CAR
CAR (kar), eonj. qui marque qu’on va donner laraison d’une proposition énoncée. Vos pareils y sontmisérables.... Car, quoi! rien d’assuré! point defranche lippée ! la font. Fabl . i, 6 . Et tousdeux vous paierez l’amende: Car toi, loup, tu teplains quoiqu’on ne t’ait rien pris, id. i 6 .il, 3. C’estdonc quelqu’un des tiens, Car vous ne m’épargnezguère, id. 16 . i, 10 . J’ai plus gagné que perdu; Card’hymen point de nouvelles, id. ib. i, 17. Les vieil-lards déploraient ces sévères destins; Les animauxpérir ! car encor les humains [passe encore pour leshommes qui avaient mérité de périr], id. Philémonit Baue. Non, je ne reviens pas, car je n’ai pas été;Je ne vais pas aussi, car je suis arrêté; Je ne de-meure point, car tout de ce pas même Je prétendsm’en aller, mol. Dépit, I, 4. Car [il avait été ques-tion parmi les puristes de supprimer car comme motvieilli] étant d’une si grande considération dans notrelangue, j’approuve extrêmement le ressentiment quevous avez au tort qu’on lui veut faire; et je ne puisbien espérer de l’Académie dont vous me parlez,voyant qu’elle se veut établirpar une grande violence ;en un temps où la fortune joue des tragédies par tousles endroits de l’Europe , je ne vois rien si digne depitié que quand je vois que l’on est prêt de chasseret faire le procès à un mot qui a si utilement servicette monarchie et qui, dans toutes les brouilleriesdu royaume, s’est toujours montré bon français ; pourmoi, je ne puis comprendre quelles raisons ils pour-ront alléguer contre une diction qui marche toujoursà la tête de la raison et qui n’a point d’autre chargeque de l’introduire; je ne sais pour quel intérêt ilstâchent d’ôter à car ce qui lui appartient, pour ledonner à pour ce que, ni pourquoi ils veulent direavec trois mots ce qu’ils peuvent dire avec troislettres, voit. Lett. 63. Gomberville : Que ferons-nous, messieurs, de car et de pourquoi?Desmarets :Que deviendrait sans car l’autorité du roi? Gomber-ville : Le roi sera toujours ce que le roi doit être,Et ce n’est pas un mot qui le rend notre maître.Gombaud: Beau titre que le tar au suprême pou-voir, Pour prescrire aux sujets la règle et le devoir.Desmarets: Je vous connais, Gombaud, vous êteshérétique, Et partisan secret de toute république.Gombaud : Je suis fort bon sujet etle serai toujours,Près de mourir pour car après un tel discours. Des-marets : De car viennent les' lois, sans car point d’or-donnance , Et ce ne serait plus que désordre etlicence, la Comédie des Académiciens, ni, 3,dans richelet. || Substantivement. Les si, les car,les contrats sont la porte Par où la noise entra dansl’univers, la font. Belphég.
— hist. x" s. Car ço videbant per spiritum pro-phète, Frag.de Valenc. p. 468||xi*s. Car, puisqueserement li est jugied.... L. de Guill. 26 . Francchevalier, car m’eslisez baron, Ch. de Roi. xix.Emprès lui dient : Sire, car nous menez, ib. xxvi.|| xii* s. Ne poit durer que Charlles ne le tienne;Car il n’a homme.... Roncisv. i. Alez seoir, car jeVous en semon, ib. 12 . Compeing Rolant, carsonez vostre cor, ib. 46. Car joie a courte duréeQui avient par tel folor, Coud, i. Diex! car la peûssetenir Un seul jour à ma volenté ! ib. ni. || xm* s.Sire, voici l’ost.... quar leur criez merci que il aientde toi pité, villeh. xlii. Car nus [nul] ne vientà vie [qui] ne conviene finer, Berte, ni. Et carme secourez, mere Dieu beneoite, ib. xxix.Il xiv" s. A plusieurs gens sont aucunes choses de-lettables qui sont contraires l’une à l’autre, et lacause est car [que] telles choses ne sont pas natu-rellement delettables, oresme, Eth. 19. Et la causepour quoy nous ne conseillons pas des choses dessusdites est car [que] nule de elles n’est faite par nous,id. ib. 66. || xvi“ s. À quoy Indathyrses, car ainsise nommoit-il.... mont, i, 49. Il parla tout haut deservir le roi sans si et sans car, et puis d’aller auconseil pour mettre la main à la besongne, d’aub.Hist. m, 187. Les deux commissions furent scel-lées extraordinairement, car en [car elles le furentdans] la chambre de M. le chancelier, n’estant en-cores M. de Humieres mort, carloix, vi, 10.
