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Superstitions anciennes et modernes, préjugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages & à des pratiques contraires à la religion / [Pierre Lebrun]
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DES SUPERSTITIONS.

3. Pourvu quil ne soit pas question dune Dignitéou dun Benefice Ecclésiastique, Car cela est expressé-ment défendu par le chapitre, Eccksta, qui est du Pa-pe Honoré III. (a).

II est vrai que S. Matthias fut élu Apôtre par fort enla place de Judas, ainsi que !e rapporte S. Luc au pre-mier chapitre des Actes des Apôtres. Mais à cela onpeut répondre plusieurs choies.

La premiere , quil -nest pas indubitable que le fortdont parle S. Luc, ait été un véritable sort. Car lan-cien Auteur du Livre de la Hiérarchie Ecclésiastique ,faussement attribué à S. Denys lAreopagite , témoigneque ce fut un signe extraordinaire , par lequel Dieu fitconnoître aux Apôtres quil appelloit S. Matthias àlA-postolat (h).

La seconde, que quand ce sort auroit été un vérita-ble sort ; un exemple auííi singulier & aussi extraordi-naire que celui de la vocation de S. Matthias, ne doitpas être tiré à conséquence pour établir un usage général& ordinaire dans lEglise , puisque, comme dit fortbien S. Jerôme (c) , les privilèges des particuliers nepeuvent pas faire une Loi commune. Or ce fut un pri-vilège particulier à S Matthias dêtre appellé à lAposto-lat par la voye du sort, que Dieu inspira lui-même àses Apôtres pour leur faire connoître que S. Matthiasnétoit pas moins queux, quoiquil eût été appellé apréseux, & dune autre maniéré queux.

La troisième , que les Apôtres gardèrent cette con-duite pour se conformer en quelque façon à la disciplinede la Loi de Moïse , sous laquelle ils vivoient encore,& selon laquelle l'usage du Sort étoit permis; ainsi quilest visible par le r 6. chapitre du Levitique , par le r 6.& par le 33. chapitre des Nombres, par le 7. parle 18. chapitre de Jofué, par le 14. chapitre du r. li-vre des Rois, par le t, chapitre de lÉvangile de S.Luc, & par le r. chapitre de celui de S. Jean. Et eneffet le venerable Bede (d) cité par S. Thomas (c), re-marque que S. Matthias fut élu avant la Pentecoste ,cest-à-dire avant que le S. Esprit fût descendu sur lesApôtres , & par conséquent avant que la Loi de grâceeût été publiée ; au lieu quaprés la publication de lE-vangiîe, suivant ce qui est rapporte dans les Actes (/) ,lOrdination des sept premiers Diacres fe fit par la voyede lelection & non pas par celle du Sort, qui à la véri- nest pas de soi mauvaise, maïs qui na pas laissé pourcela dêtre défendue aux Fideles , de crainte que souspretexte de divination , ils ne retombassent dans lIdola-trie, ainsi que parlent Gratien & la Glose du Dioit Ca-non (g).

(a) L. f. Décrétai, tit. r. de Sorti], Ecclesiâ vestrl Epiícopodestinatâ, vos convenientes in unum, ut de futuri tractaretis elec-tione Pontificis, unum. elegistis ex vobisper fbrtem, qui tres auc-toritate vestra elegit, per quos vice omnium Lucanenii providere-tur Ecclesix de Pastore : quorum duo tertium Magistrum R. sci-licet elegerunt : quod expreffé licebat eisdem, secundum traditamà vobis omnibus potestatem. Procuratoribus igitur vestris super hisin nostra prsesentia constitutis : Nos tali examinato processu, licetnota non careat, quin imò multa reprehensione fit dignum , quod

fors in talibus intervenir.Electionem celebratam de ipíb, ad

gratiam confirmationis admittimus , Sortis uíùm in electionibusperpétua prohioitione damnantes.

(b) C. 5 part. 3. Cùm autem de divina il la forte , dit-il, qu*divinitus super Matthiam cecidit , alii ab aliis diveríà fèníèrint,meam ipse sententiam exponam. Mihi enim videtur Scripturafbrtem appeUare divinum illud munus quo declarabatur Chorohie-mehico, quifeam divino suiîragio electus erat. Ce que George í-a-ckymeres a paraphrasé de cette forte: Ego autem dico fbrtem fuissesignum aliquod revelationis aut afflationisíànctissimi Spiritus, quodcadebat super eum qui sortiebatur. Unde etiam de Iscariota maxi-mum ille Petrus ait : Et acceperat nobiscum fbrtem ministerii hu-jus : Quamquam usltata vulgò sors non fuit adhibita à Dominocùm ' postolos elegit.

(c) In c. I Jona. Privilégia singulorum non possunt facere le-gem communem.

(d) In Cap. 1. Actor.

(-) r. 2. q. 95 a. 8. in Corp.

{f) Cap. 6.

