j'Sô Fables
niere, auroient été, selon lui (u), des gens quîmenoient une vie sauvage, sans loix & presqueíàn$ religion. Janus se présente, il les assemble,leur donne des loix, le bonheur de la vie se ma-nifeste, on voir naître un siécle d’or. La crainte,la contrainte qu’occasionnent des loix menaçantesayoient parues à Ovide contraires au bonheur dela vie. Elles font une source de félicité pour M.l’Abbé Banier. Mais enfin quelles raisons peuventavoir eu les Anciens pour attribuer au régné deSaturne, la vie d’un siécle d'or? jamais régnéne fut souillé de plus de vices; les guerres, lecarnage, les crimes de toutes especes inondè-rent la terre pendant tout ce tems-là. Saturnene monta fur le thran e qu’en en chassant sonpere, après savoir mutilé. Que fit Jupiter deplus que Saturne pour avoir mérité qu’on nedonnât pas â son régné le nom d’àge d’or. Jupiterle traita à la vérité précisément & de la mêmemaniéré que Saturne avoit traité son pere. Ju-piter étoit un adultéré, un homicide, un inces-tueux, &c. Mais Saturne valoit-il davantage?n’avoit-il pas austi épousé sa sœur Rhée? n’eut-ilpas Philyre pour concubine, fans compter lesautres ? vit-on un Roi plus inhumain que celuiqui dévore ses propres en fan s ? II est vrai qu’ilne dévora pas Jupiter ; mais il y aîloit à la bonnefoi, & l’on ne doit pas lui en sçavoir gré ; onlui présenta un caillou ; il l’avala, & ne pouvantle digérer, il le rendit. Cette pierre, suivant Hé-siode , fut placée sur le Mont-Hélicon , pour ser-
(a) Mythol. T. II. p. no.