— ÊTYM . Picard (Ponthieu), gar ;provenç. quar,qar, car; anc. catal. quar; anc. espagn . car; anc.ital. quare; du latin quare, c’est pourquoi, mot àmot qua re, par laquelle chose, pour laquellechose; étymologie qui explique l’emploi de cardansl’ancienne langue; soit qu’il signifie donc, commedans ce vers : Compeing Roland, car sonnez vostrecor, c’est-à-dire, compagnon Roland, sonnez doncvotre cor; soit qu’il signifie pourquoi : et la causeest car telles choses ne sont pas....
t CARABA (ka-ra-ba), s, m. Huile de la noixd’acajou.
CAR
t CAR A BAS (ka-ra-bâ), s. m. || 1° Le marquis deCarabas, nom du protégé du chat botté, dans levieux conte rajeuni par Perrault . Bonnes gens quifauchez, dit le chat à tous ceux qui font la moisson,si vous ne dites pas que ces terres sont au marquisde Carabas, vous serez tous hachés menu commechair à pâté. Ce marquis de Carabas, loin d’êtrenoble, était le dernier fils d’un meunier, ce queBéranger a conservé dans sa chanson : Pour me ca-lomnier, Bien qu’on ait parlé d’un meunier, Ma fa-mille eut pour chef Un des fils de Pépin le Bref.|| 2° Familièrement, propriétaire de beaucoup debiens détachés les uns des autres; et aussi, noblefier d’une noblesse douteuse, de titres bien ou malacquis. Mon fils le baron, Quoique un peu poltron,Veut avoir des croix; Il en aura trois; Chapeaubas, chapeau basl Gloire au marquis de Carabas!bêrang. Le marquis de Carabas. || 3° Grande etvieille voiture, dite par raillerie du nom du marquisde Carabas.
t CARABE (ka-ra-b’), s. m. Terme de zoologie.Genre d’insectes coléoptères, considéré à tort commedoué de propriétés épispastiques.
— ÊTYM . Carabus, crabe (voy. crabe).
CARABÊ (ka-ra-bé), s. m. Ambre jaune ou succin.
— HIST. xvi* s. Des pillules de bolarmene, de terresigillée, de carabe, de sang-de-dragon, de girofleet de muse, o. de serres, 900.
— ÊTYM. Portug . carabe,; du persan cah-rouba,succin, mot à mot, tire-paille, de kah, paille, etrabd, enlever, attirer.
1. CARABIN (ka-ra-bin), s. m. || 1* Soldat decavalerie légère au xvi* siècle. Vous êtes obligée den’exposer pas davantage à la funeste adresse d’uncarabin tant de vertus naturelles et acquises, civileset militaires, balz. Dise, à la rég. D’une charge ca-ponne de général des carabins qui n’existaient plus,il s’en fit une réelle de mestre de camp général desdragons, st-sim. 37, 176. || Fig. Tirer son coup encarabin, jeter un mot dans un débat, sans insisteret sans le soutenir. || Par injure ....Fat, animal.Vil carabin d’orchestre, atome musical, regnard,le Bal, 11. U 2° Fig et familièrement, au jeu, ca-rabin, celui qui hasarde volontiers un coup sansjamais s’engager réellement. || Se dit au jeu de lans-quenet du joueur qui ne joue pas seul. || 3* Un desnoms du blé sarrasin cité dans Ménage et usité en-core aujourd’hui en Normandie .
