DES MATHÉMATIQUES. Part. M. Liv. V. 707à l’œil en traversant ce tableau, y laissent une trace. Danscette supposition , il y resteroit une image, qui feroit sur 1 œilplacé au point convenable, précisément le même eífet quol’objet lui-même. Cela est évident, puisque cette image, en-voyant sur cet œil les mêmes rayons que feroit cet objet, nesauroit y produire unq autre sensation. Le spectateur en seradonc semblablement affecté, et l’illusion sera complette, si ladégradation de grandeur et de position est secondée par celledes couleurs.
L'art de la perspective ne consiste donc qu’à déterminergéométriquement ces points , où les rayons , partis de chacunde ceux de l’objet, entrecoupent le tableau. Une représenta-tion perspective n'est eníin qu’une projection des objets àl’égard de l’œil. On peut même concevoir le principe ci-dessusplus généralement j car il n’est pas nécessaire d’imaginer l’objetau-delà du tableau, et celui-ci transparent : on peut conce-voir l’objet au-devant, et que chacun des rayons visuels parlesquels on l’apperçoit, soit prolongé jusqu’au tableau, et ymarque un point analogue à celui d’où il est parti : tous cesrayons y formeroient une image , qui seroit encore la repré-sentation perspective de cet objet. Le premier principe est cepen-dant le plus employé ; mais le géomètre saura se servir de l'unou de l'autre, suivant l’occasion.
Vitruve nous a conservé (x) quelques traces de l'ancienneperspective ; il dit qu’un certain Agatarchus ayant été instruitpar Eschyle, de la manière de faire les décorations théâtrales,écrivit le premier sur ce sujet ; qu’il apprit son art à Démo-crate, et à Anaxagore, et que ces deux géomètres en traitèrent.Vitruve ajoute qu’ils déterminèrent comment un point étantpris dans un lieu, on pouvoit imiter si bien la dispositiondes lignes qui sortent des yeux en s’écartant, que bien que cettedisposition soit inconnue, on ne laissa pas de représenter fortbien les édifices dans' les décorations , et de faire ensorte quece qui est décrit sur une surface plane, paroisse avancer dansnn endroit et reculer dans un autre. II y avoit en effet, parmiles ouvrages d’Anaxagore, un traité intitulé : Actinographiaou radio rum descriptio , qui est probablement celui dontparle l’Architecte Latin.
C’est ainsi que Vitruve explique l’invention d’Anaxagore etde Démocrite. II ne faut qu’être initié dans l’optique , pour yreconnoître la ressemblance des principes de l’ancienne pers-
(*) Archit. Iiv. 9.
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