(g) 26. q 2. i. paragr. bis ita respondetur. Antequam Evange-lium claresceret, dit Gratien, multa permittebantur qu* rempoteperfectionis diíciplin* íùnt penitus eliminata : Copula namque Sa-cerdotalis vel confanguineorum, nec Legali, nec Evangelica, velApostolica auctoritate prohíbetur : Eccleliastica tamen lege penitùsinterdicitur. Sic Sc sortibus nihil mali ineíTe monstratur ; prohibe-

La quatrième , enfin que S. Matthias 8 c Joseph sur-nommé le Juste , sur lesquels les Apôtres jetterent lesyeux pour remplit la place de Judas, étoient deux per-sonnes égales en mérité & en sainteté ; L, que riennem-pesche , quand la même chose se rencontre, quon nepuisse employer le Sort dans le choix des personnes sa-crées pour les Benefices, parce que lorsque la prudencehumaine est à bout, il est permis de recourir à Dieu,de consulter fa volonté, & de remettre tout à fa Provi-dence.

Cest dans cet esprit que le Concile de Barcelonne

(h) en 599. permet lusage du Sort dans les électionsEpiscopales, 8 c cest dans cette vue que S. Augus-tin (i) asseure que durant un temps de persécutionles Prestres peuvent jetter au Sort à qui sortira du-ne ville , ou à qui y demeurera , lorsqu'on ne sçau-roit distinguer lesquels dentre eux sont les plus néces-saires à lEglise , & les plus disposez à souffrir lemartyre.

Ce saint Docteur montre encore alleurs, que dansl'exercice même de la Charité, qui na point accep-tion de personnes, on peut se servit du Sort. ( kj Si,, vous aviez une chose, dit-il , que vous fussiez obli-,, de donner à une personne qui en eût besoin ,,, & que vous ne pussiez pas donner à deux, si vous rencontriez deux personnes dont lune ne fût ni plus pau- vre, ni plus de vos amis que lautre, vous ne pour- riez que faire une action de justice , de jetter au sort à laquelle de ces deux personnes vous devriez donner ce que vous ne pourriez pas donner à tous deux.

Cest par ce principe de légalité des personnes, ausujet desquelles on jette au Sort, que lon justifie lesélections des Magistrats séculiers qui sc font par leSort en certains lieux , í& particulièrement à Venize,comme il est rapporté dans lHistoire de cette Répu-blique par le Cardinal Contarin (/) , par Sansovin ,& par Jannot, & dans la premiere partie de Y Histoi-re de son Gouvernement , par Monsieur Amelot de laHoufTaye (m ), qui décrit fort au long de quelle ma-niéré cela se pratique.

Cest par ce même principe que lon justifie le pro-cédé de ceux qui déciment , par le moyen du Sort ,plusieurs personnes coupables dun même crime ; quipendant latempeste jettent au Sort pour sçavoir ceuxque lon doit noyer; & qui ayant une hérédité , unecharge , une commission , ou telle autre chose à par-

ta-

tur tamen fidelibus , ne sub bac specie divinationis, ad antìquosIdololatri* cultus redirent.

(h) Can. 3. Cùm per Canonum conscripta rempota Ecclesiasti-cos per ordinem, ípeciali opéré desudando, probatx vit* admini-culo comitante , conscenderit gradua ad summum Sacerdotium ,si dignitari vita reíponderit, auctore Domino, provehatur. Ita ta-men ut duobus aut tribus , quos ante consensus Cleri & plebis ele-gerit , Mctropolitani judicio , ejuíque Coepifcopis prxsentatis ,quam Sors prxeunte Epìícoporum jejunio. Christo Domino ter-minante , monstraverit, benedictio consecrationis accumules.

(i) Epist. 180. Si inter Dei Ministres, dit-il à 1Evêque Honorâtinde fit disceptatio , qui eorum maneant, ne fuga omnium, Scqui eorum fugiant, ne morte omnium deseratur Ecclesiâ- Taie'quippe certamen erit inter eos, ubi utrique ferveant charitate, &utrique placeant caritati. Qu* disceptatio si aliter non potuerit ter-minaii, quantum mihi videtur, qui maneant 8t qui fugiant, sor-te legendi sunt : Qui enim dixerint se potiùs tugere debere, auttimidi videbuntur, quia imminens|malum sustinere noluerunt, autarrogantes, quia fe magis qui scrvandi essent, necessarios Eccleíì*judicarunt. Deinde sortaffis ji qui meliores sunt, eligent pro firatri-bus animas ponere, 8t bi servabuntur fugiendo , quorum est mi-nus utilis vita, quia minor coníulendi & gubernandi peritia. Quitamen Ji piè sapiunt, contradicent eis quos vident vivere potíSsoportere, 8c magis mori malle quam fugere. Idcò tic ut ícviptUìTiest : Contradictiones sedat sortitio , & inter ponentes définit. Me-lius enim Deus in hujuscemodi ambagìbus. quàmhomines judicat,sive dighetur ad paslìonis fructum voc .re meliores 8c parcere infir-mas , live istos facere ad mala perferenda fortiores, 8c huic vit*subtrahere, quorum non potest Dei Ecclesiâ tantùm quantum illo-rum vita prodesse. Res quidem fier minus usitata , si fiat jsta for-titio. Sed si facta fuerit, quis eam veprehendere audebit? Quisnoneam nisi imperitus aut invidus congrua prxdicatione laudabit?

(k) L 1, de Doctr. Christ: c. 28.

(i) Lib. 1. de Republ. Venet.

{m) Tit, du grand Conseil, tome, 1.