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Tome deuxieme et dernier.
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TABLEAUX DE L

SUISSE.

enthousiasme à la vue de la statue de Tell , 6c se tenantdebout, ils chantèrent en chorus la chanson que le pathé-tique Lavater , de Zurich , a faite en son honneur; ilschantèrent ensuite avec un égal transport les autres chan-tions que le même Poëte a composées fur l’origìne de laliberté helvétique , 6c fur TH ermite Nicolas de Flue , àqui la Suisse a de si grandes obligations. Mais lorsqu’onentonna la chanson sur la bataille de Saint-,Jacques , ou■périrent les treize cens Suisses, la réminiscence du sang'qu’ils avoient versé, 6c que les convives croyoient encorevoir tout bouillant dans le bocal placé derriere la tête deTell, sit briller fur tous les visages un ravissement à la■fois sympathique 6c fraternel; 6c au milieu du chant 6cparmi les libations du sang des Suisses. , à l’honneur desHéros, victimes de leur dévouement martial, tous, Suisses6c étrangers, s’embrassoient les uns les autres avec l’an-cienne candeur helvétique. Les Suisses se promettoientde répandre dans f occasion leur sang jusqu’à la dernieregoutte pour leur liberté , 6c les étrangers leur marquoientune vive admiration pour des sentimens aussi magnanimes,íl y avoit à la même table des Dames de nom 6c de dis-tinction de plusieurs Cantons ; elles partagèrent l’allégressegénérale en mêlant leur voix avec celle de toute la so-ciétí . Quel spectacle!

-Un célèbre Prédicateur (70), qui prononça le 21 Mars11784 à Saxlen, dans le Canton SUnderw alden F en haut yle panégyrique (71) du Bienheureux Nicolas de Flue,saisoit une observation du plus grand effet dans l’élogede cet Hermite qui avoit été l’Oracle des Suisses de sontems, 6c dont la mémoire est encore respectée dans les•Cantons des deux Communions. En parlant de la Dietede S tantôt n 1481 $ où les Députés des Etats populairesdtoient prêts à faire une entiere scission avec ceux desvilles pour le partage inégal du butin gagné fur le Ducde Bourgogne, ôt à cause de l’alliance particulière queles villes avoient faites avec Fribourg 6c Soleure , l’Ora-teur traçoit avec vivacité la médiation que PHermiteoffrit à la Diete, 6c qui la pacisia en recevant au nombredes Cantons les villes de Fribourg 6c de Soleure. Voicicomment il expo soit l’origine de la division : « Déjà onétoit venu à une telle extrémité, que la ligue helvéti-» que étoit rompue , 6c que la pomme de la liberté de-„ voit être perdue pour la pomme de la discorde au sujets, du butin remporté sur l’ennemi commun ». L’Orateurfaisoit ici une allégorie ingénieuse à l’histoire de GuillaumeTell , que Tim pitoyable Baillis Gesjler avoit forcé de tireriur une pomme placée dessus la tête de son enfant. On faitque la liberté helvétique dut fà premiere vigueur à la ven-geance que prie Tell , en tuant le tyran pour sa sûreté per-sonnelle 6c pour le salut de sa patrie. Le sujet de la que-

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relie entre les aristocraties 6c les démocraties helvétiquesà la Diete de Stant%_, pour le partage du butin de l’arméeBourguignone, n’étoit certes pas aussi noble que celui de ladispute entre les deux Héros Grecs , Ajax 6c U lisse >pour les armes d’ Achille. Malgré cette disparité, TEx*Jésuite, Jofeph-Ignace Zimmermann a fait représenteren Septembre 1781, au College de Lucerne ^ un Dramede sa composition, où il détaille tous les débats de laDiete de Stant\. Ce Drame qui, au lieu de cinq actes ,n’en eût dû avoir que trois, offre exactement Je tableaumoral 6c politique de la Suisse, telle qu’elie étoit en1481; mais ce tableau n’a pas assez de chaleur, ni assezd’intérêt dans son développement. Le Drame qui a été im-primé (72), est très-bon à lire; mais il perd beaucoupà la représentation.

Malgré les progrès du luxe 6c le rafinement de la tabledans les principales villes de l’Europe, vices qui ontaussi leur circulation dans une partie de la Suisse, on n apas encore vu dans ce pays une Dame (73) assez opu*lente ni assez bifarre pour ordonnera son Rôtisseur da-voir à toutes les heures du jour 6c de la nuit un pouletà la broche, afip qu’elle pût le manger à l’instant mêmeoù l’appétit lui viendroit. Une ancienne chronique (74) *écrite dans le quatorzième siecle, porte que dans la tourdite die Burg, qui étoit alors hors Tenceinte de la vill ede Zougy demeuroit une Comtesse ou Baronne qui nevivoit que de foies de lottes , & qui finit par mourirà l’hôpital de Zurich. On raconte (7 ; ) à-peu-près le mêmetrait d’une Comtesse de Pfullendors en Souabe : mais oslvoît peu de ces exemples aujourd’hui.

Le Genevois (76) aime excessivement la campagne : otten peut juger par la quantité de maisons répanduestour de la ville. L’attraic de la chasse ôc la beauté desenvirons entretiennent ce goût salutaire. Les portes fa-mées avant la nuit, ôtant la liberté de la promenade a* 1dehors, 6c les maisons de campagne étant si près, f° rCpeu de gens couchent en ville durant Tété. Chacun aya sttpassé la journée à fes affaires, part le soir à portes fermantes*6c va dans fa petite retraite respirer l’air le plus pur, ^jouir du plus charmant paysage qui soit sous le Ciel. 1y a même beaucoup de Citoyens ôc de Bourgeois q ul $résident toute l’année, ôc qui n’ont point d’habitat* 011dans Genève.

On trouve à Berne , plus que dans aucune autre viss e ^la Suisse, une, je ne sçai quelle, affectation de copier l eSAnglais. II est vrai qu’on voit presque toute Tannée ^a nSce Canton un grand nombre de Seigneurs de cette na -tion , particulièrement à Lausanne. Au reste , Y 'manie ne fe montre pas seulement dans la ville de B& ne9 :on la trouve aussi dans plusieurs Capitales de l’Eur°

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(70) Charles-Joseph Kingold , du Canton d’Uri, aujourd’hui Curé de■ Sarmenflorf, dans le Bailliage inférieur de l’Argeu libre.

(71) Ce panégyrique en allemand a été imprimé à Lucerne en la même

année, r/rir. .

(71) Nicolas de Flue, ou k Suisse sauvée. A Lucerne, 1781, w-i», en

allemand. Voyez son portrait, planche 107.

(7$) Madame la Comtesse de Verrue, qui laissa en mourant une biblio-thèque très -considérable» uniquement composée de romans. Le catalogue«en.a été-imprimé à Paris en 1737, iu- 8°.

(74) Chronique de l’Argeu, parle Chevalier Conrad Gesjlerde &berg, & dont les extraits sont conservés ì Zoug dans la BibliothèqueM. le Baron de Zur-haubtn.

(75) Gaspar Bruschius, Centuria Monasterium Germanise,p. Il,í 6

tadii, 1550 , in-folio. n-

Crufius Suevicor. Annalium, Iib.IX, parte II, cap. XIV, p* Z 5 ).cofurti, tys>;, in-folio. ^

(-?6) Lettre de Jean-Jacques Rousseau à M. dAlembert, p. I P I ‘ ^ nsdam, 1763, in-n. (g C 6 &