638 HISTOIRE
son système ( i )• Plus hardi que son maître , qui ne propo-soit le mouvement de la terre que comme une hypothèse ,Rheticus ne h t aucune difficulté de l’assurer positivement. Uajouta de nouvelles raisons à celles de Copernic ; et il ne crai-gnit pas d’insulter en quelque sorte aux partisans du senti-ment contraire, en disant que si Aristote, leur chef, reve-noit au monde , il recomioîtroit son erreur. Cependant mal-gré ce zèle de Rheticus , et la solidité des raisons de Coper-nic , le système de la terre mobile ne prit que de foi hies ac-croissemens dans ce siècle, et l’on compte facilement le nombrede ses partisans. Il se réduit presque à Rheinold , fauteur desTables Pruténiques ; à Rothman, que Tycho parvint dans lasuite à attirer à lui en allarmant sa religion ; à Christianus"VVurstisius, qui lui fit quelques prosélytes en Italie; à Mœstlinenfin, l’illustre maître de Kepler , dont nous ferons connoîtreailleurs le mérite. Le vulgaire des philosophes et des astro-nomes continua à réputer la terre immobile, et à accabler,en apparence , Copernic sous le poids des raisons d’Aristoteet de Ptolémée. En vain y avoit-il répondu ; les moins pré-venus se contentèrent de regarder son système comme un ingé-nieux paradoxe il falloit, ce semble, que l’esprit humaineût encore acquis quelque degré de force pour être capablede goûter une vérité si sublime.
Cela arriva enfin au commencement du dix-septième siècle;Le télescope nouvellement découvert, en mettant en évidencele mouvement de Vénus et de Mercure autour du Soleil, enfaisant appercevoir autour de Jupiter de nouvelles planètes sem-blables à notre Lune , en démontrant enfin la ressemblancede la Lune avec la terre, fournit de nouvelles preuves au sen-timent de Copernic. On commença vers le même temps à con-noître mieux qu’auparavant les lois du mouvement , et à con-sulter en physique plutôt l’expérience que les raisons méta-physiques. Aristote fut trouvé si souvent en défaut, qu’il perditbeaucoup de son crédit auprès des gens de génie , ou nonprévenps. On remit ses raisons à la balance, et lorsqu’on lesexamina sans cette prévention servile de ses sectateurs, ilparut surprenant qu’elles eussent si long-temps captivé l’esprithumain ; enfin la révolution fut rapide par-tout où l’on jouitde la liberté de penser. Dès le milieu du dix-septième siècle ,et même auparavant, il n’y avoit presque pas un philosopheou un astronome libre et de quelque réputation, qui ne tîntle mouvement de la terre comme une vérité établie, ou du
(i) Narratìo de Libris revol. Copern 1540, lN-4°., et cum opéré de revol,1566, in-fol.