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La Suisse préhistorique : le Paléolithique et le Néolithique / A. Schenk ; préface de F.-A. Forel
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LA SUISSE PRÉHISTORIQUE

Certaines pratiques fort anciennes et léguées par la tradition,auraient, semble-t-il, ouvrir les yeux des anciens : tel, par exemple,lusage établi par le rite fécial de frapper sa victime avec un couteau desilex lors delà conclusion dun traité 1 * . Mais cétaient des coutumesconsacrées dont on ne songeait pas à chercher la raison, et qui furentimpuissantes à faire comprendre la valeur dautres documents quonavait sous les yeux.

Les Grecs et les Romains connaissaient en effet les haches polies delAge néolithique ; mais ils croyaient que cétaient des pierres tombéesdu ciel ou formées dans la terre pendant les orages et revenues ensuiteà la surface : de leurs noms de céraunies ou pierres de foudre (deKefiawos, la foudre) de bronties ou pierres du tonnerre (de le

tonnerre). On leur attribuait une influence mystérieuse et surnaturelle :elles préservaient de la foudre, des naufrages, des maladies, faisaientgagner des procès, procuraient des songes agréables, etc. Elles jouaientun rôle dans certaines cérémonies religieuses. Certains barbares en fai-saient des bijoux ou les portaient à leur casque comme une sorte dor-nement protecteur.

Marbode , auteur de la Décadence latine, dans un poème intituléla Dactylothèque, parle avec détails des pierres de foudre en énuméranttoutes leurs vertus. Cette croyance sur lorigine et les qualités despierres de foudre se perpétua durant tout le moyen-âge, et de nos joursencore, les paysans de certaines régions reculées leur attribuent despropriétés analogues et les conservent comme de précieux talismans.

Le moyen-âge ne fit donc que de répéter les erreurs de lantiquité,en y ajoutant de nouvelles superstitions, qui entravaient, dans leurs pre-miers pas hésitants, les sciences naissantes. Du reste, la question delorigine de lHumanité était tranchée par la Bible , contre lautorité delaquelle nul ne pouvait songer à s'élever.

La Renaissance, qui a inauguré lesprit critique à peu près danstous les domaines, ne pouvait manquer douvrir une période nouvelledans létude des faits qui nous occupent. En 1558, Agricola dans sonDe ortu et causis subterraneorum (Bâle , in-fol.) qui est le premier traitéconnu de minéralogie, décrivit de son mieux les céraunies et les bron-ties, et fut le premier à émettre un doute sur leur origine météorologi-que : « cest lopinion vulgaire » dit-il. Cela nempêche pas ConradGcssner 3 de soutenir sur la foi de son ami Kentmaim, l'opinion tradi-

1 Tite-I.ive. Livre I, chap. 24, « porcum saxo silice percussit ».

- Conrad Gessner . De rerum fossilium... liber. Zurich , 1565.

Catalogus rerum fossilium, Kentmanni. Zurich , 1565.