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tre les mœurs & les inclinations des hommes par Ifinfpec-tion des signes extérieurs qu’elle remarque dans leurscorps, comme on le reconnoît par les quatre Livres queJean Baptiste de la Porte a faits fur ce sujet, elle peut-être permise pouveu qu’elle se renferme dans les bornesde la Philosophie naturelle, & qu’elle ne devine les cho-ses que par conjecture & probablement ; mais non pasavec certitude. Car il arrive souvent que la raison corri-ge dans les hommes les mauvaises inclinations qui leurpeuvent avoir été imprimées par la nature, & qu’elledonne à leurs âmes des impressions entierement opposées• â celles qui paroissien! fur leurs visages, & fur les autresparties de leurs corps. La grâce fait encore davantage,puisqu’elle change les loups en brebis, & les Persécu-teurs en Apôtres , & que de criminels elle nous rendinnocens. Ainsi elle renverse toutes les réglés de la Phy-sionomie , qui bailleurs ne se peuvent étendre ni sur lesactions particulières des hommes , ni fur leur liberté,ni fur les choses qui leur font exterieures ; parce querien de tout cela ne dépend de leur tempérament, ni dela disposition de leurs corps. II faut raisonner de mêmede la Chiromantie physique, qui sait partie de la Phy-sionomie naturelle. Car pour ce qui regarde la Chiro-mantie astrologique, elle est absolument défendue parla Bulle de Sixte V. Cœli & terra , aussi-bien que lesLivres qui en traitent; (a) Et le fçavant François deValois en fait voir manifestement la vanité & la fo-lie.
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CHAPITRE V.
De la ‘Divination qui se fait par les songes.Qu’il y a de quatre sortes de songes. §uela Divination des songes est superstitieuse.Qu'elle est condamnée par /’ Ecriture , parle s Conciles , & par les Ecrivains Ecclé-siastiques. Exemples de cette Divination.
E P i c u R E & fes Sectateurs qui donnoient tout auhazard, & qui croyoient que Dieu demeuroit dansune oisiveté & une inaction continuelle , fans prendreaucun soin des choses de- la terre, ne pouvoient s’imagi-ner que cet Estre souverain & indépendant envoyât dessonges aux hommes ( b ) Tertullien parle de cette opinion3 c il la réfuté ensuite non feulement par l’autoritédes sain-tes Lettres, mais encore par le témoignage des Payens mê-mes, qui ont eu des songes tres-considerables dans l'His-toire (c).
Si bien qu’on ne peut nier fans crime qu’il y ait dessonges dont Dieu soit l’Aureur , ou parce qu’il les en-voyé par le ministère des Anges. ( d) Ce que l’Ecrituredit du Roi Abimelech, de Jacob, deLaban, de Jo-seph, de Pharaon; de Salomon, de Nabuchodonosor,de Daniel, de Judas Machabée & de S. Joseph, en estune preuve tres-convaincante. D’où vient que le S. Hom-me Job difoit à Dieu ( e ) Vos songes m’épouvanteront ,gr vos visons me fasront d’horreur. Et il est remarquéau premier Livre des Rois, (f) que Saul consulta leSeigneur , & que le Seigneur ne lui répondit ni par lessonges, ni par les Prestres, ni par les Prophètes.
Mais outre les songes divins, il y en a encore de na-turels, de moraux & de diaboliques.
Les songes naturels viennent du tempérament des per-sonnes. Car les bilieux ont d’autres songes que les san-guins , les sanguins que les melancholiques, & les me-
( a 'ì Lib. de sacra Philos, c. ; - -
(b) VoiTertullienLib.de anima c. 46. qui rapporte cette impiétéen ces termes : Vana in totutn somnia Epicurus judicavit, libérons ànegotiis divinitatem, & dissolvens òrdinem rerum, & in paffivita-te omnia Ipargens, ut evehtui exposita & fortuita.
(c) Ibid. & c 47. ac seqq.
(d) GeneC 20. 28. ;. 37. &41. r. Reg. r. Daniel. 2. & 7.2. Machab. ip- Matth. r.
(e) C. 7- , •
(/) C. 28. Consoluit Saiil Dominum , & non respondit ei,neque per somnia, neque per Sacerdotes, neque per Prophetas.
