POINT FIXE.
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inique, surtout pour la construction des grandes travées, où la fonte est très-difficileà employer, tandis que la tôle et le fer s’emploient, dans ce cas, aussi facilement quedans celui des plus petites ouvertures.
Si un pont ne recevait jamais de surcharges mobiles, et s’il n’avait à porter qu’unecharge uniformément répartie, il suffirait de placer l’arc supposé réduit à une épais-seur mathématique, suivant une courbe peu différente de la parabole pour que cetarc fût en équilibre, instable sous des efforts de compression seulement; mais l’addi-tion de la plus petite surcharge suffirait pour troubler cet équilibre, et il ne pourraits’en établir un nouveau que par la mise en jeu de l’élasticité de l’arc.
Si l’arc a b (fig. E, pl. 11), par exemple, est en équilibre sous l’action d’une sur-charge uniformément répartie sur m n, et qu’on exerce une action en c, l’équilibreest troublé, et s’il se rétablit au moyen d’un aplatissement en c et d’un relèvementen d, c’est en vertu de l’élasticité de l’arc.
Un arc en tôle et fer pouvant être considéré comme homogène, et jouissant detoute l’élasticité qu’aurait une pièce unique, on pourrait être tenté de mettre en jeucelte propriété dans un pont; mais ce serait une mauvaise opération, attendu qu’entravaillant tantôt par extension, tantôt par compression, le fer et la tôle s’altéreraientà la longue et deviendraient aigres et cassants; il se produirait là, en petit, ce qui alieu quand on plie une feuille de tôle alternativement dans un sens ou dans l’autre;d’ailleurs, quand, dans une même pièce, des parties travaillent les unes par com-pression, les autres par extension, elles sont inévitablement séparées par d’autresavoisinant l’axe neutre, ne travaillant ni d’une façon ni de l’autre, et par conséquentinutiles.
Pour bien employer la matière, on doit donc chercher à faire travailler les arcs entôle et fer d’un pont fixe par compression dans toutes leurs parties, c’est-à-dire à lamanière d’une voûte en pierre, et ne compter sur leur élasticité que pour ie cas desurcharges extraordinares ou de chocs imprévus.
U n’est pas inutile de faire remarquer que cette élasticité permettra sans aucuninconvénient, aux piles et culées d’un pont, des mouvements qui suffiraient pouramener la ruine de ponts en fonte ou en pierre.
Comme, quelque bien fondé que soit un pont, ces mouvements sont à craindre, etque leur effet est d’autant plus sensible que les travées ont plus d’ouverture, la pru-dence seule suffit pour commander de préférer la tôle et le fer à la fonte dans lesconstructions des grar.ds ponts fixes.
Les considérations précédentes ont pour but de justifier l’emploi exclusif de la tôleet du fer dans la construction des arcs du nouveau système de pont, et la détermi-nation prise de ne faire résister ces arcs que par compression, leur élasticité devantservir seulement à détruire l’effet de chocs violents imprévus, et à remédier au mou-vement possible des piles et culées.
DISCUSSION DE LA FORME DES ARCS.
Puisque les arcs en tôle et fer doivent résister seulement à des efforts de compres-sion analogues à ceux qui se produisent dans les voûtes en pierre, il est bon d’exa-miner ce qui se passe dans celles-ci ; or, dans une voûte en pierre , il s’exerce surchaque plan de joint des actions qui peuvent se combiner en une force unique agissanten un point de plan appelé centre de pression de ce plan, et l’équilibre ne peut sub-sister que si la ligne joignant ces différents centres de pression, c’est-à-dire la courbedo pression, passe constamment dans l’intérieur du profil de la voûte.