PUBLICATION INDUSTRIELLE.
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irrégulière, très-mal peignée, surtout vers le haut (1). Il fallut renoncer àce système, et ce fut alors que M. de Girard imagina la peigneuse actuelle,chef-d’œuvre de conception, que l’on n’apprécie pas assez, et dont l’auteurlui-même, si j’ose le dire, ne comprend peut-être pas tous les mérites.
« Aux cuirs sans fin, M. de Girard substitua donc des branches déta-chées, portées de chaque côté par des râteaux et mues par deux mani-velles, l’une dans le haut, l’autre dans le bas. Au moyen des manivelles,il fit décrire aux branches un mouvement circulaire, de manière que lesaiguilles, après avoir attaqué le lin, se retirèrent sans pourtant jamais serenverser. De là résultèrent deux avantages inappréciables, dont le pei-gnage à la main donne une idée, lorsqu’il est exécuté par des hommeshabiles, mais qu’on ne retrouve dans aucun autre système de peignagemécanique. Le premier, c’est que les aiguilles, se retirant après avoir faitleur effet, se bornèrent à diviser le lin sans le déchirer, et produisirent enconséquence un meilleur peignage avec une moindre quantité d’étoupes ;le second, c’est que, chaque branche n’agissant que sur une partie de lamèche, il fut possible de varier l’action du peignage, en employant desaiguilles différentes pour le milieu de la mèche et pour les bouts. Ce der-nier avantage, que M. de Girard n’avait pas encore entrevu, dont il paraîtmême qu’il ne profite pas encore, et que M. Decoster a mis dans tout sonjour, est de beaucoup le plus grand. Si l’on veut se faire une juste idée del’un et de l’autre, on n’a qu’à considérer attentivement le travail d’un pei-gneur à la main qui connaisse son métier.
«Cependant, malgré ces avantages, la machine telle que M. de Girardl’avait faite n’était pas exempte des inconvénients de l’ancien système. Cesinconvénients résultaient précisément de ce que les manivelles supérieuresétaient trop rapprochées. Les branches appuyaient trop fortement sur lamèche; les aiguilles la traversaient de part en part, en se croisant danstoute leur longueur, et le lin trop fortement engagé dans les peignes éprou-vait encore un déchet considérable. M. Decoster, témoin de ce déchet queles fabricants anglais reprochaient fortement à la machine, en chercha lacause et la trouva. Il écarta donc les manivelles, mais il fallait trouver lamesure convenable de cet écartement. Dans un premier essai, il alla troploin et disposa les manivelles de manière que les peignes opposés, au lieude se croiser dans la mèche, s’atteignirent à peine par le bout : il en résultaque le cœur de la mèche ne fut pas suffisamment peigné. Mais ensuite ildiminua par degré l’écartement, jusqu’à ce que, d’essais en essais, il fûtarrivé à un résultat satisfaisant.
(1) Ces premières machines, suivant le rapport des anciens ouvriers de Girardow, pei-gnaient bien et avec économie, seulement on se plaignait de la mauvaise qualité desétoupes.