Band 
Tome premier.
Seite
75
JPEG-Download
 

PUBLICATION INDUSTRIELLE.

75

irrégulière, très-mal peignée, surtout vers le haut (1). Il fallut renoncer àce système, et ce fut alors que M. de Girard imagina la peigneuse actuelle,chef-dœuvre de conception, que lon napprécie pas assez, et dont lauteurlui-même, si jose le dire, ne comprend peut-être pas tous les mérites.

« Aux cuirs sans fin, M. de Girard substitua donc des branches déta-chées, portées de chaque côté par des râteaux et mues par deux mani-velles, lune dans le haut, lautre dans le bas. Au moyen des manivelles,il fit décrire aux branches un mouvement circulaire, de manière que lesaiguilles, après avoir attaqué le lin, se retirèrent sans pourtant jamais serenverser. De résultèrent deux avantages inappréciables, dont le pei-gnage à la main donne une idée, lorsquil est exécuté par des hommeshabiles, mais quon ne retrouve dans aucun autre système de peignagemécanique. Le premier, cest que les aiguilles, se retirant après avoir faitleur effet, se bornèrent à diviser le lin sans le déchirer, et produisirent enconséquence un meilleur peignage avec une moindre quantité détoupes ;le second, cest que, chaque branche nagissant que sur une partie de lamèche, il fut possible de varier laction du peignage, en employant desaiguilles différentes pour le milieu de la mèche et pour les bouts. Ce der-nier avantage, que M. de Girard navait pas encore entrevu, dont il paraîtmême quil ne profite pas encore, et que M. Decoster a mis dans tout sonjour, est de beaucoup le plus grand. Si lon veut se faire une juste idée delun et de lautre, on na quà considérer attentivement le travail dun pei-gneur à la main qui connaisse son métier.

«Cependant, malgré ces avantages, la machine telle que M. de Girardlavait faite nétait pas exempte des inconvénients de lancien système. Cesinconvénients résultaient précisément de ce que les manivelles supérieuresétaient trop rapprochées. Les branches appuyaient trop fortement sur lamèche; les aiguilles la traversaient de part en part, en se croisant danstoute leur longueur, et le lin trop fortement engagé dans les peignes éprou-vait encore un déchet considérable. M. Decoster, témoin de ce déchet queles fabricants anglais reprochaient fortement à la machine, en chercha lacause et la trouva. Il écarta donc les manivelles, mais il fallait trouver lamesure convenable de cet écartement. Dans un premier essai, il alla troploin et disposa les manivelles de manière que les peignes opposés, au lieude se croiser dans la mèche, satteignirent à peine par le bout : il en résultaque le cœur de la mèche ne fut pas suffisamment peigné. Mais ensuite ildiminua par degré lécartement, jusquà ce que, dessais en essais, il fûtarrivé à un résultat satisfaisant.

(1) Ces premières machines, suivant le rapport des anciens ouvriers de Girardow, pei-gnaient bien et avec économie, seulement on se plaignait de la mauvaise qualité desétoupes.