HUILERIE.
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« Son procédé, dont l’industrie s’est bien vite emparée, consiste à battre fortementles huiles avec 1 1/2 à 2 ou 3 centièmes d’acide sulfurique concentré. Le battages’opère au moyen d’un agitateur à palettes, dans un grand bac doublé en plomb oudans des tonnes pouvant contenir plusieurs hectolitres d’huile, on verse lentementet par fractions l’acide dans le bac ; on bat l’huile pendant 20 à 25 minutes, onlaisse reposer un quart d’heure, et on agite encore pendant quelques minutes.
« L’huile devient d’abord verte et passe au noir à mesure que le mucilage secharbonne et se précipite ; le précipité noir s’en sépare ensuite complètement, etl’huile, dans laquelle il nage des flocons, prend une grande limpidité. On abandorneau repos pendant 24 heures, puis on introduit par hectolitre 25 à 30 litres d’eauà + 35 ou 40°, ou un courant de vapeur; on bat pendant 8 à 10 minutes, puis onfait écouler le mélange dans de vastes réservoirs placés dans un lieu où la tempéra-ture est maintenue à + 25°. On laisse reposer pendant 3 jours.
« La masse est alors divisée en trois couches. La supérieure est formée parl’huile épurée , qu’on filtre au travers d’une couche de mousse recouverte d’un litde tourteau, ou au travers de coton mis entre des plaques de métal percées detrous. La seconde couche est de l’huile impure, épaisse et brunâtre, que i’on con-serve à part, et dont, à la longue, on retire encore une certaine quantité d’huilepure. Enfin, la troisième couche est l’eau chargée d’acide sulfurique et de la matièreétrangère dénaturée. Cette eau sert à la fabrication des couperoses ou pour le déca-page des métaux.
« M. Dubrunfaut a rendu ce procédé plus prompt au moyen de la modificationsuivante : Lorsque l’huile a été battue avec l’acide sulfurique, qu’elle a pris unaspect verdâtre, et que le dépôt des matières altérées par l’acide commence à seformer, on ajoute peu à peu de la craie délayée en bouillie épaisse jusqu’à ce que lepapier de tourne-sol indique que la saturation est opérée. On laisse déposer, et l’onsoutire l’huile dans des cuves dont le fond est percé de trous garnis de mèches decoton ou de laine cardée. Pour éviter cette filtration toujours longue et embarras-sante, on place l’huile trouble dans une grande futaille, et on la bat avec du tourteaupulvérisé et sec.
« Pour six hectolitres d’huile, on emploie 50 kilogrammes de tourteau. Après20 minutes de brassage, on laisse déposer. Huit à dix jours après cette opération,on peut soutirer environ 4 hectolitres d’huile parfaitement claire, qu’on remplace parune égale quantité d’huile trouble. Trois jours après on peut exécuter un nouveausoutirage, et ainsi de suite, jusqu’à ce qu’on ait clarifié, avec les 50 kilog. de tourteau,près de 200 hectolitres d’huile.
Le déchet des huiles par l’épuration varie de 1, 5 à 2 p. 0/0, suivant leur qualité,le procédé de fabrication, etc.
« Pour qu’une huile épurée soit de bonne qualité, elle ne doit, en brûlant, ninoircir ni charbonner la mèche, ce qui indiquerait que le lavage a été mal fait et n’apas enlevé tout l’acide; ni la couvrir de petits champignons, ce qui prouverait uneépuration incomplète; ni être colorée ou trouble, ni avoir perdu toute sa viscosité etcouler comme de l’eau, parce qu’elle se consumerait alors trop vite, ce qui serait dûà l’emploi d’un trop grand excès d’acide. Le meilleur moyen pour essayer les huiles,sous ces rapports, est de faire brûler une quantité égale de divers échantillons avecune mèche de veilleuse; la durée de chacune des huiles, la qualité de la lumière etl’éclat des mèches feront juger de leur valeur relative. »