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Superstitions anciennes et modernes, préjugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages & à des pratiques contraires à la religion / [Pierre Lebrun]
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JO DES SUPER

clesiastíque, & un an & demi, sils font Laïques (a).

Le Pape Léon IV. (b) asteure que les Sorts que lesEvêques de Bretagne pratiquoient dans leurs Jugemens,ne font autre chose que des divinations & des maléfi-ces , & il les défend fous peine dexcommunication.

Le Concile Provincial de Mexico (c) en 158s. défend à toutes fortes de personnes , de quelquej, qualité quelles soient , de fe servir du Sort pour,, connoître les choses à venir , sous peirìe d'être fouë- técs, dêtre traitées ignominieusement & dêtre eon-,, damnées à une peine pécuniaire , ou à telle autre âu- tre qu'il plaira aux Evêques de decerner.

Majolus (d) distingue les Sorts un peu autrementque ne font Saint Thomas , Denis le Chartreux , leCardinal Cajetan & les autres Scholastiques ; quoiquilnen reconnoissë , -non plus queux , que de trois Sor-tes , de Politiques , de Divins , St de Divination ;mais de la maniéré quil les explique , il ne séloignepas beaucoup de ce que nous venons de dire. Il expli-que âussi les conditions que les Lotteries doivent avoirásin quelles soient justes & légitimes ; & il parle desanciens Sorts , dont il est assez souvent fait mentiondans les Auteurs próphanes tant Grecs que Latins.

CHAPITRE VII.

De P Astrologie judiciaire. En quoi constste

cette espece deDivination . Quelle est

de fendue par les Loix divines & humai-nes , Ecclésiastiques & Civiles. D'oh vientque les Astrologues & les autres Devinsdisent quelquefois la vérité. §hiencore

quils dtfent la vérité , nous ne les devonspas plus croire pour cela.

L A science que lon peut avoir des choses à venirpar linspection des Astres, & qui sappelle enun mot Astrologie , est quelquefois permise , & quel-quefois defenduë.

Elle est permise, Iorsqsselle est appuyée fur desprin-cipes universels, constans & invariables. Ainfi on nepeut pas accuser de Superstition les Astrologues, qui,selon les réglés de leur Art, prédisent, & même aveccertitude, les choses qui doivent necessairemént arriverselon le cours ordinaire que Dieu a établi dans la natu-re , comme sont les Eclipses du Soleil & celles de laLune , les Révolutions des Saisons, le cours des Etoi-les & des Planètes, leurs Conjonctions, leurs Aspects& leurs Oppositions. La raison est que ces effets étantinfaillibles & nécessaires, il en peuvent aussi avoir uneconnoissance infaillible & nécessaire (e).

Elle est defenduë au contraire , quand elle est fon-dée fur des principes inconstans & variables, & quandelle prédit avec assurance les choses casuelles & non né-cessaires , ou celles qui dépendent de la volonté deDieu ou de la liberté de T homme , comme si ellesétoient necessairement causées par les Astres , ou par lesautres Corps telestes. Car toutes ces choses nayant

V

(a) Art. jj-8. inter Capitula collecta ex Fragmentis p. 75.Tom. i. Pœnitent. Theodori edit. Paris. an. 1677. Auguria velSortes quas dicuntur falíè Sanctorum , qui eas obíërvaverìnt, ex-communicentur. Si ad pœnitentiam venerint, Clerici annos tres,Laïci unum & dimidium pœniteant.

(6) Epist. 2. ad Epiíc. Britan. art 4. Sortes quibus cuncta vosin vestris diferiminatis judiciis , nihil aliud quàm divinationes 8cmalcficìa esse decerninaus. Quamobrem volumus illas omnmodamflari, & àa inter Christianos nolumus nominati, 8c ut ab-fcindantur, seb anathematis interdicto prxcipimus.

(c) Lib. f. tit. 6. num. 1.

(</) In Supplem. Dierum Canicul. colloq. 2.

(e) Cest ce que S. Thomas enseigne en ces termes : 2. 2. q.pf. a. f- in corp. Est ergo corifiderandum quod per cxlestìumcorporum inspectioneth de futuris poísit prxcognosei. Et de hisquidem qux ex necessitatç eveniunt , manifestum est quod perconsiderationem stellarum poffunt prxcognoíci , si cu t Astrologipraenuntiant Eclipses suturas.

