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A B L E A UX DE LA SUISSE.
îi’en vols aucune plus naturelle que celle de Biaise deVigentre ( 6y ). La voici d’après son idiome Gaulois :A Agaunum , maintenant Saint-Maurice, est au-dessousA de Martigni, a trois ou quatre lieues, où le RhôneA vient à se restreindre de telle sorte entre les montagnes,» qu’ìl n’y a espace que pour sou cours, lequel n’est pas» fort large; & il'y a un pont avec une forteresse au bout» pour la garde d’icelui ; pourquoi il seroit fort malaise» dc Forcer ce pas, & il n’y a autre entrée que celle-là;.»> car les montagnes font inaccessibles ; & encore qu’il se» trouvât quelque petit sentier & passage, cela se peut» garder avec peu de gens qui accableroient aisément à
coups de pierres ceux qui s’y seroient entourés. De» sorte que tout le Vallais ressemble proprement à une» forteresse, où les montagnes qui Fenvironnent, fer-D vent de murailles , & la bouche d 5 Agaunum ou des, Tarnade, de porte ou d’entrée. On estime que César fít» fortifier ce lieu, comme étant de très-grande impor-s tance, pour avoir le passage des Alpes à fa dévotion ».
Le pont de Saint-Maurice est de pierre : il a environquatre-vingt pas communs de long ; il est d’une hauteurconsidérable , & cependant sait d’une seule arcade. Lamoitié de ce pont avec la moitié du Rhône dépend dela souveraineté de Berne, & fait partie du Mandementde Bex } dans le gouvernement d’ Aigle. Au milieu dupont il y a une efpece de tour, avec des portes de part& d’autre; cette tour sépare les deux Souverainetés, leCanton de Berne Ôt le Vallais.
Le nom (66) primitif du bourg de Saint-Maurice étoitTarnade , en latin Tarnadœ , ou Tarnaiœ , suivant l’Iti-néraire d'Antonio , ËcTarnaias , selon la Table Théodo-fienne , qui fut dressée vers Fan 380. Mais l’on disoitdé)a Agaunum en 390, puisque Saint-Martin, Evêquede Tours (67) , étiquette le. Reliquaire où étoient les-ossemens desThébéens, Reliques des Martyrs dAgaune ,Reliquice Martyrum Agaunenjìunì. Ce fut donc vers Fan385 que l’on fit ce changement de nom. L’anonymeMoine d’Agaune , qui écrivoit la seconde Légende (68)des Martyrs Thébéens vers Fan y 10, veut dériver lenom & Agaunum du mot Gaulois Acaunus , qui íigni-fioit une pierre t ce Moine répete la même étymologiedans la vie (69) de Saint-Romain , Abbé de Condat ,{ aujourd’hui Saint-Claude en Franche-Comté ).
M. de Riva%_ avoue qu ’Acaunus ou Acaunum (70)pouvoit signifier une pierre J une roche en langue Gau-
(6;) Daas ses notes fur les Commentaires de César, p. i;6. Biaise de.Vigenere mourut en iyp6.
(66) Rivai - Eclaircissemens fur îe Martyre de la Légion Thébéenne,£ag, 2.1-éi & 65-69.
(67) Gregor. luron. Hist. Franc. lib. X, col. 535 8c y; 6 .
(S8) Vitre Sanctor. apud Bollandum , tom. VI; Sèptemb. p, 347, 8c apudSurium, t. Septembris, p. zio.
(69) Bollandus, Vitre Sanctor. t. p. 49. Jan. Feb. p. 544.
(70) S. Eu.ch.er y Evêque de Lyon , qui adressa les Actes des Martyred’Agaune, àSilvius, Evêque du Vallais, qui avoit été à Agaune, & qui■mourut en 449, nomme ce lieu Acaunus, & les Martyrs Thébéens, Acau-penfes ou Agaunenses Martyres. M. de Rivai a rapporté ces Actes à la íìnde fa Dissertation, p. 314 fuiv.. M* de Bochat , qui aimoit les étymo-logies celtiques, trouvoit la racine ôt Acaunum dans le pronom démonstratifa 8c caun, qui déíìgnoit le rocher ou la montagne ; il cite à ce sujet un passagede Tite-Lwi ^lib. XL, cap. L,) où cet Historien appelle mons Camus,.
loise : mais il soutient que Fétymologie du nom dne , donné au Monastère , connu aujourd hui s° uS _nom de Saint-Maurice , doit être cherchée dans le l at ^*où elle a du rapport avec le Martyre des Thébéens-ne parloit point le Gaulois dans le bas-Vallais.
