ubi sup.
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