— HIST. xvi* s. Les carabins de l’armée ennemie,le prenant pour un homme de commandement, l’en-gagerent dans une escarmouche assez vive, d’aub.Vie, xcvii. De St-Menehoux Missar, qui comman-doit les carabins de Metz , desquels le nom a depuis[1675] esté familier, estant allé à la guerre, char-gea quelque 40 fourrageurs, id. Hist. ii, 180, A sonaile gauche il avoit 46 carrabins, qui sont arquebu-siers à cheval, armez d’aultre façon que les nostres;car ce sont presque tous hommes de commandementchoisis, id. ib. m, 230. Tous ceux qui estiment autre-ment sont pié-gris, rustiques et carrabins, id. Fcen.m, 22 . Petit rustre, petit carabin, enfant de vanité,id. ib. III, 23.
— ÊTYM . Deux étymologies sont en présence :1 “ D’après Diez, calabrin, qui est dans Roquefortpour carabin, sert d’intermédiaire à calabre , motprovençal qui signifie machine de guerre, le nomdes armes passant facilement de l’une à l’autre.2 ° Dans Du Cange , calabrinus, signifiant qui estde la Calabre , a donné Calabrins, et, par une facilealtération, carabins, ainsi nommés parce que cettesorte de cavalerie est venue d’abord de la Calabre .Cette dernière opinion paraît la plus probable.
2 . CARABIN (ka-ra-bin) \ s. m. Anciennement,carabin de Saint-Côme (Saint-Côme était l’école dechirurgie, à Paris ), frater, garçon chirurgien. || Au-jourd’hui, familièrement et par dénigrement,étudianten médecine. Quand nous mourons, vieux ou bam-bin.... On vend le corps au carabin, bérang. Bohém.
— ÊTYM . Carabin 4, dont on avait depuis long-temps fait un terme de dénigrement comme on peutvoir à l’historique.
CARABINADE (ka-ra-bi-na-d’), s. f. Tour de ca-rabin. Familier et peu usité.
— HIST. xvi* s. Le mareschal de Biron, premieraverti, n’attendit déformer aucune troupe, maisaiantdonné l’avis au roi, courut où les carrabinades[attaques des carabins] l’appelloient, d’aubig. Hist.iii, 391. Un couple de jours se passèrent, non en es-carmouches, mais en carabineries, id. ib. 239. Il s’enva tirer le rideau de son beau frere, criant ineptie,felonnie et carabinage ineffable, id. Fcen. m, 23.Ce séjour de trois ou quatre jours se passa en legeresescarmouches, défis particuliers et carabinage de
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peu de fruit ny d’un costé ny d’autre, sully, Mém.1.1, p. 362, dans lacurne.
f CARABINAGE (ka-ra-bi-na-j’), s. m. Travailqui donne à une arme à feu des rayures en hélice.
CARABINE (ka-ra-bi-n’), s. f. Fusil à canon rayéen dedans. Comme il retournait à son camp, il re-çut un coup de carabine qui lui perça la botte et luifracassa l’os du talon, volt. Charles XII , 4, || Mous-queton ou fusil court de cavalerie.
— xvi* s. La cavalerie du prince avoit quité leslances, et avoient presque tous des carrabines, des-quelles, avant de tirer le pistolet, ils avoient abatula pluspart des piquiers delà longueur de leur bois,d’aub. Ilist. m, 442.
— ÊTYM. Espagn. portug . et ital. carabina (voy.carabin 1).
CARABINÉ, ÉE (ka-ra-bi-né, née), part, passé.|| 1° Un canon de fusil carabiné. || 2" Terme demarine. Brise carabinée, vent très-violent.
