ìv§ TABLEAUX DE LA SUISSE.
Oh trouve de même dans píufiehfs autres Relations, des'sorties sor les Baillifs de la Suisse. Les exactions qu’onieur a reproché peuvent avoir eu dans les temps leurs son-demens , puífqu’on a vu plusieurs d’entr’eux punis sévè-rement parles Cantons. On en a vu des exemples remar-quables dans les Cantons de Zurich , de Berne , ôcc. Les‘Cantons c©-souverains des Bailliages communs ont aussiïevi contre les Baillifs qui avoient eu 11 n sa mie de vexerles Sujets par des amendes injustes ou excessives. Les re-gîtres des Syndicats de Frauenfeld ôc de Lugàno nomment'danslaliste de ces Magistrats prévaricateurs plusieurs Bail-ïifs, non-feulement des Etats démocratiques , mais encoreiles villes. II est vrai que dans les Cantons populaires, pourobtenir un Bailliage, il faut quelquefois faire d’avance desírais si considérables, qu’ils absorbent presque tout le re-venu de la charge q u'o n demande. On raconte l’anecdotè'suivante d’un Magistrat de l’un de ces Cantons, à qui ilOn avoit coûté beaucoup pour obtenir ì’honneur d’êtreduputé au Syndicat ultramontain , une année où fe faisoitfa recette du grand péage qui vaut pour le moins centLouis d'or à chaque député. II est d’ufage à ce Syndicatque chacun des députés fasse peindre i’écu de fes armoi-ries avec son nom , fa qualité ôc une devise. Ces armoi-ries sont placées dans une salle à la suite de celles desSyndicats précédens. M. 8 ... qui avoit plus payé pourThonneur de devenir député , qu’il n’en pouvoir tirer deprofit, parce qu’il avoit été en concurrence avec un au-tre Sénateur de son Canton , marquoit à M. de Flue ,Landamne du Canton ffUnderwalden , son embarras furle choix d’une devise à placer au - dessus de l’écu de sesarmes. Le Landamne, qui savoir son avanture, lui con-seilla d’y mettre cette Sentence : Plus dando quàtn acci -piendo peccavi. Mais en quels états ne rencontre-t-on pasd.s abus ? Ce que l’on peut dire d’après les gens les plus•éJairés, c’est qu’ils font plus publics dans un Etat popu-laire , SC qu on les masque plus finement dans Varistocratie.
En général, les Sujets dans les Bailliages communsfont plus attentifs à ne pas donner prise aux Baillifs , sur-tout quand ils savent qu’il en a coûté beaucoup à leurnouveau Gouverneur pour sa nomination ou élection. Maisparmi ces Sujets les plus rafinés font ceux des Bailliagesd’Italie. Au reste , il faut rendre justice aux Baillifs ac-tuels en Suisse , qu’ils exercent leurs charges avec la plusgrande intégrité ôc un grand désintéressement. II ne fefait même plus autant d’appels de leurs Sentences aux'Syndicats comme autrefois : ils imposent des amendes très-modérées. En voici une d’une forme singulière :
II y a près de vingt ans qu’un Bernois d’un nom illus-tre étoit Baillis du Haut-ArgeU libre au nom des huit an-ciens Cantons. Ce Bailliage est tout catholique, & leBaillis, quand il est de Zurich ou de Bernes est obligéd’y soutenir tous les rits de l’Eglise catholique suivantía paix à’Arau. M. de * * *, reçut ;dans fa séance judi-ciaire à Mûri la requête d’un habitant de cette Paroisse
qui accusoit une vieille femme d’avoir , par des proposmalicieux , téméraires ôc faux, persuadé tout le villageque la maison, qu’il habitoit ôc qu’il vouloit vendre, étoitinfestée la nuit par des lutins ou revenans ; que , de-puis cette assertion, il ne trouvoit aucun acheteur, ce qmlui portoit un préjudice considérable. Sur la requête lsBaillis fait intervenir la femme qui soutient ce quelle aavancé parmi les gens du village. Eh bien ! puisque dotisen êtes convaincue , lui dit - il , mon devoir de Baillis yquoique je fois d’une autre Religion que la vôtre , niobhfide faire respecter celle de mon Bailliage , conformémentà la paix des louables Cantons j ainsi , bonne femme , ) &vous condamne à remettre fans délai à M. votre Curé l&valeur en argent de quinte Messes à dire , pour chassesles revenans de la maison que vous assure £ en être obsédée ,C esl le moyen infaillible , suivant votre religion , de leSen déloger , & je ne puis en dicter un plus efficace dansle cas actuel. Le jugement du moderne Salomon fut exécutéà la lettre , 6c bientôt après, les imputations de la vieillene trouvèrent plus de crédit dans le village de Mûri y 6Cle paysan eut la satisfaction de pouvoir vendre fa maison.
