FILATURE DU LIN.
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mais comme nous avons fait avec bénéfice pendant vingt ans, sans le secoursdes cardes anglaises, des fils d’étoupe qui trouvaient leur emploi dans lafabrication des toiles grossières, qui comptent tout autant que les toilesfines parmi les objets de première utilité, il est évident que le cardage,quoique procurant d’immenses avantages, n’est pas indispensable à l’exi-stence de notre branche d’industrie; et, comme d’un autre côté, l’étoupecardée ne peut être réduite en fil qu’à l’aide de mon système d’étirage àséries de peignes, et ensuite par mon procédé fondamental de la filatureeu fin, par le décollement des fibres élémentaires, mes inventions restentdominantes dans cette partie de la filature comme dans toutes les autres.
«U nous reste maintenant à prouver que les Anglais n’ont fait, danstoutes les autres parties de la filature, aucun perfectionnement important.
« Il suffira, pour se convaincre de cette vérité, de comparer les descrip-tions contenues dans mes divers brevets d’invention et de perfectionnementavec les machines qui nous viennent aujourd’hui d’Angleterre, savoir :
« t° Ma machine à peigner le lin. (Voir le brevet d’importation pris parfeu mon neveu, M. H. de Girard, officier d’état-major français , en date du5 novembre 1832.)
« Cette machine à peigner est, je crois, la seule que l’on exécute main-tenant en France ; elle concourt, depuis plusieurs années, pour le prix de12,000 fr. proposé par la Société d’encouragoment pour l’invention d’unemachine de ce genre. La Société me décerna, dès la première année, unencouragement de 600 fr. ; si le prix reste en suspens jusqu’à ce jour, c’estau moins une preuve que ma machine n’a pas été surpassée. Elle a étéportée en Angleterre par M. Evans, qui y a pris une patente ; elle y estexécutée telle que je l’ai inventée , et y est considérée comme une desmeilleures qui existent (1).
« Les fileurs français trouvent ces machines à Paris dans les grandsateliers de M. Decoster, habile constructeur, à qui a été cédée l’exploita-tion du brevet d’importation.
« 2° La machine à rubaner ou étaler. (Voir mon certificat de perfection-nement, du 14 janvier 1812).
« Cette machine fournit, dès la première opération, des rubans quatrefois plus minces et en môme temps plus réguliers que ceux des machines
(I) M. Roberts, de Manchester , justement considéré comme l’un des premiers mécaniciens donts’honore l’Angleterre, et chargé, par M. Évans, de la construction de ces machines, m’écrivait endate du 24 avril 1835 :
« Je recevrai avec un vit intérêt de nouveaux détails sur ces inventions dont vous parlez dans« votre lettre, et spécialement de quelqu’une d’entre elles qui paraîtrait avoir pour le commerce, la« moitié de l’importance de votre (masterly production ) invemion capitale, la machine à peigner. »
Une de ces machines, que j’avais commandées chez M. Roberts, pour la Société d’encouragemen tavant l’établissement de la fabrique de M. Decoster, se trouve déposée dans cette fabrique; elleporte pour inscription: Inventée à Varsovie , parM.de Gérard, ingénieur en chef des mines duroyaume de Pologne. — Exécutée à Manchester , chez Sharp, Roberts et compagnie.
On peut se convaincre, en la comparant avec les dessins joints au brevet de mon neveu, que moninvention s’y retrouve sans altération.