368
PUBLICATION INDUSTRIELLE.
dans une chaudière rectangulaire placée sur un petit fourneau que l’onchauffe au degré convenable avec de la houille. On jette dans ce bain lemandrin en fer fileté qui doit servir à former les filets de vis intérieurs, afinqu’il y acquière le même degré de température environ que le liquide. Cemandrin est fait en trois parties, afin de pouvoir se démonter aisément,sans être dans l’obligation de le dévisser. L’ouvrier place le tuyau vertica-lement en le maintenant par un collier en fer contre un établi ; puis il yajuste un petit couvercle en fer plat, comme la soupape d’un tuyau depoêle en le faisant entrer à une certaine profondeur, et le recouvre de sable.Il place alors le mandrin dans le dessus, de manière qu’il se trouve leplus exactement possible au centre, et pour cela il n’a que l’œil et la grandehabitude pour le guider. Comme ce mandrin est d’un diamètre plus petitque l’intérieur du tuyau, on conçoit qu’on coule de la matière autour dumandrin dans l’espace vide qu'il laisse entre lui et le tuyau ; de sorte quelorsqu’elle est refroidie, elle forme nécessairement l’épaisseur de métal avecl’empreinte des filets de vis. Comme la matière se tasse toujours un peu,il faut avoir le soin d’en couler plusieurs fois de manière à venir exactementcontre le bord du tuyau ; on obtient ainsi des filets devis très-exacts et très-lisses. Pour les filets de vis extérieurs, on a des bagues filetées intérieure-ment que l’on met autour du bout du tuyau, en les maintenant en dessouspar de la terre glaise, pour éviter que la matière que l’on coule entre labague et le tuyau ne puisse s’échapper.
La précision est tellement grande, entre les rondelles filetées et les man-drins, que lorsqu’on veut assembler deux tuyaux quelconques de mêmediamètre, on est toujours certain de pouvoir les visser l’un sur l’autre.
Avant que les tuyaux soient recouverts de bitume, on a le soin de lesessayer à la presse. A cet effet on place le tuyau à éprouver horizontale-ment, en le maintenant entre deux poupées de bois ; on fait arriver l’eaupar une extrémité, à l’aide d’une pompe ordinaire, afin que le tuyau soitplus tôt plein ; du bout opposé on a placé dans le joint qui est simplementfermé par un cuir, un coin en fer qui laisse un peu de jour, pour qu’onsache reconnaître le moment où le tuyau est plein; aussitôt qu’il est rempli,on retire ce coin, et à l’aide d'une vis de rappel on serre le plateaucontre le bout du tuyau pour fermer le joint avec plus d’exactitude. Onfait alors pénétrer l’eau dans le tuyau, au moyen d’une pompe de com-pression munie d’une soupape qui mesure le degré de pression auquel ildoit résister, c’est-à-dire 12 à 15 atmosphères.
Pour cette intéressante et utile fabrication, M. Chameroy occupe dansson usine de la Chapelle-Saint-Denis, habituellement 87 ouvriers, et peutfabriquer, comme nous l'avons dit, 125,000 mètres de longueur de tuyauxde toutes dimensions par année. Il en fait depuis 8 centimètres de diamètrejusqu’à 40 centimètres et plus. L’académie royale des sciences a décerné àcet habile et ingénieux fabricant un prix de 2,500 fr. dans sa dernière séancegénérale.