AIR
AIS
|| xvi* s. C’est une ladrerie spirituelle qui & quelqueair de santé, mont, i, 62 .
— ÉTYM . Provenç. aire; catal. ayre; anc. ital. aire(more di bon aire). Les dictionnaires confondentair, fluide gazeux, et air, manière, façon. Il estbien difficile de voir comment l’air atmosphéri-que aurait fini par signifier l’apparence, la manière.Diez a senti la difficulté, et il tire air dans le se-cond sens de l’allemand art, manière, façon. Maison ne voit pas comment le t aurait disparu. Dansun travail subséquent, il est disposé à réunir airde l’atmosphère et air manière, par le sens desouffle, spiritus, qui, donnant esprit, conduirait àmanière, caractère. Le vieux français , à ma con-naissance, n’emploie pas aire dans le sens d’air at-mosphérique ; et il a air auquel il ne donne pas lesens de manière. Le provençal, qui a aer, airatmosphérique, ne s’en sert pas pour signifiermanière, non plus que l’ancien catalan de sonaer, et l’italien de son aer ou aere. Le provençalet l’espagnol emploient aire, ayre, dans le dou-ble sens de manière et d’air atmosphérique : c’estdonc sur aire seul que porte le double sens ; c’estatreseul qui a permis une confusion ; car en effet aire(voy. Ainsi existe, dans l’ancien français du moins,avec le sens de place et nid. Voici dès lors comment jeconçois la filiation des sens: place et nid; demeure,famille; qualité, manière. Puis air et aire se se-raient confondus dans les langues romanes. Airde vent et aire de vent est un exemple d’uneconfusion analogue. C’est, je crois, la fauconneriequi, en signalant le faucon de bon aire, a permis lepassage d’idée entre aire, nid, et extraction,famille,qualité.
f AIRAGE (è-ra-j’),s. m. Technologie. On nommeainsi J’angle que forment les ailes d’un moulin à vent,ou mieux la voile de chaque aile, avec le plan de leurcirculation, lequel est perpendiculaire à la directiondu vent; et, chaque aile étant une surface gauche,l’airage varie généralement de 9 à 26 degrés,aux différents points d’attache de la voile, legoa-rant.
AIRAIN (è-rin),f. m. || 1“ Alliage de cuivre et d’é-tain , pl us sonore et plus fusible que le cuivre. Statue,vase d’airain. Le fer et l’airain, n’étant plus polis parles Cyclopes, commençaient à se rouiller, fên. Tel.il Aussitôt on assembla des ouvriers pour travaillersur le fer, sur l’acier, sur l’airain, id. ib. xu. Tandisque l’ennemi, par ma fuite trompé, Tenait après sonchar un vain peuple occupé, Et, gravant en airainses frêles avantages, De mes Etats conquis enchaînaitles images.... bac. ilithr. m, J. La campagne autourest couverte d’hommes qui taillent et qui coupent,qui roulent et qui charient le bois du Liban , l’airainet le porphyre, la bruy. 6. || 2" Un ciel d’airain,sécheresse excessive. Les cieux par lui fermés etdevenus d’airain, rac. A thaï. 1 , 1. Le ciel est d’ai-rain sur sa tête.BOSS. Pass. 1,3. L’Égypte , ce climatsi fertile sous un ciel d’airain. j. j. rouss. Sciences.
