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Pour se rendre compte de la bonté d’une fontaine nouvellement découverte,il faut jeter quelques gouttes de son eau sur du cuivre de Corinthe ( 3 ), ou surd’autre bon cuivre ; si elles n’y font point de tache, c’est une marque que l’eauest excellente. On sera également certain de sa qualité si Team, après avoir étébouillie , ne laisse au fond du vase ni sable ni limon (4)5 et si l’on remar-que que les légumes bouillis dans cette eau se cuisent promptement. Enfin onconnaîtra qu’elle est légère ( 5 ) et très-saine si, étant claire et belle dans sa
(3) Les eaux qui tachent les métaux qui ne se rouil-lent pas aisément d’ailleurs doivent avoir un sel cor-rosif qui est capable de nuire étant pris dans le corps,de même qu’il peut corrompre les métaux qui en sontmouillés. Cicéron a remarqué que le cuivre de Co-rinthe se rouille difficilement. Pline met trois espècesde cuivre de Corinthe , savoir : le blanc , le rouge etcelui qui est de moyenne couleur. Ces différencesviennent de la porportion des trois métaux dont il estcomposé, qui sont : l’or, l’argent et le cuivre , qui,suivant le rapport de Pline et de Florus, furent mê-lés ensemble lorsque la ville de Corinthe, ayant étébrûlée, plusieurs statues et plusieurs vases de ces troismétaux furent fondus.
(4) Les parties terrestres qui sont dans l’eau s’ap-prochent et se joignent ensemble par l’agitation quise fait dans l’ébullition, à peu près de la même façonque les parties les plus tenaces du lait se joignent etforment la masse du beurre lorsque la crème a étélong-temps battue , et il y a apparence que c’est parcette raison que l’eau bouillie est plus légère que lacrue; car,quand l’ébullition serait capable de dissiperquelque chose de la portion la plus légère de l’eau ,ce que l’on peut révoquer en doute , il est certainqu’elle est cause d’une précipitation des parties gros-sières et terrestres qui rend le reste de l’eau plus pureet plus légère.
(5) La légèreté dans l’eau est considérée par lesphilosophes comme la marque la plus certaine de sabonté ; la difficulté est de connaître cette légèreté.Pline assure que, quelque soin que l’on prenne pourbien peser l’eau , il est presque impossible d’en trou-ver deux qui soient de poids différent. Athénée, aucontraire , prétend qu’il se trouve quelquefois une sigrande différence de pesanteur dans les eaux, quecelle qui coule du mont Pangeus est une fois plus pe-
sante en hiver qu’en été ; ce qui est tellement con-traire aux expériences que les anciens ont faites de tou-tes les autres eaux, que d’Alechamps, dans sa traduc-tion d’Athénée , a corrigé cet endroit, et il exprimela différence du poids de cette eau dans les saisonsdifférentes par la proportion de 66 à 96 au lieu de46 à 96 , qui est dans le texte grec.
Hippocrate donne un moyen de déterminer les dif-férens degrés de cette légèreté, qui est de remarquerla facilité que l’eau a de s’échauffer et de se refroi-dir, celte facilité étant une marque infaillible de lalégèreté : mais il n’y a pas moins de difficulté à con-naître bien distinctement cette facilité qu’à découvrirles différences de poids. L’académie des Sciences exa-mina , l’automne dernier, par ordre du roi, les eauxqui sont conduites à Versailles de differents endroits;elle employa les deux moyens que les anciens propo-sent, savoir : celui de peser actuellement l’eau, et celuid’en conjecturer la pesanteur par la facilité qu ellea de s’échauffer. Pour le premier, on s’est servi del’aréomètre, qui fait connaître la légèreté des liqueurspar son enfoncement ; et pour le second, on a ajustédeux thermomètres , de manière qu’étant plongés enmême temps dans deux eaux différentes et échaufféesd’une même chaleur, celui qui montait plus prompte-ment faisait voir que l’eau dans laquelle on l’avaitplongé était la plus facile à s’échauffer. Ces deux exa-mens firent voir des différences sensibles entre ceseaux différentes, étant comparées non seulement avecl’eau de puits, l’eau salée et l’eau bourbeuse, qui sontles plus pesantes, mais même étant comparées entreelles.
La légèreté et la facilité à s’échauffer et à se refroi-dir n’étant des marques de la bonté de l’eau queparce que ces qualités font voir qu’elle a une subtilitéde parties qui la rend propre à pénétrer et à dissoudre