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Certaines pratiques fort anciennes et léguées par la tradition,auraient dû, semble-t-il, ouvrir les yeux des anciens : tel, par exemple,l’usage établi par le rite fécial de frapper sa victime avec un couteau desilex lors delà conclusion d’un traité 1 * . Mais c’étaient là des coutumesconsacrées dont on ne songeait pas à chercher la raison, et qui furentimpuissantes à faire comprendre la valeur d’autres documents qu’onavait sous les yeux.
Les Grecs et les Romains connaissaient en effet les haches polies del’Age néolithique ; mais ils croyaient que c’étaient des pierres tombéesdu ciel ou formées dans la terre pendant les orages et revenues ensuiteà la surface : de là leurs noms de céraunies ou pierres de foudre (deKefiawos, la foudre) de bronties ou pierres du tonnerre (de le
tonnerre). On leur attribuait une influence mystérieuse et surnaturelle :elles préservaient de la foudre, des naufrages, des maladies, faisaientgagner des procès, procuraient des songes agréables, etc. Elles jouaientun rôle dans certaines cérémonies religieuses. Certains barbares en fai-saient des bijoux ou les portaient à leur casque comme une sorte d’or-nement protecteur.
Marbode , auteur de la Décadence latine, dans un poème intituléla Dactylothèque, parle avec détails des pierres de foudre en énuméranttoutes leurs vertus. Cette croyance sur l’origine et les qualités despierres de foudre se perpétua durant tout le moyen-âge, et de nos joursencore, les paysans de certaines régions reculées leur attribuent despropriétés analogues et les conservent comme de précieux talismans.
Le moyen-âge ne fit donc que de répéter les erreurs de l’antiquité,en y ajoutant de nouvelles superstitions, qui entravaient, dans leurs pre-miers pas hésitants, les sciences naissantes. Du reste, la question del’origine de l’Humanité était tranchée par la Bible , contre l’autorité delaquelle nul ne pouvait songer à s'élever.
La Renaissance, qui a inauguré l’esprit critique à peu près danstous les domaines, ne pouvait manquer d’ouvrir une période nouvelledans l’étude des faits qui nous occupent. En 1558, Agricola dans sonDe ortu et causis subterraneorum (Bâle , in-fol.) qui est le premier traitéconnu de minéralogie, décrivit de son mieux les céraunies et les bron-ties, et fut le premier à émettre un doute sur leur origine météorologi-que : « c’est l’opinion vulgaire » dit-il. Cela n’empêche pas ConradGcssner 3 de soutenir sur la foi de son ami Kentmaim, l'opinion tradi-