S T I T I O N S.

point une existence certaine & nécessaire , elles ne sepeuvent deviner certainement & necessairement que parloperation du Démon : Ce qui rend cette Divinationsuperstitieuse & illicite (f).

Ainsi on ne peut pas douter que les Dames de laCour de France , du temps de la Reine Catherine deMedicis , ne fussent superstitieuses , puisquau rapportdu Pere Delrio (g) , qui dit en avoir été témoin, el-les neussent pas osé entreprendre quoique ce fût , sansavoir auparavant consulté les Astrologues , quelles ap-pelloient leurs Barons.

On appelle Judiciaire cette derniere espece dAstro-logie, tant pour la distinguer de la vraye Astrologie,quà cause que ceux qui en font profession, & qui pourcela se nomment Astrologues, ou Mathématiciens, dansle langage des Conciles & des saints Peres , jugent deschoses futures ávec autant de certitude , que si ellesétoient présentés à leurs yeux ou à leur esprit, ou qu-les fussent appuyées fur des démonstrations Mathémati-ques.

Elle peut bien à la Vérité deviner certaines choses ac-cidentelles , qui dépendent ordinairement de linfluencedes Cieux : telles que sont par exemple , les maladiesgenerales , les grandes chaleurs, les pluyes excessives &les secheresses extraordinaires. Mais elle ne le peut fai-re que probablement & par conjecture , parce quenco-re que ces effets soient naturels , & quils arrivent assezsouvent, ils sont néanmoins quelquefois arrestez par descauses particulières, qui empêchent quilsnarriventdansle temps marqué pour cela. Après tout, elle est sivaine , si trompeuse , si temeraire, fi folle, si dange-reuse , si impje , si criminelle, si damnable, que cestavec beaucoup de justice quelle a été unanimementcondamnée par les Loix divines Sc humaines, Ecclé-siastiques & Civiles, pour ne rien dire des Páyens, desAstrologues mêmes, des Médecins & des Philosophesanciens & modernes, qui en ont découvert 8 c publiéles illusions & les impietez ; ce qui a fort bien réussi àJean Pic (h) & à son neveu Jean François Pic (i) ,Comtes de la Mirande.

Aussi la connoissance des choses à venir est elle par-ticulière à Dieu selon Isaïe (kj ; Et lEcclesiasté assureque lhomme ny peut arriver (/). De sorte que c'estune témérité insupportable aux créatures , que de vou-loir sattribuër ce qui nappartient quà leur Creâteur.

De- vient que le même Prophète Isaïe (m) annon-çant aux Babyloniens la désolation de leur Ville , leurdit comme par maniéré ds raillerie & dinsulte, quesiîsveulent savoir les malheurs qui leur doivent arriver , ilsnónt quà consulter les Augures 8 c les Astrologues enqui ils ont tant de confiance ; mais quils le feront inu-tilement , parce que ces sortes de gens ne sont pas ca-pables de les sauver , nétant que comme de la paille quiest bientôt consumée par le feu , & ne se pouvant sau-ver eux-mêmes des fiâmes.

Le Droit Civil : condamne aussi expressément les As-trologues & lAstrologie. La Loy Artem , O) q U j Mde Dioctétien & de Maximien, dit que lAstrologie estun art damnable & entierement défendu : Constance Sc

Ju-

(/) S. Thomas, îbid. Si quis consideratione Astrorum utatur adprxcognoscendos futuros caíuales vel fortuitos eventus, aut etiatnad cognoscendum per certitudinem opéra hominum, procedithocex fallà & vana operatione , & sic operatio dxmonis se immiseet;unde erit divinatio seperstitioíà 8c illicita.

(g) L; z. Disquis. Magic, p, 2. q. 4. sect. 6.

(h) Lib. contr. Ailrolog.

(z) Lib. de Prxiiot.

(k) C. 41. Annunciate quse Ventura sent in suturant & seie-mus quia Dii estis vós.

(/) C. 8. Homo ignorât praeterita, Sc sutura íiullo fcire potestnuncio.

(m) C. 47. Defecisti in multitudine consiliorum tuorum; Sterit .8c salvent te Augures, caeli qui contemplabantur sidéra, &.seppu-tabant menses, ut ex eis annuncient ventura tibi. Ecce factí sontquasi stipula , ignis combuffit eos : non liberabunt animam seamde manu flammx.

(») Cod. de Malefic. 8c Mathemat. Lee. Ars Mathcmatica dam-uabilis 8c ínterdicta omnLuo.