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Tome III.
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le bien qu’il laiffoit, avoir été ouvendu ou saisi. Créhillon se trouva,à la fleur de son âge , avec beau-coup de lauriers & point de for-tune. La mort de fa femme , arri-vée en I7>l , vint augmenter sesinquiétudes. Le fort ne répara sesinjustices que long-temps après, enlui procurant, en 1731, une placeà l'académie Françoise, &l’emploide censeur de la police en 1735. IIobtint de plus grandes récompen-ses fur la fin de fa carrière , qui aété longue. Son tempérament étoitextrêmement robuste ; 8t s’il l’eùtménagé, ses jours feferoient éten-dus plus loin. Sa maniéré de vivreétoit affez singulière. 11 dormoitoeu, Sc couchoit presque sur ladure , non par mortification , matspar goût. Toujours entouré d’unetrentaine de chiens & de chats , ilavoitfaitde son appartement unetspece de ménagerie. Pour dissiperles mauvaises exhalaisons de cesanimaux - il fumoir beaucoup detabac s mais cette odeur ne remé-dioit pas entièrement à la corrup-tion de l’air. S’il étoit malade, ilse gouvernoit à sa fantaisie, nevoulant observer aucun régime ,

& se moquant des médecins & destemedes. II eut pendant long-tempsune érysipelle aux jambes , quifluoit : cette source ayant tari , ilmourut le 17 juin 1762 , à 88 ans.II aimoit la solitude, 8c là , à l’abride toute distraction, il imaginoitdes plans de romans, & les com-postait ensuite de tête sans rien écri-te. Un jour qu’il étoit fortementoccupé, quelqu’un entra brusque-ment chez lui : « Ne me troublez” point, lui cria-t-il; je suis dans" un m ornent heureux: je vaisfaire" pendre un ministre fripon , &” Çhafler un ministre imbécille ».Crcbillon étoit modeste , vrai, sen-sible, d’un abord facile , officieux,enchanté des succès des jeunes au-

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teurs, & les échauffant de fa flam-me. La candeur & la facilité de sesmoeurs alloient jufqu’à la bonho-mie. II ne se permettoit les bonsmotsqu’avec son fils, homme pleinde sel 6c d’esprit. Se trouvant unjour dans une grande compagnie ,on lui demanda quel étoit celui deses ouvrages qidil ejlimoit le plus ?question qui avoir été faite autre-,fois au grand Corneille. —Je ne faispas ( répondit-il ) quelle efl ma meil-leure production-, mais , ( ajouta-t-ilen montrant son fils) vcUà fansdoute la plus mauvaise, —— Cejì , ré-pliqua vivement celui-ci , quellen'ejlpas du Chartreux. II faut se rap-peler que les ennemis de cegrand-homme avoient fait courir ìe bruitridicule, qu’il devoir ses belles pis-ces à un solitaire de ses amis.Crébillon est le créateur d’une par-tiequilui appartient ea propre, docette terreur qui constitue la véri-table tragédie. Si jamais nous éle-vons des statues aux auteurs tra-giques, la troisième fera pour lui.Après une représentation à'Atrée,on lui demandoit pourquoi il avoiradopté le genre terrible ) « Je n’a-» vois point à choisir, ( répondit-» il ). Corneille avoir pris le Ciel ,

» Racine la Terre-, il ne me restoit»> plus que l’Enfer: je m’y fuis jeté» á corps perdu ». Hardi dans sespeintures, mâle dans ses caractè-res , grand dans ses idées , éner-gique dans ses vers, 8c terrible dansses plans, il est peut-être le seul.de nos poètes modernes qui ait pos-sédé le grand secret de l’art àeMd-pomene , tel que l’avoient les tragi-ques de l’ancienne Grece. II eût étéà souhaiter qu’à leurexemple.ileût moins employé ces déguise-ments, ces reconnoilfances, qui ap-partiennent plutôt au roman qu’ala tragédie. C’estpar Idomenée qu’ildébuta en 1705. Quoiqu’on s’ap-perçoive que c’est l’ouvrage d’un