Band 
Tome II.
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815-816
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des plus curieuses & des plus sa-vantes de cette partie de la guerre;car l’on peut dire que la science desretraites, prise dans tous ses cas par-ticuliers, renferme presque toutesles autres. Se retirer, c’est fuir,mais c’est fuir avec art, & un très-grand art. Quelle sublimité' de gé-nie ! quelle étendue de connoiílan-ces ! de qualités acquises & natu-relles, ne faut-il pas avoir, &quelle grandeur de courage ! quede ruses & d’artiíìces, ne faut-ilpas employer dans ces fortes (fa-ctions ! car on peut dire que les■retraites d’Armées renferment tou-tes les parties les plus sublimes desArmes, une profonde tactique, lesmarches, les passages des rivières,en un mot toutes les connoissances,qui font les grands Capitaines ct lesGuerriers du premier ordre.

II me reste à dire fur cet article,qu’il est souvent plus difficile & beau-coup plus glorieux de faire une bel-le retraite, lorfqu’on y est obligépar le grand nombre, qúe de vain-cre l’Ennemi à forces égales. C’cst-là qu’un brave Officier fait voir sonhabileté & Ion expérience, en nes’ébranlant de rien, & rassurant sesTrouppes par fa fermeté & par sonbon exemple, donnant les ordresavec présence d’esprit, les faisantexécuter sans confulìon, se por-tant avec vivacité où 1c danger estle plus grand, faisant marcher parrang les uns par les intervalles desautres, qui font ferme & éloignentl’Ennemi par un feu fait à propos :enfin profitant du moindre avanta-ge du terrein, pour fe retirer ho-norablement.

Quand f Ennemi veut envelopper,on doit faire faire un Bataillonquarré, & continuer à marchertrès - lentement par l’endroit où ilparoi t être le plus foible, faisanttirer également & avec justesse, soitpar rangs ou par pelotons, de fa-çon que l’on puisse faire un feu con-

tinuel, fans s'en dégarnir tout-li-sait. La plupart des gens croyent,que pourvu qu’ils fassent faire ungrand feu, cela suffit, sans s’em-barrasser de l’esset qu’il produit,c’est une grande erreur : car on nedoit s’attachcr qu’à bien faire aju-ster les Soldats, & à les faire tireravec ordre, qui est le seul moyende détruire considérablement l’En-nemi , & de l’obliger à quitter pri-se. 11 y a certaines occasions, oùpour faire un feu plus juste, l’onordonne aux Officiers subalternes,aux vingt plus anciens Caporaux ouSoldats de chaque Compagnie, defaire un feu bien ajusté, & l’on dé-fend au reste de tirer, a moins quece ne soit pour faire reposer les au-tres, ct refroidir leurs armes pen-dant quelque tems.

Lorsque l’Ennemi ne peut suivrequ’en queue, & qu’il n’oppose pasun grand front, au-lieu de fe reti-rer par rang, on peut se retirer parmanches ou par divisions, selon laforce de la Trouppe que l’on com-mande , & que le terrein le permet,en faisant replier chaque mancheou chaque division, les unes aprèsles autres, lesquelles se partagenttour à tour. En un mot la métho-de quj nous éloigne le plus prom-ptement de l’Ennemi, fans recevoird’échec, est la meilleure. L’on nepeut parler de ces fortes de choses,qu’en général, parce que les diffé-rentes circonstances changent l’or-dre de la disposition.

RETRAITE, battre la retrai-te. Dans toutes les Villes de guer-re, le soir avant que de fermer lesPortes, ce qui est ordinairementune demi-heure avant la nuit, leTambour de Garde monte fur leparapet du rempart, & bat la re-traite, & tous les Tambours encorps, qui ont à leur tête un Tam-bour Major réassemblent fur la Pla-ce d’Armes, d’où ils partent pourbattre la retraite dans les principaux

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