CARABINER (ka-ra-bi-né). || 1* V. n. Combattreencarabin, tirailler. || Fig. et familièrement. Joueren carabin. || 2“ V. a. Creuser de rainures le dedansd’un canon de fusil.
f CARAB1NEUR (ka-ra-bi-neur), s. m. Ouvrierqui carabine les canons de fusil. || Joueur qui ha-sarde quelque argent et qui se retire après le coup,au lansquenet.
CARABINIER (ka-ra-bi-nié; l’r ne se lie jamais;au pluriel l’s se lie : des ka-ra-bi-nié-z aguerris),î. m. || l“Soldatarmé d’une carabine. || 2 " Carabinierà cheval, cavalier qui porte la cuirasse et le casqueet qui n’a ni carabine ni mousqueton. Les carabi-niers sont de très-haute taille. Dans cette foule troiscarabiniers se trouvaient en sale veste d’écurie, p.l. cour, ii, 282 . || 3° Soldat d’élite de l’infanterielégère, qui correspondait au grenadier.
f CARABIQUE (ka-ra-bi-k’), s. m. Terme de zoo-logie. Nom du genre des carabes.
f CARACAL (ka-ra-kal), s. m. Sorte de chat sau-vage, nom vulgaire et spécifique du chat caracal,dit aussi lynx de .Barbarie et lynx du Levant. Oncroit que c’est le lynx des anciens.
f CARACARA (ka-ra-ka-ra), s. m. Espèce de vau-tour d’Amérique .
CARACH (ka-rach). Voy. caratch.
CARACO (ka-ra-ko), s. m. Sorte de vêtement defemme qui est plus ou moins ajusté comme un cor-sage et qui est plus ou moins long. Quand nos damesreprennent vite Les barbes et le caraco, bérang.Requête.
f CARACOL (ka-ra-kol), s. m. Escalier en cara-col (voy. caracole).
CARACOLE (ka-ra-ko-1’), s. f. || 1* Terme d’archi-tecture. Escalier en caracole ou caracol, escalierfait en rond, à marches gironées. || 2“ Terme demanège. Succession de demi-tours à droite et à gau-che qu’on fait exécuter au cheval, avec ou sanschangement de main, mais sans suivre de piste.|| 3* Terme d’art militaire. Mouvement d’un esca-dron quand il tourne sur sa droite ou sur sa gau-che, par rangs, non par files. Le maréchal de Lorgedécampa de Roth sur neuf colonnes qui firent la ca-racole en partant, st-sim. 22, 260. ||4“ Sorte de cro-chet à tire-bouchon.
— RF.M. Corneille (tragédie d’Andromède , m, 3)a dit caracol au masculin : Persée revoie en hautsur son cheval ailé, et, après avoir fait un caracoladmirable au milieu de l’air, tire du même côtéqu’on a vu disparaître la princesse.
— HIST. xvi* s. Monsieur de Bouillon n’ayant faitqu’une fausse charge et un caracol pour reprendre lechemin de la retraite, sully, Mém. t. ii, p. 406,dans lacurne.
— ÊTYM . Espagn. caracol, limaçon, coquille demer faite en forme de vis, et par suite espèce dedanse où les danseurs font différents mouvementsles uns derrière les autres; et, dans le manège, ca-racole : tous sens dérivés des contours de la co-quille; de l’arabe karkara, tourner.
CARACOLER (ka-ra-ko-lé) ,v. n. || 1* Faire des cara-coles. Voyez caracoler ces cavaliers. Un cheval quicaracole. || Fig. Corneille en cheveux blancs sur moi[Pégase] caracola, volt. Pégase . ||2° Par extension,aller de droite et de gauche. Progné me vient enle-ver les morceaux Caracolant, frisant l’air et leseaux, Elle me prend mes mouches à ma porte, lafont. Fab. x, 7. Jusques là Harlay avait caracolépour éviter partout M. de Chaulnes, st-sim. 42, 240 .