|| 3" Un front d’airain,un front sans pudeur qui nerougit jamais. Ce sont des monstres [ces femmes]qui ont un front d’airain, sév. 452. Pour le nier ilfaut avoir un front d’airain, boss. Arert. t . S’étantfait un front d’airain, il fit semblant de ne pas lereconnaître, hamilt. Gramm. u. || Un front d’ai-rain signifie aussi une attitude inébranlable. A cesadversités oppose un front d’airain ; Reçois d’un vi-sage serein La nouvelle de ta défaite, chaul. La viechamp. || 4° Avoir un cœur d’airain, être impitoya-ble. || 5“ En termes de mythologie, le siècle d’airain,le siècle intermédiaire entre le siècle d’argent et lesiècle de fer. || Un siècle d’airain,un temps de ca-lamité. || 6° Un mur d’airain, une barrière infran-chissable. || 7° Fig. et poétiquement, canon. J’en-tends l’airain tonnant de ce peuple barbare, volt.AU. u, 6. || 8" Cloche. Les pontifes saints autourde mon cercueil, Appelés aux accents de l’airainlent et sombre, A. ciién. 90. Ou l’airain gémis-sant, dont les sons éperdus Annoncent aux mor-tels qu’un malheureux n’est plus, lamart. Médit.i, 5. Écoutez.... l’airain sonne, il m’appelle,il vouscrie Que l’instant est venu de sauver la patrie, de-lav. Vépr. Sicil . iv, 4. || 9’ Dans le langage de l’É-criture,l’airain sonnant, un vain bruit. Les véritésles plus terribles ne sont pour eux qu’un airain son-nant et une. cymbale retentissante, mass. Parole.Nous ne sommes plus pour vous qu’un airain son-nant, id. Car. Inconst. || 10° En termes d’antiquité,airain de Corinthe . C’était un composé d’or ou d’ar-gent et de cuivre, dont on coulait des statuettes etdes vases fort recherchés. || Proverbe. Les injures s’é-crivent sur l’airain et les bienfaits sur le sable; on
DICT. DE LA LANGUE FRANÇAISE.
se souvient des unes, et on oublie facilement lesautres.
— hist . xu* s. Sonent buisines d’arain et de mé-tal, Ronc. p. 78. Eareim multde grant maniéré pristde dous citez Adadezer, Bethe e Beroth, Rois. 447.|| xni* s. Ne keuvres [cuivre], ne arains, ne estains,ne fiers, tailliar, Recueil, p. 25. Arains, coivreset tout autre maniéré de métal hors mis or et ar-gent, monneé et à monoier, chascun fès à home,soit petis soit grans, doit obole de rivage, Lit), desMét. 304. Par devers destre [il y] a un oisel;D’arain est trestous trejetés; Onques mais ne fuveiis tes [tel], Fl. et Ut. 4 980. || xiv* s. Li ma-rissaus [le maréchal] a bien tout che fait acordé;Il a un cor d’arain grailloët et sonné, Baud. deSeb. x, 748. || xvi' s. Œil d’airein, quand l’œil estrous, fier et estincelant comme un lion : ainsi les ontles ladres, paré, xv, 5.
— ÉTYM. Provenç. aram, eram ; portug . arame;espagn. arambre, alambre ; ital. rame, cuivre-, deæramen, airain,de æs, airain, cuivre. Comp. l’allem.eisen, fer; angl. iron; goth.eùam; celt. iarunn;sanscr. ayas, fer.
AIRE (ê-r’j, s. f. || 1° Surface unie et dure où l’onbat les blés. L’aire d’une grange. || 2° Toute surfaceplane. L’aire d’un plancher. L’aire d’un bassin, lefond d’un bassin. Aire d’un pont, partie sur la-quelle on marche. Aire d’une maison, espace com-pris entre les murs. Il eût fallu commencer par net-toyer l’aire et écarter tous les vieux matériaux,j. j. rouss. Orig. 2 . || 3° En termes de géométrie, sur-face terminée par des lignes, eu égard surtout à l’é-valuation de sa superficie. L’aire d’un carré, l’aired’un triangle. Appliquant l’attention de mon es-prit à l’aire qu’ils renferment, desc. Médit 0 . || 4” Enastronomie, l’espace parcouru dans un temps donnépar le rayon vecteur d’un astre. Toute planète dé-crit des aires égales en temps égaux, volt. Newt. ni,2 . Quels sont, dans les révolutions des planètes, lesrapports des aires parcourues en temps égaux? j. j.rouss. Sciences. 2 . || 5° Terme de marine. Aire devent, direction du vent. On distingue trente-deuxaires de vent principales. Quelle aire de vent devions-nous tenir ?chateaub. Itin. u, 91. Plusieurs marinsfont ce mot du masculin et l’écrivent air; c’est unefaute (voy. air). || 6° Nid, c’est-à-dire surface planede rocher où l’aigle fait son nid, et, par exten-sion, nid des grands oiseaux de proie. C’est un ai-glon qui retombe dans son aire, j. j. rouss. Ém.n. || 7“ Le plus petit des bassins carrés d’un ma-rais salant. || 8° Dessus d’une grosse enclume.
