Z4« TABLEAUX DE LA SUISSE.
Sepulta; ïl joignit à cët Ouvrage un Supplément qui vaut
mieux: on y trouve d’après les Auteurs anciens, les Epi-graphes d’Homere, deCyrus, d’Euripide, de Scipion, deCicéron, de Virgile, 6c un grand nombre d’Epitaphesmodernes d’hommes célébrés. C’étoit fans doute pour fairesentir combien u y a de différence entre ces précieux restesde l’esprit des anciens, & tant d’infcriptions indifférentesâ la postérité, qui ne contiennent que des noms obscurs.Si l’Auteur avoit retranché de son Livre ce qui ne méri-toit pas d’être communiqué au public, il auroit fans doutemérité des éloges. On fe plaie à lire les Epitaphes desAmerbach , des Munster , des F r ob en, dés Bauhin , desPlaner , des Zwinger , qui ont illustré les Lettres, lesSciences 6c la ville où ils ont leur sépulture. 11 n’en estpas de même des Epitaphes d’Avocats, de Maîtres d’E-cole, ôcc. que Toniola nous a transmises. II est vrai qu’au-írefois les Romains élevoient aussi des Inscriptions sépul-crales à leurs peres ôc amis, fans avoir égard à la naissanceSc à la qualité. Les recueils de Gruter ôc de Muratori, enfont remplis. Mais ces monumens n’étoient pas dans desTemples où l’on n’enterroit personne, sans doute par refpect pour la Divinité , Ôc aussi peut-être pour ne pas in-commoder les vivans par les miasmes contagieux quis’exhalent des tombeaux. La coutume des Romains étoitde brûler le cadavre ; on renfermoit les os ôc les cendresdans une urne, ou l’on mêloit des fleurs ôc des liqueursodoriférantes, 6c on enfermoit Fume dans un tombeau,fur lequel on gravoit une inscription avec une priere, pourque les os du mort reposassent mollement. Ces tombeauxétoient placés hprs des villes ôc des bourgs, le long dugrand chemin.
Parmi les Epitaphes de la ville.de Baie , rapportées parPaul Cherler (i i) , est celle d’une femme (12) , morte dela peste en 1564, ôc qui fe nommoit Dorothée Werke~rin. Cette Epitaphe contient autant de vers latins que ladéfunte avoit eu de maris ; elle en avoit eu onze, & elleles survécut tous.
Quse jacet hoc mulier parvi sub fragmine montis,
Non certe faulto sidéré nata fuit,
Qu* sit causa rogas ! Nam ttes atque octo maritosLeghimi socios ccepit habere thori.
Quos ea , quâ culpâ nescitur, perdidit omnes.
Et fuit in quovis nubere mense malum.
Dii meliora milti cum quondam tempore justoIn thalamos ibit sponsa petita meos-Huic totidem versus, fuerat quot nupta maritisFecimus. Undecimus se d bene talis erit.
Apta viro nulli fœmina, digna mori.
On ignore l’époque de la fondation de FEglise cathé-drale de Bâle. L’Empereur Henri II, surnommé le Saint,
la fit rebâtir en roi o. On donne le nom de tPfait Falct-tium ou Palais, à la belle place qui environne cette Eglise 1elle est garnie d’arbres, ôc sert de promenade publique.Cette terrasse a une vue aussi riche qu’étendue. On prétendque les Empereurs d 5 Allemagne 6c les Evêques de Baie,réfidoient autrefois dans un palais dont elle a reçu le nom*L’Eglise de S. Pierre est à F une des extrémités de laville. Ce qui la rend plus remarquable, est une place ma-gnifique qu’il y a fur le derriere, 6c qui s’étend jusque versles murailles de la ville; on l’appelle la place de S. Pierre:elle est quarrée; longue de 289 pieds , ôc large de 2$S jornée de deux belles fontaines , 6c de 144 arbres , tantormeaux que tilleuls 6c marenniers, fous lesquels on sepromene, ôc l’on jouit d’un frais délicieux au milieu de laplus grande chaleur. L’un des côtés de cette place est bordépar Y Arsenal , qui est grand, bien construit, ôc fournide munitions de guerre 6c d’artillerie. On y montre, en-tr’autres objets de curiosité, la cuirasse de Charles Duc deBourgogne, ses trompettes, ses tymbales, ôc son équi-page de cheval. Dans la même rue est le j ardin des Méde-cins, ôc plus bas vers le Rhin, le Couvent 6c le Templedes Dominicains, qui sert aux assemblées de YEgYiYsFrançoise. C’est - là que l’on volt fur une muraille du cime-tière , cette fameuse peinture qui représente, dans unefuite de tableaux, la danse des Morts. On croit communé-ment que cet ouvrage est du célébré Holbein ; j’étois moi-même dans cette erreur. Mais il est prouvé que cettepeinture n’ess pas de lui, 6c qu’elle a été faite 1ong-cemp§après lui. On voit (13) dans un de ces tableaux le nom dupeintre, qui s’est représenté lui - même au moment où lamort le prend pour danser , avec un vers allemand,signifie en François ,
Jean Clúbert , quitte ton pinceau.
