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PUBLICATION INDUSTRIELLE.
« Ainsi fut perdue pour la France cette branche d’industrie qu’elledevait, vingt ans plus tard, racheter de l’étranger à si haut prix.
« On voit donc que ce n’est point par ma libre volonté, niais par lanécessité de notre position, et par l’abandon où le gouvernement nouslaissa, que mes inventions furent enlevées à ma patrie et qu’elles y furentoubliées. »
Tout le système actuel de la filature mécanique du lin se fonde sur deuxprincipes essentiels :
Le premier, qui sert de base à toutes les opérations préparatoires que lelin subit, depuis le peignage jusqu’à la dernière filature, ou filature en finexclusivement, est l’étirage à sec au moyen des séries de peignes sans fin,seul procédé trouvé jusqu’à ce jour pour distribuer uniformément, surune longueur indéfinie, les brins du lin peigné, sans altérer leur parallé-lisme ;
Le second, qui a seul rendu possible la filature mécanique du lin jusqu’àun degré de finesse illimité, est la décomposition du lin en ses fibres élé-mentaires, décomposition que l’on produit dans le fil en gros ( rowing )par l’immersion, soit dans une lessive alcaline, soit simplement dans l’eaufroide ou chaude, et qui, transformant pour ainsi dire le lin en une nou-velle substance, permet de l’étirer désormais, comme le coton, entre descylindres rapprochés, et d’en former ainsi des fils incomparablement plusfins que ceux que l’on pouvait obtenir en filant les brins du lin dansleur longueur primitive, comme cela avait lieu dans l’ancien procédéanglais (1).
« Ces deux principes fondamentaux, dit M. de Girard dans son mémoire,entièrement inconnus dans les filatures qu’on avait essayé d’établir avantle grand prix proposé par Napoléon, se trouvent énoncés pour la première
gluten qui lie les brins qui forment un filament; et je ne connais que M. Ph. Girard qui s’en soitutilement occupé. Cette opération préliminaire est indispensable pour la filature fuie, et elle estavantageuse pour la grossière. Un établissement fondé sur ce principe avait été formé à Paris , sousla direction de M. Girard ; mais ie gouvernement d’Autriche a enlevé cet habile artiste à la France ,et vient d’établir cette industrie en Allemagne, près de Vienne ; les produits qu’il avait obtenuschez nous jouissaient déjà d’un grand crédit dans nos fabriques; il filait, à volonté, depuis le plusgros numéro jusqu’au fil de dentelles. »
(1 ) 11 est nécessaire, pour l’intelligence de cet article, d’expliquer ici ce que l’on enlend par lesbrins du lin et par ses fibres élémentaires.
« l’appelle brins, dit M. de Girard, ces filaments plus ou moins fins que i’on obtientpar la divisiondu lin au moyen du peignage. J’ai découvert le premier que ces brins, dont la longueur est ordinai-rement de à à 8 décimètres, sont composés de fibrilles d’une ténuité qui les rend presque impercep-tibles à l'œil nu, et qui n’onl guère que 50 à 60 millimètres de longueur. Ces fibres, vues au micro-scope, se montrent sous la forme d’un ruban transparent, poli, brillant, terminé par deux pointueseffilées, et qui se tord rapidement en forme de vis quand on le tient suspendu par une de scs extré-mités. C’est en ramollissant, à l’aide de l’eau froide ou chaude, la matière glulineuse qui tient cesfibrilles réunies, et en les faisant ensuite glisser les unes sur les autr. s, dans le sens de leur longueur,que je parviens à allonger et à amincir les brins sans les casser et sans diminuer en rien la ténacitédes fibres; et c’est ainsi que je puis former avec un lin grossier un fil plus mince que chacun desbrins dont il est composé. Ce procédé si important, décrit dans mon brevet du 18 juillet 1810, n’a étéadopté par les Anglais qu'en 1826.»