|| 9° Terme d’eaux et forêts. Couper les bois à tireet à aire, les couper entre les lisières marquées, enne laissant que les arbres de réserve et sans choisirçà et là. || 10° On trouve aussi, en termesde marine,aire pour vitesse, sillage d’un vaisseau; ce navire ade l’aire (voy. erre).
— hist . xii' s. Les aires des salines [areas sali-narum], Machab. i, ch. 2 . Il est venus à l’aire[place] où cele est qui ses bons Est preste d’asseuir[suivre sa volonté}.... aueef. le bast. Romancero,p. 34. Salomons de Bretaigne fu en pié en mi l’aire[le lieu de l’assemblée], Sax. xxxi. Quant il vin-drent al aire Nachor, Oza estendid sa main versl’arche, Rois, 4 40. Fist l’emperere el paleiz faireBanc à siégé envirun l’aire, wace , ïîou, 8275.
|| xiii' s. S’il s’enfuioit, le edefises de se [sa] mai-son serait abattus ; et li meuble et li aire seront l’e-veske, tailliar, Recueil, p. 64 4 . À terre l’estutsommeillier; S’ele dormi, ce ne fu gaires; N’otpas toz jors geü en aires, ruteb. ii, 44 9. Quant liostoirs [autour] se fu assis, Ses oiseaux [ses petits]laidist et blasma, Par maltalent leur reprova ,Que vingt ans ot aire tenue. Unques si grant des-convenue Si oisel ne li firent mès, marie, fable 80.
Se tu veus trouver l’aire du triangle equilatere....Comput, f° 46. Et certaine chose est, se la mesonardet, l’en ne doit pas loage ne de Taire ne des pa-reiz, Liv. de Jusl. 434. || xiv' s. Chacun sextierdou mellieur,qui ès aires dou dit Pont sera vendu,du cange, aéra. Nidos seu ayres avium de rapina,du cange, area. Desoresnavantà tous jours li dit re-ligieus se souffreront de clore et de bailier à prez, àaires ouà autre waingnage [pâturage] plus que clos etbaillié en ont, id. ib. Au trait d’un arc de leurdit aire [des éperviers], Ménagier , iii, 2. || xv' s.Une aire de bois contenant environ demi arpent,id. ib. Aire de marais salant , id. ib. Aires oùse font les lins, id. ib. Icelui Bustor dit qu’il es-tait bon maronier [marinier] et qu’il savoit bienen quel are de vent la lune et le soleil estaient,id. ib. || xvi* s. Le vaultour est chose bien rare,et mal aisée à veoir, et ne treuve Ton facile-
97
ment leurs aires, amyot, Rom. 44. Afin queladiteeau soit bien préparée et eschauffée auparavantqu’elle soit mise dedans les aires salans, palissy,253. Heias! pren donc mon cœur avecque cestepaire De ramiers que je t’offre, ils sont venus del’aire De ce gentil ramier dont je t’avois parlé, rons464 . En cependant que les rides ne font Cresper en-cor Taire de notre front_ id. 4 4 7. Ores en un
aire environné Du bien de Cerès engrainé, gar-nier, Porcie, II.
— ÉTYM. Area. Aire est tantôt féminin et tantôtmasculin, comme aire dans le sens de façon, ma-nière (voy. air, 2 ). Danslebas-latin, on trouve aéra,nid, aéra, place à battre le blé, aerea, aria,aeria. emplacement non cultivé , étable à porcs.
AIRÉE (ù -rée), s.f. Quantité de gerbes qu’on meten une lois sur Taire d’une grange— hist. xiv u s. Le quel Pierre avoit perdu deuxsolz en une arée ou place où Ton bat le blé, ducange, area.