Live (71) écrit que les Véragriens, qui avoient Oclodure ,aujourd’hui Martigny , pour Capitale, parloient ungage moitié Germain , que les Gaulois, dit-il, n eIï ^^dorent pas. Or, dès qu’Auguste leur eut (72) accor ^Droit des Latins , ils furent obligés d’étudier & de pder en cette langue. De forte qu’en 448 on ne p arplus que Latin en Vallais, Car Silvius , Evêque depays, composa alors son Calendrier (73) en cette langue,& il avertit le lecteur, qu’il éloigna de son texte les m°Grecs, asm d’être entendu de tout le monde. Saint-Archevêque de Vienne, prêcha en Latin en y 17 à ^§ aUne. On a conservé FHomélie (74) qu’il y prononça, le 1°de la Dédicace du nouveau Monastère. M. deconclut de ces diverses époques, que c’est dans l ague Latine qu’il faut chercher Fétymologie d Ag aune ^& non dans la Gauloise, qu’on n’entendoït pluspays-là. Ce Savant place le changement du nom denade en celui d \ Agaune entre les années 380 &c’est à-peu-près en 38y , c’est-à-dire, au temps du p ^sage de Saint-Ambroise, Evêque Métropolitain dulais, lorsqu’il alla auprès de l’Empereur Maxime aves. M. de Riva^cxoit que ce fut ce Pere de lEg 1 ^
insinua de faire ce changement, en donnant au h eUles Thébéens avoient été mis à mort, un nom relatimartyre. Cet Archevêque de Milan nous dit dans ^ses lettres (yy), que le lieu où Samson couronna a ^par un glorieux combat, portoit le nom d’^T^ 7 ^ ^ u .Grec Agon. Festus nous apprend aussi dans s son v ° C g lîrlaire, c^xAgon fignifioit en Latin la victime que ^ e ^ uepereurs immolaient, avant que d’entreprendre stexpédition. Saint Jérôme dit toujours Agones M& rt Ypour signifier les combats des Martyrs. M. de ^
fere de toutes ces significations , qu’elles convien ^parfaitement au lieu où tant de milliers d hommes ^versé leur sang pour Jésus - Christ. Le meme ^ ^prouve que Tarnade , que la Carte Théodosienne P ^douze milles d’Octodure, ôt à quatorze rn ^^ eS Q^v eílocos , c’est-à-dire, de la tête du lac Leman ou den’a pu qu’être l’endroit qui porta depuis le nom oce ne font point deux lieux différens (7 6 ), car
.... .Les Ross-a iflS
une montagne peu éloignée -d'Ergavica, ville des Celtiberes. ^ c ’ét° lCentendant ces Gaulois nommer la montagne Caun , cruten ^ ^ Bod ílson nom propre, 8c non l’appellatif de toute la montagne. í at
allégué encore d’autres exemples, pour étayer son opinionVHist. anc. de la Suisse , t. I, p. 138-141 )•
(71) Lib. XXI, cap. XXXVIII.
(71) Plin. Hist. nat. lib. III, cap. XX. **
(73) En latin Laterculus , imprimé dans Bollandus , VitceJanuar. pag. 44.
(74) Ruinait, Acta íìncera Martyrum, p. 286.
(73) Sancti Ambrosii Opéra, edit. Baíiî. t. III > P* 1 ^
(7 6) M. à’Anvìïle ( Notice de la Gaule, p» 631)» P e ^ ^ partis’étoit contigu à un lieu plus considérable, nommé Tais, fée8c que la réglé observée dans le Monastère d’Agaune, a e tenatensis.