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occupe. * On voit donc que le projet d’hiverner dans le paysennemi n’est pas toujours fans inconvéniens : malgré cela, quandon peut le faire avec aster de fureté & d’aisance, la sommedes avantages est incomparablement plus grande, qu’ en hiver-nant chez foi; car il faut avoir fans cesse devant les yeux cegrand principe, que la guerre doit nourrir la guerre , & qu' iln’ y a rien de plus utile que de vivre aux dépens de l'ennemi.
Lorsqu’ on est obligé de prendre des quartiers d’hiver dansf°n propre pays, il faut avoir attention de les établir de ma-nière qu’ils couvrent les parties les plus faibles & les plus ex-posées de la frontière, ainsi que les magasins ou dépôts, & lesprovinces où l’ennemi peut faire des incursions pendant l’hiver,tenter quelque coup de main, ou exiger des contributions.
Mais quelle que soit la situation des quartiers, on com-mence par former la chaîne des troupes, qui doivent les couvrir.Cette chaîne doit être elle même couverte ou par des rivières,vu par des montagnes •& des défilés peu accessibles, ou par desplaces fortes, ou par d’autres postes bien choisis & bien retran-chés. ** Aucun de ces avantages n’est cependant pas tout-à-faitexempt d’inconvéniens. Les rivières peuvent se traverser à lanage ou avec des bateaux, & d’ailleurs elles se gèlent danscertains pays, ou ont des gués dans certains tems ; le monta-gnes offrent presque toutes des gorges & des revers dont 1’ en-nemi peut profiter ; les places les plus fortes, les meilleures po-sitions peuvent être tournées. II ne faut donc pas se fier entiè-rement à ces barrières, & négliger les autres précautions quidoivent assurer la chaîne. Elles consistent à établir les postes de
* Si l’<m est trôp à portée deplusieurs places ennemies, les quar-tiers feront exposés à de continuel-les alarmes, & ^ux tentatives deleurs nombreuses garnisons» commeil est souvent arrivé aux Autrichiensen Silésie. Alors une partie considé-rable de 1’ armée est toujours en ser-vice par la quantité des détachemens& des postes avancés, q U 5 il fautsoutenir. De telles fatigues affaiblis-
sent ley regimens, & les empêchentde se rétablir.
** Si f on est dans un paysaquatique, il faut se rendre maîtredes eaux» & ôter à T ennemi tousles moyens d'en disposer. On peutpar des digues, des écluses, des ba-tardeaux, &c autres ouvrages, en ti-rer un grand parti pour la défensedes quartiers.