AIRELLE (è-rè-T), s. f. Terme de botanique.Sous-arbrisseau (vaccinium) portant des baies ditesaussi airelles, grosses comme la merise, noires,violacées, aigrelettes.
ATRER (è-ré), v. n. Faire son nid, en parlant desoiseaux de proie. L’aigle avait airé sur un rocherescarpé. || Il se conjugue avec l’auxiliaire avoir.— ÉTYM . .4tre.
t AIRURE (è-ru-ri), s. f. Terme de minéralogie.Extrémité d’une veine de charbon de terre, qui finiten s’amincissant.
AIS (ê), s. m. || 1“ Planche de bois. Il se trouvederrière un long ais de menuiserie que porte un ou-vrier, la bruy. 4 4. L’un me heurte d’uu ais dont jesuis tout froissé, boil. Sat. vi. Sur Tais qui le sou-tient auprès d’un Avicenne Deux des plus fortsmortels l’ébranleraient à peine, id. Lutrin, v. Acesmots, il saisit un vieil infortiat, Inutile ramas degothique écriture, Dont quatre ais mal unis for-maient la couverture, id. ib. Ses ais [du lutrinjdemi-pourris, que l’âge a relâchés, Sont à coups demaillet unis et rapprochés, id. ib. iii. La table où Tonservit le champêtre repas Fut d’ais non façonnés àl’aide du compas, la font. Philém. Six douves depoinçon servaient d’ais et de barre, Régnier, Satireil On mange sur un ais dans le carrosse, sEv. 425.Ce fut bien pis quand l’homme de Mayence [Guten-berg ] eut imaginé de serrer entre deux ais la feuillequ’un autre fit de chiffons réduits en pâte, p. l.cour. I, 240. || 2'Au jeu de paume,un coup d’ais,le coupque la bailledonne de volée dans un ais qui estdu côté du service. || 3° Sorte de planchette à l’usagedes relieurs || 4“ Établi sur lequel le boucher débitela viande. || 5° Outil du fondeur en sable.
— HIST. xiii* s. Me fet crever le cuer ou ventre Liors vens del pertuis punais ; Miex vosisse estre sor unais D’une privée [latrines] où me geûsse, Jton. 4 74 76.Lorsveïst on celes et ceus Qui en la chambre erentadès, Hurtez as parois et as es Lor chies [têtes],...L’escoufle. Nous entendons de certain que tousles es devostre nef sont tous eslochez, joinv. 283. || xv' s.
Et là le [le pont] trouverent-ils fort pourvu de Fla-mands qui le defaisoient ce qu’ils pouvoient; etquand ils en avoient osté un ais , ils le couvraient deriens, froiss. n, n, 475. Le dessus du pont estaitcouvert d’aiz seullement pour la pluye, comm. iv, 9.
U se força tant, qu’il arracha Tais percé du retraitet le repporta à son col, louis xi , Nouv. lxxii .Deux charges de aes ou assennes, du cange, aes.Jehan, qui avoit sur son espaulle ung aes, id. ib.
|| xvi* s. Il rompit un ais qui estait entre la chambrede sa maistresse et celle où il couchoit, marg.Nouv. i. Je ne sçay s’il le demande [relié] en aixde bois, ou en aix de papier [carton], df.sper.Cymbal. ^74. Ung infini nombre d’aisses semées depoinctes.... pour la deffence d’une bresche, carl,v, 32.
—ÉTYM . Berry, ais, prononcé aisse; espagn. exe ;portug . eixe; ital. asse; de assis, planche.
AISANCE (è-zan-s’), s. f. || 1“ Absence depeine, facilité. Porter avec aisance un fardeau.
|| 2° Liberté de corps ou d’esprit. Il fait toute choseavec aisance. L’aisance de ses manières. La libertéet l’aisance doivent régner dans les conversations.
|| 3° État de fortune qui permet de se procurer lescommodités de la vie. Il est dans l’aisance ; il jouitd’une honnête aisance. Ces gâteaux étaient lesseuls présents que Virginie pût faire de l’aisance del’habitation, bern. de st. p . Paul el Virg. || 4“ Auplur. Lieux, cabinet, fosse d’aisances; latrines.
— 13
I.