C’étoit F usage autrefois de joindre la poésie à la P e * st 'ture : on trouve, fur - tout dans les Cou vens , beaucoupde monumens de ce caractère. Celui dont nous parfo nSest vraisemblablement du quinzième siecle. On croit mÇ 01 ®qu’il fut peint dans le temps du Concile de Bâle. Mai^ 1a été retouché à plusieurs reprises. Ce Jean Clubert , P elIÎtre, vivoit en 1568, 6c peut très-bien avoir été éle^ede Holbein. On retoucha ces tableaux en 1 616 & 1 >
Ce qui peut avoir donné lieu de les attribuer à Hotte 111 »c’est non-seulement parce qu’ils font bien dessinés (M:’*mais parce que ce Peintre avoit peint ôc gravé enune autre danse des morts, différente par l’ordonnanceles figures. On en voit une semblable dans la ville decerne, accompagnée de vers. .
L 3 Hôtel de Ville n’est pas bien loin de la Cathédra
(n) Paul Cherler a fait l’Eloge de la ville de Baie en vers latins, ( urbisBasûetz Encomium), imprimé en cette Ville en i;?7 , ire- 40. Voyez fur cetteEdition & les autres Poésies latines de Cherler, ce qu’en a écrit M. Frqytaj,
tome III, Ai paratus Litterar.p. 4 01 , ííssï -(12) Ecclefi* Academi* Basii. Iuctus ob calamitatem recens accep-tam. Hoc efí Epitaphia feu Elegi* funèbres 32. virorum illustrium & juve-num studiosorum virtute, pietate doctrina que.prastantium , itemalii VIII,íumuli fœminei sexus. Qui fere omnes in urbe Bafilea & agro tractuqueBasiliensi pelle intederuní. —— Anno Christi M D L X IV. —— Edita àPaulo Cherlero, Elsterburgenfi. Basile*, apud Joannem Oporinum , 1,-65.i n . 4 e , Livre très-rare. Fbje? la Bibliothèque Helvet. de M. àe Hdler ,tome VI, p. r8z - 286.
(13) Sinner , ibid. tome I, p. 52. . u i 3
( 14) M. de Sinner les apprécioit ainsi. Mais le Voyageur trançois >publié en 1783 à Geneve , à Paris, des Lettres fur la Suisse, tome l> f ^,74 , i’ 1 ~ 8°. fig. soutient qu’il n’y a dans cette' bisarre compositionni dessein , ni coloris ; &• c est sûrement le fruit du délire de qc^que ^ ^
du quinzième Jiecle: Vidée, qui est ajfe% morale, répétée tant de soir > st' ^ oT( ,
Aie use, & bientêt insoutenable. Chaque tableau est composé Aune figure e ^
qui vient avertir tantôt un Roi , un Prince, un Pape, un moine , unê° ur ^ partir*débauché, enfin un homme ou une femme de tous les états, qu il efi temp s ^ 0 stsì& leur donne la main pour les emmener. Ces Tableaux font en général ma&* dépourvus de perjpeOlive, Telle est la décision du .Voyageur Fran£
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