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PUBLICATION INDUSTRIELLE.
depuis l’application du noir animal à la filtration, par la chaux seule.Quelques fabricants y ont ajouté une faible quantité d’alun et ont obtenude fort beaux produits et d’un goût excellent.
« Autrefois, dit M. Dumas dans son Traité de chimie (1), aussitôt après ladéfécation, le jus était évaporé à feu nu dans des chaudières spéciales, jus-qu’à 20 et 30° de l’aréomètre Beaumé; arrivé à ce dernier terme, quireprésentait une réduction des cinq sixièmes du volume, on soumettait lejus à une clarification semblable à celle qu’on emploie dans les raffineries.Cette méthode exposait donc, pendant toute la durée de cette longue éva-poration, le jus à l’action de la chaux en excès et de toutes les autres ma-tières étrangères que la filtration du noir fait disparaître. Aussi donnait-elleun grand déchet en sucre cristallisé et fut-elle bientôt abandonnée. »
Maintenant, dans toutes les fabriques de sucre, la filtration sur le noirsuit immédiatement la défécation.
M. Figuier , de Montpellier , fut le premier qui, en 1811, annonça l’éner-gique propriété décolorante du charbon d’os; cette découverte fut bientôtsuivie de la proposition de M. Derosne de substituer cet agent au char-bon végétal ; ses efforts, puissamment secondés par ceux de MM. Payenet Pluvinet, qui fabriquèrent en grand le noir animal, le firent adopterpromptement dans la plupart des sucreries et surtout des raffineries. Pen-dant longtemps le noir animal ne fut employé qu’en poudre fine; à cetétat il ne put rendre qu’une faible partie des services qu’il remplit main-tenant.
M. Dumont, fabricant éclairé, auteur du perfectionnement le plus utilepeut-être que la France puisse réclamer dans la fabrication du sucre, avaitété frappé de l’augmen tation de l’effet décolorant du noir animal, lorsque lafiltration s’opère en entier au travers d’une couche épaisse de celui-ci. Ladifficulté était de déterminer cette filtration en un temps assez court et pourdes sirops dont la densité s’élevait même jusqu’à 32° Baumé, et cela sansfausses voies ; il y est parvenu d’une manière inespérée : 1° en éliminant dunoir toute la poussière ou folle farine, en sorte que n’offrant que des grainsd’une grosseur assez considérable, la masse fût spongieuse et par consé-quent facilement perméable ; 2° en construisant un filtre dans lequel le noirse trouve entièrement plongé dans le liquide, en sorte que cet agent per-dant de son poids, le poids d’un égal volume d’eau, il tend beaucoup moinsà se tasser ; et les espaces ainsi maintenus plus larges, le liquide se répandplus librement dans les interstices de la masse, et il y circule sans faussesvoies.
Ces conditions ont été favorablement remplies dans le filtre qui porte lenom de son inventeur, M. Dumont, et qui est représenté sur les fig. 4 et 5de la pl. 21.
Un grand avantage que présente le noir animal en grains, c’est qu’ilpeut servir pour ainsi dire indéfiniment en ayant soin de le revivifier lors-
(1) Dumas , Traité de Chimie appliquée aux arts, tome vi, page 180.