DES MATHÉMATIQUES., Part. I. Liv. III. n 3n’est pas seulement dans ces derniers temps, cjue la philoso-phie et la vérité ont trouvé dans un faux zèle des obstacles àleur avancement. A peine y eu t-il des philosophes , qu’ils com-mencèrent à être persécutés. On leur íit un crime de prétendreexpliquer les ouvrages de la divinité. C étoit, dit-on , la détruireque de montrer qu’elle agissoit par une suite de lois généraleset invariables. Ils combattoient enfin des préjugés qui tenoientà la religion, ou plutôt que des gens mal intentionnés trou-voient le moyen d’y ramener. On les rendit par là odieux àla multitude ; ce qui les réduisit souvent au mystère et à desfaçons de parler énigmatiques. Anaxagore tint long-tempssecret son écrit sur la cause des éclipses de lune; il osa lemettre au jour avec quelques autres opinions physiques, etil devint le premier martyr de la philosophie. Tériclòs sonami et son disciple, put à peine lui sauver la vie. Que cecinous retrace bien la persécution et le traitementindigne qu’éprouvaGalilée. , pour avoir adopté le sentiment de la mobilité de laterre! On ne peut voir qu’avec douleur, que le monde en vieil-lissant ne devient ni meilleur, ni plus sage. Au reste le tempsde la prison d’ Anaxagore ne fut pas entièrement perdu pourla science. On dit qu’il s’y occupa de la quadrature clu cercle;on n'ajoute pas qu’il crut l’avoir trouvée , et il est probableque cela valut à la géométrie, la découverte de quelques nou-velles propriétés de cette figure.
Je ne saurois me dispenser de parler encore de quelquesopinions Physico-astronomiqtìes , dont on trouve déjà des traceschez les philosophes de l’école Ionienne. La principale con-cerne la matérialité des astres, et la pesanteur universelle descorps. Tout le monde sait qu’ Anaxagore regarde!t le Aôleilcomme une masse terrestre enflammée fi). Mais co sentimentétoit bien plus ancien , et il 1 e tenoit de ses prédécesseurs. Eneffet, on rapporte que Thaïes composoit les corps célestescl’un mélange de feu et de matière terrestre (2,); en quoi iln’avançoit rien qui ne soit assez probable. Car si ia gravitationuniverselle n’est pas une chimère, on a de fortes raisons pourcroire que le feu du soleil n’est pas un feu pur, mais que sadensité est à peu-près égale à celle de la terre à sa surface.Lorsqu 'Anaxagore disoit encore que le ciel étoit composé depierres, il ne vouloit apparemment dire antre chose , sinonque tous les corps célestes étoient dune matière pesante , età peu-près semblable à celle clç notre terre. A l’égard de l'his-toire qui lui fait prédire la chute d’une de ces pierres,'la ma-nière dont elle est racontée par Diogène Laërce , la rend tout-
•(1) Diog. in Anaxag. (i) De Placit. Phil. 1 . 2 , c. 1 3.
Tome I. ! P