S T I T I O N S.
lancholiques que les pituiteux ou phlegtnatiques. (g)Les bilieux songent les couleurs jaunes, les querelles,les disputes , les combats & les incendies. Les sanguinssongent le safran , les jardins , les festins, les danses,les amourettes, les divertissemens , & fout ce qui peutdonner de la joye. Les melancholiques songent la fumée,l’obscurité , les tenebres, les promenades dans les lieuxsolitaires, les promenades nocturnes, les spectres horri-bles & affreux, les choses tristes & la mort. Les pitui-teux songent la mer, les rivières, les bains, les naviga-tions , les naufrages, les fardeaux pesans , & les chosesqui empêchent ou de marcher, ou de fuir absolument,ou de fuir auffi-tôt qu’ón le souhaiteroit. C’est pourcela, dit S. Thomas (h) , que les Médecins asseurentqu’il faut prendre garde aux songes des malades, afin deconnoître leurs dispositions interieures. Ce qui peut êtreconfirmé par ce que dit Gaspar Pucer fçavant Médecindans son Traité (i) de la Divination par les songes. ,
Les songes moraux sont produits par les inclinations,par les actions, par les pensées, par les désirs & par lesmœurs d’un chacun. Car nous reconnoissons souventpar nôtre propre expérience que nos songes sont des fui-tes de ce que nous avons fait , de ce que nous avonspensé , & de ce que nous. avons désiré avec empresse-ment. C’est pourquoi Platon jugeoit (kst tres-bien qu’ilfalloit que les songes d’un Philosophe sussent differensde ceux du reste des hommes.
Les songes diaboliques sont causez par les Démons.Tels font ordinairement les songes qui portent à l’obfce-nité, à la colere, à la vengeance , au désespoir, aumeurtre, ou à quelqu’autre mal.
Quand on est asseuré que les songes viennent de Dieu,ce seroit un grand péché que de ne les pas croire, &de ne pas observer tout ce qu’ils prescrivent , d’autantque ce seroit s’opposer à la volonté de Dieu, laquelledoit être la réglé souveraine de toutes nos actions, ainsique renseignent les saintes Lettres & les Peres de l’Egli-se.
II faut néanmoins remarquer que Dieu n’envoye dessonges que tres-rarement; 8 c que quand il en envoye ,il ne le fait que pour de grandes raisons qui ne nous peu-vent-être connues que par des révélations particulièresdu saint Esprit, puisque, comme parle le grand Apô-tre (l) , Nul ne connaît ce qui est en Dieu, que l'Ejprìtde Dieu. (m ) Voilà pourquoi’ le Moine Antiochusqui vivoit du temps de l’Empereur Heraclius, déclaréqu’il ne faut pas ajouter foi aux songes, quoiqu’ils sem-blent être envoyez du Ciel, («) à moins que d’avoir le dis-cernement des esprits , qui nous mette les choses quenous avons veuës, dans une entiers évidence : Le Scho-liaste de S. Jean Climâque est dans la même pensée. (0)
,, Il saut user d’une grande prudence, dit-ìl, pour bien,, juger de ce qui nous arrive en songe; Et j’estime,, que la cause des songes étant incertaine, on ne doit,, s y arrester en aucune maniéré , parce qu’il appartient„ à peu de personnes d’en bien juger.
Si cela est vrai des songes en général, il ne l’est pasmoins en particulier des songes naturels, des songes mo-raux , & (ur tout des songes diaboliques, qui , commeles plus criminels, font le plus expressément condamnez;bien que les naturels & les moraux portent aussi le ca-ractère de réprobation , lorfqu’on s’en sert pour deviner
les
(g) Pucer de divinat. ex somniis. p- * 57 •
{h) 2. 2. q. 94-, a 6.incorp. Medicidícunt eileattendendumsom-niis ad cognoícendum interiores diípofitiones.
(z) p. 263. & seqq-
(k) In Theetet. íeu de soient.
(/) i. Cor. 2.
(m) C’est ce que nous apprenons de ces paroles de S. Grégoire deNystè : Lib. de opific. homin. c. 13. Quemadmodum cùm ho-mmes universi à mente propria regantur , pauci tamen quidamexistunt quibuscum Deus manifesté propè familiarem in modumversatur : Sic cum vis imaginandi per somnum omnibus sequè acsine discrimine à natura íit indita, pauci ex universorum caetusont, quibus diviniora se somniorum visa offerunt.
(») Homil. 84. Nifí adfít discretio Spirituum, eerta nec fallaXinterpres rei vif».
(e) Ad. graad. 15. n. 39