444 HISTOIRE
Mais malheureusement l’astronomie se mit de la partie; l’Eu-ropéen entreprit de prouver au Brame, que la lune étoit plusvoisine de la terre que le soleil : mais' loin d’y réussir , le bonBrame en fut si indigné, qu’il ne voulut plus parler au Jésuitependant leur détention. Comment en effet se seroit-il rendu aupreuves palpables du Jésuite ? il étoit pour lui de principereligieux, que la terre est portée par un éléphant, l’éléphantpar une tortue; la tortue nage dpns la grande mer de lait;et si l’on demande qui soutient cette grande mer , je ne saisce qu’on y répond. Ce ne peut êlpe que par quelque nouvelleabsurdité.
J’ai pourtant peine à croire que les Brames, instruits dans lecalcul des éclipses , en soient à ce point d’ignorance , de penser,avec le peuple, que ce soit un serpent qui veut dévorer lesoleil ou la lune , et de faire cette dernière plus éloignée de laterre que le soleil. 11 peut se faire que l'histoire , racontée ci-el essus , soit une plaisanterie, ou que le Brame dont il s’agit ,fût un homme ton t-à-fait ignorant de sa carte. M. Sonnerat (i)«'inscrit positivement en faux centre cette prétendue ignorancedes Brames, relativement aux positions respectives du soleil etde la lune ; mais ce qu’il leur attribue n’est guère moins absurde ;car il dit que les Brames font parcourir au soleil , chaque jour,un cercle de 3^2 millions de lieues , ce qui donne pour sadistance à la terre, estimée grossièrement, 66’millions de lieues ;et ils placer.t la lune à 100,000 yoguenais ou 400,000 lieuesseulement au-dessous du soleil; ils placent ensuite Vénus 400,000lieues au-dessus tlu soleil, puis Mercure encore 400,000 an-de-là ;après eela Mars encore plus loin de 400,000 :: Jupiter j 400,000plus loin; après lequel vient Saturne, encore 400,000 au-delà;enfin, à*un million au-dessus, le Lésard qui tient à sa queueTétoile polaire : mais f esprit se soulève à tant d’absurditésmonstrueuses. Je ne sais au surplus où M. Sonnerat a vu quelesBrames avoient calculé, avec beaucoup de justesse, le passagede Vénus sur le disque du soleil. M. Legentil, qui est allé dansl’Inde exprès pour cetle observation, nous cn anroit apprisquelque chose. Mais comment les Brames qui font Vénus plusélevée que le soleil, ponn oient ils avoir l’idée de calculer quandelle passera au-dessous ? .
Quelle que soit au surplus la manière de penser iles Indienssur l'arrangement des planètes à él’gard de la terre , il paroîtcertain que leurs astronomes, contens de pouvoir calculer leséclipses de lune et de soleil, sont de la plus grande indifférencesur tout le reste de l’astronomie. On leur a fait voir dans nos
(1) Voyage aux Indes Orientales et à la Chine, t. 1, p. 113,