FILATURE DU LIN. 61
brevet d’invention, en date du 18 juillet 1810, constata cette première dé-couverte.
« J’employai deux ans à compléter mes procédés, et déjà, en 1813,j’avais établi, en société avec des capitalistes, une filature d’environ deuxmille broches, dans la rue Meslay, à Paris . Nos (ils furent très-recherchéspar les fabricants de Lille . La fortune de mes associés se trouva malheu-reusement ébranlée par des spéculations que les désastres de 1813 rendi-rent ruineuses; ils ne purent continuer leurs versements de fonds, et lafabrique fut fermée.
« Une autre fabrique, plus petite que la première, fut établie rue Cha-ronne. Elle était en pleine activité en 1815, lors de la seconde entrée desarmées étrangères à Paris . Des commissaires du gouvernement autrichiendemandèrent à la voir ; ils y vinrent maintes et maintes fois et en étudièrentles travaux dans tous leurs détails. D’après leur rapport, S. M. l’empereurd’Autriche me fit proposer les conditions les plus avantageuses pour m’en-gager à porter dans ses États cette nouvelle branche d’industrie.
« Ayant déjà acquis la douloureuse certitude que je n’avais point desecours à attendre du gouvernemeut de 1815, je dus me décider à accepterles offres honorables qui m’étaient faites. Mon associé et ami, M. Constant Prévost , aujourd’hui professeur de géologie à la Faculté des sciences, sejoignit à moi, et la moitié des machines de notre fabrique fut portée àVienne aux frais de S. M. l’Empereur; l’autre moitié, formant un assorti-ment complet, resta à Paris , où mes frères se chargèrent de donner suiteà notre entreprise. Dépourvus de capitaux, ils s’adressèrent au ministre del’intérieur, dont une des missions principales était l’encouragement de l’in-dustrie. Us avaient espéré d’abord que l’on pourrait faire pour nous, créa-teurs d’une industrie nouvelle et nationale, ce qui avait été fait quelquesannées auparavant pour Douglas, qui n’était que l’importateur d’une indus-trie étrangère, et à qui le gouvernement avait avancé tous les fonds néces-saires pour l’établissement d’une grande fabrique. Déçus dans cet espoir,ils réduisirent leur demande à un prêt de 8,000 francs, destinés à mettreen évidence, par des expériences en grand, les avantages de nos procédés,afin de trouver des actionnaires pour une nouvelle filature. Us offraientpour garantie les machines mêmes, qui valaient au moins quatre fois lasomme demandée. Le ministre accorda le prêt, mais sous la conditionqu’il serait assuré par une hypothèque sur des biens libres. On conçoit que,si nous avions pu donner une pareille garantie, il eût été inutile de recou-rir à la munificence du gouvernement. J’ai dit plus haut par quelles cir-constances les biens de ma famille se trouvaient déjà surchargés d’hypo-thèques; mes frères ne purent donc remplir la condition imposée, et lesmachines restèrent inactives (1).
( 1 ) C’est à cette circonstance que M. te comte Chaptal faisait allusion dans ce passage de son J/is-toire de l’industrie française, l. Iï, p. 22 i
« Pour appliquer la mécanique à la filature du lin, il fallait donc commencer par dissoudre le