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148 .V1TRUVE,

Pour se rendre compte de la bonté dune fontaine nouvellement découverte,il faut jeter quelques gouttes de son eau sur du cuivre de Corinthe ( 3 ), ou surdautre bon cuivre ; si elles ny font point de tache, cest une marque que leauest excellente. On sera également certain de sa qualité si Team, après avoir étébouillie , ne laisse au fond du vase ni sable ni limon (4)5 et si lon remar-que que les légumes bouillis dans cette eau se cuisent promptement. Enfin onconnaîtra quelle est légère ( 5 ) et très-saine si, étant claire et belle dans sa

(3) Les eaux qui tachent les métaux qui ne se rouil-lent pas aisément dailleurs doivent avoir un sel cor-rosif qui est capable de nuire étant pris dans le corps,de même quil peut corrompre les métaux qui en sontmouillés. Cicéron a remarqué que le cuivre de Co-rinthe se rouille difficilement. Pline met trois espècesde cuivre de Corinthe , savoir : le blanc , le rouge etcelui qui est de moyenne couleur. Ces différencesviennent de la porportion des trois métaux dont il estcomposé, qui sont : lor, largent et le cuivre , qui,suivant le rapport de Pline et de Florus, furent mê-lés ensemble lorsque la ville de Corinthe, ayant étébrûlée, plusieurs statues et plusieurs vases de ces troismétaux furent fondus.

(4) Les parties terrestres qui sont dans leau sap-prochent et se joignent ensemble par lagitation quise fait dans lébullition, à peu près de la même façonque les parties les plus tenaces du lait se joignent etforment la masse du beurre lorsque la crème a étélong-temps battue , et il y a apparence que cest parcette raison que leau bouillie est plus légère que lacrue; car,quand lébullition serait capable de dissiperquelque chose de la portion la plus légère de leau ,ce que lon peut révoquer en doute , il est certainquelle est cause dune précipitation des parties gros-sières et terrestres qui rend le reste de leau plus pureet plus légère.

(5) La légèreté dans leau est considérée par lesphilosophes comme la marque la plus certaine de sabonté ; la difficulté est de connaître cette légèreté.Pline assure que, quelque soin que lon prenne pourbien peser leau , il est presque impossible den trou-ver deux qui soient de poids différent. Athénée, aucontraire , prétend quil se trouve quelquefois une sigrande différence de pesanteur dans les eaux, quecelle qui coule du mont Pangeus est une fois plus pe-

sante en hiver quen été ; ce qui est tellement con-traire aux expériences que les anciens ont faites de tou-tes les autres eaux, que dAlechamps, dans sa traduc-tion dAthénée , a corrigé cet endroit, et il exprimela différence du poids de cette eau dans les saisonsdifférentes par la proportion de 66 à 96 au lieu de46 à 96 , qui est dans le texte grec.

Hippocrate donne un moyen de déterminer les dif-férens degrés de cette légèreté, qui est de remarquerla facilité que leau a de séchauffer et de se refroi-dir, celte facilité étant une marque infaillible de lalégèreté : mais il ny a pas moins de difficulté à con-naître bien distinctement cette facilité quà découvrirles différences de poids. Lacadémie des Sciences exa-mina , lautomne dernier, par ordre du roi, les eauxqui sont conduites à Versailles de differents endroits;elle employa les deux moyens que les anciens propo-sent, savoir : celui de peser actuellement leau, et celuiden conjecturer la pesanteur par la facilité qu ellea de séchauffer. Pour le premier, on sest servi delaréomètre, qui fait connaître la légèreté des liqueurspar son enfoncement ; et pour le second, on a ajustédeux thermomètres , de manière quétant plongés enmême temps dans deux eaux différentes et échaufféesdune même chaleur, celui qui montait plus prompte-ment faisait voir que leau dans laquelle on lavaitplongé était la plus facile à séchauffer. Ces deux exa-mens firent voir des différences sensibles entre ceseaux différentes, étant comparées non seulement avecleau de puits, leau salée et leau bourbeuse, qui sontles plus pesantes, mais même étant comparées entreelles.

La légèreté et la facilité à séchauffer et à se refroi-dir nétant des marques de la bonté de leau queparce que ces qualités font voir quelle a une subtilitéde parties qui la rend propre à pénétrer et à dissoudre