3io TABLÉAUX D
•de toutes îes autres. II fort de fes diverses branches sept ri-vières , qui portent leurs eaux dans quatre côtés de TEu-rope. Ces rivières font le Rhin, appellé citérieur ôc Y ulté-rieur} le Tésin ; la Madia ,* l’Adige ; le Rhône , l’Are ôc laRuiïe.Tschoudi ajoutoit que, comme les Païens dressèrent desautels au sommet des passages des Alpes aux divinités qu’ilscroyoient qui y préfidoient, on adoroit auhaut du Gotthardtun Dieu de ce nom, comme fur le mont S aint-Bernard }Jupiter Penninus ou Poeninus , & fur la montagne ditemoàtis Martis , au val de Grenchen , dans le Haut-Val-lais , le Dieu Mars. Mais après que les Chrétiens eurentrenversé ces autels , ils dédièrent à des Saints ces passagesdes Alpes , & choisirent pour celui du Gotthardt un saintEvêque, qui portoit le même nom que le Dieu des Païens,adoré fiir la montagne. Tfchoudi , pour fortifier son opi-nion , cite le nom de Saint-Barnabé , donné au mont, ditmons Lucumonis ou Lucumonius , branche du mont Adulaou F~oges dans la haute Jurisdiction de Dizentis en lahaute Ligue grise, II cite encore le mont Brailio , que l'on
E L A S U 1 S S E.
appelle autrement monssancli Braulii , ÔC qui est au hautdu Comté de Bormio. Cette derniere montagne étoit, a ceque Fon croit, la chaîne des montagnes de la Rhétie queTacite (68) appelloit Juga Rhatica. La cornaline de Florence représente le Gotthardt comme un groupe de mon-tagnes ; &, en effet, avant que d’arriver à son sommet,il faut franchir une (69) chaîne de montagnes. Le savantGorio , à qui Fon doit l’explication du Mujeum Floren~tinum } pense que 1 efpece de chèvre, quipaiffoit sur la cornaUneáesTaurifques 3 étoit YAlces qu’ontrouvoit particuliè-rement dans la forêt Hercynie ou forêt A oire , voisine de laSuisse. II dit que César a décrit cet animal dans fes Commenraires ( 70 ) , ôc en même temps deux autres animaux , unbœuf semblable au cerf, ôc Yurus pareil à l’éléphant. Míú S >outre que Solin (71) a comparé Yalces au mulet, & 1 urliSà un taureau sauvage, César , en décrivant YAlces , semblable à la chèvre, ne nous le dépeint pas comme un animapropre, ainsi que le chamois ou le Bouquetin, à gravi* l eSrochers ôc à franchir les précipices des Alpes.
Sujets du Canton d’Uri.
ï. Ze Fjl (72) dGrserex ou JUrselen , en latin,Ursoria , Ursella F'allis , en Italien, Ursaria , & en langueromanche des Grisons, Ursara. On y parvient en paffantpar YUrner-Loch (*), ou le passage souterrain , taillé dansle roc , de 80 pas de longueur , ôc assez haut pour qu’unCavalier y puisse passer fans mettre pied à terre. On est agréa-blement surpris de voir à la sortie de cette route une grandepartie du val d’Urseren ; le voyageur apperçoit dans cemoment le beau village de ce nom , de riches prairies,ies Alpes les plus fertiles, ôc la Russe qui parcourt le vallonen serpentant ôc comme une riviere tranquille, & qui n’apas la rapidité avec laquelle elle se précipite par dessus lesrochers près du Pont du Diable. Cette vallée a crois lieuesde longueur fur une de largeur. II n’y a point de bois ,cependant les hyvers y font très-longs ôc très-durs, onne s’y chauffe qu avec des bruyères. La feule forêt qu’ony trouve, consiste dans un petit nombre de sapins près duvillage Urseren^on ne la coupe Jamais, elle sert de Boule-vard contre les Lavanges. Les habitans font réduits à nour-rir du bétail, c’est leur unique richesse , les fromages d’Ur-seren sont recherchés. Le bétail est grand ôc beau. Les ha-bitans font bien-faits , polis & éclairés. II n’y a aucun pau-vre entr’eux, ôc tous jouissent de la plus parfaite liberté,quoiqu’ils dépendent du Canton d’Uri.
Cette vallée a pour limites au levant le mont Crispait ,qui est de la haute Jurisdiction de Disentis dans la Liguegrise ; au midi, elle est terminée par le premier pont de laRusse près de l’Alpe Rudunt fur le Gotthardt ôc la fron-tière du val de Livenen. Au couchant, elle a pour bornesle mont Fourke ou Furca , qui est du dizain de Conchesdans le Haut-Vallais , ôc le pays Hasel ou Hajli , qui est
du Canton de Berne ; ôc , au nord , elle est limitrophe 11Canton d’Uri, proprement dit, par le passage de Sch&/ze/z, au-dessus de Gejchinen.
II n’est pas décidé si le district d’Uríèren tire f° n n0lstde celui des ours , urfi , animaux autrefois fort com 01 * 111dans ce quartier, ou si elle le tire de celui de la IlViet .de la Russe ( en latin , Ursa ), qui arrose cette vall^ e * ^y a encore des Auteurs qui tiennent pour la prémiere °P^nion, ils se fondent sur ce qu’on voie un ours ^ anS ^ e p,armes de cette vallée. Les anciens habitans font l eScendans des Lèpontiens , qui occupoient le val Levon
Le chemin par la vallée d’Urseren est très-agréable p^les prairies. Le vallon à pour remparts, des deuxdes rochers très-élevés & très - escarpés , la plupart ^couleur bleuâtre , ôc dont les cîmes font couvertesneige éternelle. Mais entre ces rochers il y a beaud’Alpes fertiles. II est vrai que les fruits ne peuveut^p^mûrir dans ce vallon , parce qu’il n’y a pas de P nnni d’automne. L’été n’y dure que trois mois, ou toutplus quatre. Tout le reste de l’année est hiver.
Toute cette vallée dépend, pour le spirituel, de a fde Coire en Grisons. Sa population monte à 2 $ 00dont cinq cent peuvent porter les armes. C’est a ce p ^isolé ôc voisin du Gotthardt , que le grand HaH er 3allusion dans son Poème sur les Alpes : « Ici, où I e ë ^» Gotthardt porte sa tête au-dessus des nues, &
» terre plus élevée, semble s’approcher du soleil > g» ture a réuni dans un court espace les trésors» rares de notre globe. II est vrai que la Lybi e ^
» offre plus de nouveautés , ôc que fes fables pro ^» chaque jour des monstres nouveaux ; mais ce va
( 63 ) Hist. lib. I, cap. LXX , p. Z7i , cum animadvers. Theodori Rickii*Lugd. Batav. 1687, w- iz.
(65) La Fourche & le Grimse! en sont aussi des branches. Voyez Plantin,Helvetia auiìqua íf nova, cap. VIII ì p. 16.
(70) Lìb. VI, p. 147.
I71) Cap. XXIII, ed. Elias Vineti. Pictavii, 1554, «-4 0 .
(72) Leu , ibidem , tome XVIII, p. 766-77;.
L’Etat & les Délices de la Suisse , tome II, p. 3 í> 6 - 3 V a *
Faesi, ibidem, tome II, p. 158-107. t p ,
Tschamer, Dict. géog. de la Suisse, tome I » p- 60 8c * 5 *>tome II , p. 193-154, 8cc.
(*) Planche 90 double.