Band 
Tome III.
Seite
90
JPEG-Download
 

9© COR

théâtre finit Cacarriere.Boilcau s’ap-

percevant dès les deux premierespieces que le génie de Corneillebailïoit, fît cet impromptu :

Apres /’Agéíìlas ,

Hélas !

Mais après /'Attila,

Hola !

Ces deux tragédies, & les trois sui-vantes font, à quelques endroitsprès, ce que nous avons de moinsdigne de ce grand-homme , par lasécheresse, la roideur & la plati-tude du style , plein de termes po-pulaires, de phrases barbares, deconstructions louches ; par la froi-deur de l’intrigue, mal imaginée 8cmal conduite-, par les amours dé-placées & insipides ; par un tas deraisonnements de politique & d’am-plifications alambiquées. Mais onne juge , ( dit très-bien Voltaire ,)d’un grand-homme que par ses chefs-d’œuvre, & non par ses fautes. Cefont les ouvrages d’un vieillard;mais ce vieillard est Corneille. Sinous n’en jugeons que par les pie-ces du temps de fa gloire, quel hom-me! Quel sublime dans ses idées!Quelle élévation de sentiments !Quelle noblesse dans ses portraits !Quelle profondeur de politique !Quelle vérité, quelle force dans sesraisonnements ! Chez lui les Ro-mains parlent en Romains, les Roisen Rois ; par tout de la grandeur& de la majesté. On sent, en lelisant, qu’il ne puisoit l’élévationde son génie que danssoname. C’é-toit un ancien Romain parmi lesFrançois , un Cinna , un Pompée,tic... Corneille, débarrassé du théâ-tre , ne s’occupa plus qu a se pré-parer à la mort. 11 avoir eu danstous les tems beaucoup de religion.Ï1 traduisit Y Imitation de J. C. en vers:version qui eut un fvcccs prodi-gieux » mais qui' mamjue du plus

COR

beau charme de l’original, de c est#simplicité touchante , de cette onc-tion naïve, oui opèrent plus de con-versions que tous les sermons. Cegrand-homme s’affoiblit peu à peu,8c mourut doyen de l’académieFrançoise, le I er .Octob. 1684, à 78ans. Comme c’est une loi dans cecorps, que le directeur fasse les fraisd'un service pour ceux qui meurentsous son directorat,il y eut un com-bat de générosité entre Racine 8cl’abbé de Lavau ; celui-ci l’emporta.Ce fut à cette occasion que Benseradedit à Racine-, Si quelqu’un pouvoitpré-tendre à enterrer Corneille , e’étoitvous ; vous netl'ave^ pourtant pas fait.Ce discours a été pleinement véri-fié , dit l’illustre neveu de ce grandpoète. Corneille a la premiere pla-ce, & Racine la seconde, quoiquesupérieur à son rival dans une desplus belles parties de l’art du théâ-tre , dans la versification. ( Voye{l’art. Racine , vers la fin). On feraà son gré l’intervalleentreces deuxplaces, un peu plus, ou un peumoins grand : c’est-là ce qu’on trou-ve, en ne comparant que les ou-vrages de part 8c d’autre. Mais fil’on compare les deux hommes,l'inégalité est plus grande. 11 peutêtre incertain que Racine eût cté,si Corneille ne fût pas venu avantlui ; il est certain que Corneille aété parlui-même. On ne peut s’em-pêcher de placer ici le portrait dece grand-homme, tracé par la mê-me main.

« Corneille étoit assez grand» 8c assez plein, l’air fort simple 8c» fort commun, toujours négligé ,

8c peu curieux de son extérieur.» II avoir le visage assez agréable,» un grand nez , la bouche belle ,>> les yeux pleins de feu, la phy-» fionomie vive , des traits fort» marqués, 8c propres à être trans-» mis à la postérité dans une me-