Nous touchons à ces momens déplorables : les beauxtableaux de l’Italie s’altèrent ; il eft des villes oùçette dégradation eft prefque parvenue à fon comble.Venife voit fe dérober fous une obfcurité profonde les«hefs-d’eeuvre des Titiens, des Veronefes, des Tin-,torets, des Baflans : Bologne voit, d’année en année,difparoître le bel accord des tableaux des Carrecheslencore un ou deux fiécles ; la corredion, la fierté, laprofondeur de cette aimable & favante école ne ferontplus appréciables que par des réçits toujours vagues,des delcriptions fauvcnt inexades, des fouvenirs àdemi-effacés, des copies imparfaites, des eftampes quiptéfentent l’imitation de quelques parties , fans pouvoirfupléer à celles, qu’il ne leur eft point accordé dçreproduire.
Quels moyens pourront donc fo^tenir les arts dansleurs révolutions, ou les faire promptement renaître,s’ils venoient à périr, vidimes encore une fois de labarbarie? les fciences, les lettres fe perpétueroient,parce que leurs produdions multipliées par l’art del’imprimerie, font répandues dans prefque toutes lesparties de la terre, &c que la barbarie ne pourroit lesfrapper toutes à la fois. Mais qui fauveroit, qui repro-duiroit la peinture ? La mojaique feule peut rendre à«et art le même fervice, que les cennoiffances hu-maines doivent à l’imprimerie , & lui aflurer la mêmedurée, la même perpétuité.
Il ne faut pas 1e diffinjuler cependant que les plus,parfaites peintures modernes en mofaiqut ne font quedes copies. Mais les deftlns & les eftampes par leP-quels on fe propofe de multiplier & de conferver leschef^-d’teuvre de l’art ne font auffi que dçs copies,