DES MATHÉMATIQUES. Part. III. Liv. I. 5ainommé Strepsiade, faisant part à Socrate d’une belle inven-tion qa’il a imaginée pour ne point payer ses dettes. Avez-vous vu , dit-il, chez les droguistes la belle pierre transpa-rente dont ils se servent pour allumer du foui Veux-tu direle verre , dit Socrate ? oui, répond Strepsiade. Eh bien ! voyonsce que tu en feras , réplique Socrate. Le voici , dit l’imbe-cille Strepsiade : quand Vavocat aura écrit son assignationcontre moi , je prendrai ce verre , et me mettant ainsi ausoleil , de loin je fondrai toute son écriture. Quel que soit lemérite de cette plaisanterie , ces termes de loin ( imTtçacitî )ont paru à quelques auteurs désigner qu il s’agissoit d'un ins-trument qui brûloit à quelque distance, et conséquemmentque ce n’étoit point une simple sphère de verre, dont le foyerest très-proche , mais un verre lenticulaire qui a le sien pluséloigné. A cette autorité on joint celle du Scoliaste Grec surcet endroit; il remarque qu’il s’agit d’un verre rond et épais( T^ayjeiS'm ) , fait exprès pour cet usage , qu’on foottoit d’huile ,que l’on échauffait , et auquel on ajustoit une mèche , etque de cette manière le fou s’y allumoìt. Cette explication,quoiqu’inintelligible en quelques points, semble prouver claire-ment que le Scoliaste entend parler d’un verre seulementconvexe , d’où l’on conclut que les verres de cette forme étoientconnus du moins de son temps.
Si ceux qui entreprennent d’adjuger cette invention à l’an-tiquité , n'on t pas de plus fortes raisons , je doute qu’ils trouventbeaucoup de personnes qui se rangent à leur avis. Rien n’estplus foible en effet que í’autorité qu’ils allèguent pour prouverleur prétention. 11 n’y a personne qui ne voie que le desseinde cette pièce est uniquement de ridiculiser Socrate , en met-tant des propos imperiinens dans la bouche de Strepsiade, etles faisant approuver par le premier. Aristophane ne pouvoitmieux remplir son objet, et mieux faire éclater la grossièretéde Strepsiade , q u'en lui faisant concevoir et proposer unmoyen en rneme-temps ridicule et impossible : mais sans don-ner une explication si fine à ce passage, ne pourroit on pasdire qu Aristophane ignoroit peut-être qu’il n’y avoit qu’un seulpoint où la sphère de verre allumoit le feu, et que ce pointen étoit fort voisin P On trouveroit peut-être encore bien desgens d’esprít, et même doués de talens, assez peu instruitsde l’efíet de nos verres ardens, pour donner dans quelquesméprises semblables. Ne pourroit-on pas encore soupçonner quele mot qu’emploie Aristophane , n’est là que pour la mesuredu vers?Ri en de plus ordinaire dans les poètes que ces expres-sxons peu exactes, effet de la contrainte continuelle de la ver-sification. Quant à l’autorité du Scoliaste Grec, elle est d’unlomé I. V vv