T O P O G
aux inclinations & au genre de vie, est sensible & frap-pante : tout retrace ici l’idée d’une vie absolument cham-pêtre.
L’Abbé du (12) Lac de Joux & celui de Cornouillê,autorisés par la permission de Gui, Evêque de Lausanne,& de Berthoud, Seigneur de Vallangin, bâtirent fan1139 une Abbaye dans le Val de Ruz, dans un lieu au-paravant inhabité & où il n’y avoit que des buissons &des bois; elle fut nommée Fontaine-André (13), à caused’une fontaine qu’il y avoit au-dessous, auprès de laquelleil se faifoit des miracles au nom de S. André , si on encroit une Chronique du Comté de Neuchâtel. L’Evêquede Lausanne, le Seigneur de Vallangin & d’autres, don-nèrent des rentes à cette Abbaye , qui fut achevée en^ i-fo. Le village de Fontaine a été depuis bâti, à environcinq óu six cens pas de cette Abbaye, du côté du soleillevant. Son premier Abbé s’appella Otton , & les Moinesdtoient de l’Ordre de Prémontré. Raoul, Comte deNeuchâtel, ôc Mangold , Comte de Nidau, donnerentl’an 11 y o à T Abbé de Fontaine-André, la terre où est àprésent la nouvelle Abbaye, avec Champreveirres , quiS été depuis réduit en vignes. En 1376° les grandes Com-pagnies des Roturiers, vulgairement dits les Bandes an -gloses y qu’Enguerrand , Sire de Coud, avoit menées enSuisse, contre le Duc d’Autriche, brûlèrent l’Abbaye deFontaine-André. Les Moines allerent faire leur demeureau village de Fontaine, qui étoit le plus proche de leurAbbaye ; ils y occupèrent quatre ou cinq maisons, ôc ilsy resterent jusqu’en 1467. Ils commencerent alors à bâtirUne Abbaye du même nom, à l’endroit où elle est -pré-sentement , au district du Chaumont , qui sépare la Mairiede Neuchâtel du Val de Ruz. L’Abbé préféra ce localà l’ancien, parce qu’il possédoit plusieurs dîmes & rentesdans les Châtellenies du Landeron ôc de Thiele, ôc qu’ilêcoit plus à portée de les recevoir. La dédicace de cetteNouvelle Abbaye de Fontaine-André se sit en 1470. LeComte de Neuchâtel, Rodolphe, Marquis de Hochberg,cn fut le principal Restaurateur. Cette Abbaye ayant étésécularisée au changement de Religion, ses revenus furentréunis au domaine du Comte, à l’exception d’une partieque Pon affecta à l’hôpital de Neuchâtel. On voit encorel’Egliíe, avec les ruines de cet ancien Monastère.
Coffrane f village situé dans le Val de Ruz, à une demi-lieue de Vallangin, & dans la paroisse de Corcelles, estremarquable dans l’Histoire par un combat qui s’y donnaen 1295;, & fur lequel on lit les particularités suivantes,dans une Chronique (14) du Comté de Neuchâtel.
» L’an 1295 les deux Seigneurs de Vallangin, Jean &
Dietrich ou Thierri, refusèrent l’hommage à Rodolphe,
Comte de Neuchâtel, & se constituèrent vassaux de
* l’Evêque de Bâle. Le Comte de Neuchâtel les somma
* de rentrer dans leur devoir ; mais comme il ne put les» y engager, il se vit obligé d’armer : après quoi il les
battit, avec l’Evêque de Bâle, qui les aísistoit dans la
R a p h 1 e. n9
» plaine de Coffrane. Jean ôc Dietrich furent prisonniers $» ôc ils traitèrent avée le Comte Rodolphe, comme il» fuit : i°. qu ils rendroient hommage au Comte de Neu-» châtel ; qu’ils retireroient Pacte d’hommage qu’ils» avoient donné à l’Evêque de Bêle, & qu’ils le remet-» troient au Comte, afin de l’anéantir. 2 0 . Qu ils donne-» roient Boudevillier & tout ce qui en dépend au Comte-» pour les frais de la guerre. 3 0 . Que le Comte retien-» droit le château Ôc le bourg de Vallangin, qu’ils avoient» remis à l’Evêque, ôc en auroit la propriété, leur en» laissant la jouissance. 4 0 . Enfin ils promirent à Ro-» dolphe la somme de deux mille livres soibles, ôc s’en-» gèrent de lui donner deux têtes d’argent massif, quï» seroient mises dans l’Eglife de Neuchâtel, pour mon-» trer qu’étant coupables du crime de félonie, ils méri-» toient de perdre la tête ; mais que ces têtes leur fervi-» roient de rançon. Ces deux têtes ont toujours été dans» ladite Eglise jusqu’à la Réformation, qu’un des Bour-» geoîs de la ville les porta chez lui, disant que c’étoient» deux têtes de Saints qu’il vouloir briser. A ces condi-» tions le Comte relâcha les prisonniers : il leur avoit» pris deux drapeaux, qu’il sit mettre dans l’Eglife de» Neuchâtel, ôc on les y voit encore aujourd’hui, au-» dessus du tombeau des Comtes de Neuchâtel ».
La Mairie de la Sagne (iy) est entourée de celles deRochefort, du Locle, de la Chaux de Fond, de Vallan-gin, ôcde Boudevilliers : elle n a pas quatre lieues de cir-cuit. Le terroir de cette Mairie est beaucoup moins richeen grains & en foins, qu’en bois ôc en pâturages. Elle amême quelques marais dans son district; ôc cependant onn’y compte pas moins de treize cent habitans, qui fontplutôt répartis dans des hameaux ôc maisons détachées,que dans des villages proprement dits. Pour le fol ôcpour le climat, c’estun lieu pareil à celui du Locle , quenous décrirons après avoir fini le tableau de la Mairiede la Sagne. ïl a fallu du courage , de ia vigueur ôc dela constance, pour en entreprendre la premiere culture, Ôcpour y établir une demeure fixe. Deux chaînes de mon-tagnes couvertes de sapins , l’enclavent au Nord-Ouestôc au Sud-Est ; la vallée n’en est ni étroite ni profonde.Les vents y soufflent sans gêne : mais aussi la couche deterre n’en est que moins épaisse, & les productions n’enfont que moins abondantes. Cependant le gros bétail pros-péré beaucoup dans cette Mairie ; les foins qu’il demandeÔc les profits qu’il donne, font le partage de la plupartde ses habitans, dont le plus petit nombre se livre à laprofession des arts ôc métiers, ôc dont la totalité fe dis-tingue par une frappante simplicité de mœurs, par unattachement extrême à ses us & coutumes, ôc par unzele ardent pour la conservation des droits, franchises ôclibertés que les anciens Seigneurs de Vallangin leur ontaccordés. La Sagne comprend deux Paroisses , celle de laSagne ôc celle des Ponts . C’est au hameau , dit le Cret dela Sagne , que la Justice Civile de la Mairie tient ses
(lì) Hifl. du Comté de Neudbâtel, manuscrite, in folio, pages 7-8» 67,lî 7 , ir-,, 130 & 143.
O 3) Fons saníii Andreœ.
ÍH) Même Histoire de Neuchâtel, pages ;r-zz.
(ij) Leu , ibidem, tom. XVI, pag. >8.
Osterwald , Description des montagnes de Neuchâtel, pages 117-111;Tscharner t Dict. géog. de la Suisse, tom. II, pages 114-115.