LA RÉVOLUTION
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naissait pas la liberté de conscience, ni la liberté de lapresse : la censure s’appliquait à tous les écrits etrien ne s’imprimait sans son consentement. — On neconnaissait pas la liberté de commerce; l’exercice desindustries appartenait à des corporations privilégiées.
Les Français ne possédaient pas la liberté. Ils n’avaientpas davantage l’égalité. L’ancienne société était fondéesur les privilèges. La nation était divisée en trois ordres :le clergé, la noblesse, le tiers Etat.
Le clergé jouissait d’immenses domaines et étaitexempt d’impôts ; il surveillait l’école et tenait lesregistres de l’état civil. La noblesse exerçait les droitsféodaux; on lui réservait les emplois à la cour et lesgrades d’officiers à l’armée ; elle était aussi exempte desplus lourdes redevances. Le tiers Etat supportait presquetoutes les charges ; il était méprisé par les deux autresordres. Encore y avait-il, dans son sein, des différenceset des inégalités.
A mesure que, sous l’influence des philosophes, lesesprits se réveillaient, les abus du despotisme et lesinconvénients de l’arbitraire paraissaient plus cho-quants. Et les hommes éclairés réclamaient des réformes.La résistance opposée par le roi et les privilégiés à cesdemandes légitimes amena la Hévolution.
§ 94. Le Gouvernement de Louis XVI jusqu’en 1789.Turgot et Malesherbes. — Louis XVI, petit-fils deLouis XV, monta sur le trône en 1774 ; il n’avait quevingt ans 1 . C’était un prince débonnaire et bien inten-tionné, mais faible de caractère et dirigé par son entou-rage, surtout par la reine Marie-Antoinette et par lescourtisans 2 . Il n’eut ni l’énergiede résister jusqu’au boutà l’esprit nouveau, ni la sagesse de marcher avec lui.
1 «Quel malheur pour moi, s’écria-t-il, je règne trop jeune.»
2 II a passé sa vio, a dit un témoin, à dire le soir qu’il avait eutort le matin.