Ce que je vais dire du moral du Bailliage de Schenc -kenberg, au Canton de Berne , peut être applicable à quel-ques autres Bailliages allemands de ce Canton. Le peu-ple ( 15), qui habite ce pays , est robuste , sain, petfadroit, fait au travail , ôc attaché à l’agricuíture. S’ii nes’applique pas aux arts, ce n’est pas par mépris , mais legénie inventif lui manque. Tous les artisans, ôc la plu-part des Ouvriers font étrangers ; ce qui est un grand maipour un pays. Ils aiment mieux acheter les outils les pl« scommuns , que de prendre la peine de les fondre euX-mêmes, ôc d’épargner par-là cette dépense. Leur carac-tère moral est analogue à leurs corps. Leur esprit est grossier,borné , simple, leur cœur est droit, tranquille , indiffè-rent. Ils sont rustres, mais ils ont le cœur bon ; ils s’ir -rirent aisément, mais ils s’appaisent ôc pardonnent de même.'Ils sont querelleurs, mais point vindicatifs. Ils en demeurentaux paroles , ôc ils en viennent rarement aux effets. Je nSfais si ce n’est pas la pauvreté qui produit ou augmenteen lui cette légèreté qui est le fond de son caractère. Cettelégèreté , cette indifférence, qui fait qu’il fe contente d Qvivre au jour la journée, fans s’inquiéter de l’avenir, estle plus fort obstacle qui s’oppofe à l’augmentation de & sconnoissances, ôc à l’amélioration de son sort. Un hommequi ne connoît, qui ne souhaite, ôc qui ne cherche p 3$un sort plus heureux, ne fe donnera pas la peine dé Tob-tenir : fe donnera-t-on du mouvement pour une chose qu'oUn’estime ôc qu’on ne se souhaite pas ? L’amour de la renom -mée, de l’honneur ôc de la fortune, ces grands mobiledes actions des hommes, a perdu chez ce peuple toutsson énergie.
Un Ministre du Canton de Berne, Abraham ( 1 6)burt^ ) du Bailliage de Thoun , s’avisa de publier , eIiI 7ii (17), un recueil de chansons rustiques fous ls tit re
(n) Description du Bailliage de Schenkenberg , p. 2,5, 26.
(ió) On peut voir l’article de ce Ministre, dans le Dictionnaire histori-que de la Suisse, par M. Leu, tome XI, p. 283, 284. On a encore de Ki~íu.m> d’autres Traités fur les Anabaptistes, la rébellion du val de Livenen,sas la danse , ie jeu, &c„ M. de Huiler en a fait mention dan* le sixième
urne de sa Bibliothèque helvétique, p, 71 ,7?, & 265.
07) A Berne , m- 12, en allemand , avec figures. L’Auteur dédia cette" ogie naturelle & expérimentale à plusieurs Paysans experts en M éde 'me , Chirurgie 8ç dans la Botanique, entr’autres à Michel Schuppach, íeems qui f e rendit depuis fameux fous le nom du Médecin de la monteg 0,
imposé