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Desfontaines : Que ces clairs ruisseaux, etc. et van-tez-vous d’avoir tué un poëte, dideh. sur Tè-rence. || Tuerie temps, s’occuper de choses futilespour échapper à l’ennui. [Des vers] Que, pour tuerle temps, je m’efforce d’écrire, regnieb, Sat. vm,|| On dit aussi quelquefois : tuons le temps quinous tue. || 13*Terme de peinture. Se dit quelque-fois de l’effet d’une couleur, d’une lumière, qui endétruit, en affaiblit une autre. || On dit de mêmequ’une figure en tue une autre. || Se dit aussi dansle langage ordinaire. Si vous mettez votre robebleue, je ne mettrai pas la mienne; la vôtre estd’un bleu plus vif et tue la mienne complètement.|| 14° Absolument. La lettre tue, quand on s’attacheservilement aux mots, on ne saisit pas la pensée. Lalettre tue : tout arrivait en figures, il fallait que leChrist souffrît, pasc. Pens. xvi, 8 bis, éd. havet. Ré-pétez souvent que la lettre tue, et que c’est l’espritqui vivifie, fén. t. xvn, p.70. || Cela se dit aussi d’untraducteur servile. || IB 0 Se tuer, v. réfl. Se donnerla mort, par accident ou volontairement. Il s’est tuéen tombant de cheval. Brutus et Cassiu3 se tuèrentavec une précipitation qui n’est pas excusable,montesq. Rom. 12 . Il n’y avait point de loi civile àRome contre ceux qui se tuaient eux-mêmes, id. Esp.xxix, ». Il y a une loi de Marc-Aurèle qui ordonnede ne point confisquer les biens de ceux qui sesont tués, volt. Lelt. Thibouville, 10 nov. 1777.On ne se tue point pour les douleurs de la goutte;il n’y a guère que celles de l’âme qui produisentle désespoir, j. j. itouss. Ém. 1 .1| Se donner lamort l’un à l’autre. Les deux adversaires, tiranten même temps, se tuèrent l’un l’autre. || Parexagération, on s’y tue, se dit d’un endroit oùl’affluence est excessive. || 16" Nuire au corps, à lasanté. Vous vous tuez à mener une pareille vie.Il se tue à boire. Je vous demande la grâce de nevous point tuer pour moi, et que je n’aie point ladouleur de contribuer à détruire une vie pour la-quelle je donnerais la mienne, sév. 378. J’aipensé me tuer depuis trois mois, afin d’acheverun morceau que je veux y mettre [dans l’Espritdes lois].... je vous jure que cela m’a coûté tantde travail, que mes cheveux en ont blanchi,montesq. Lett. à Mgr Cerati, <8 mars ms. Faudra-t-il que M. le marquis se tue à calculer uneéclipse, quand il la trouve à point nommé dansl’almanach? volt. Jeannot et Colin. || Se tuer àplaisir, faire sans nécessité des choses qui nui-sent à la santé. || 17° Se donner beaucoup depeine Les autres [les érudits] se tuent pour remar-quer toutes ces choses, non pas pour en devenirplus sages, mais seulement pour montrer qu’ilsles savent, pasc. Pens. iv, 2 , éd. havet. || On ditordinairement se tuer à. On se tue à vous faireun aveu des plus doux, mol. Tart. iv, 5. Pourmoi, je ne me tue point à écrire; je lis, je tra-vaille, je me promène, je ne fais rien, sév. 224.Il [Chapelain] se tue à rimer : que n’écrit-il enprose? boil. Sat. ix. Montesquieu , dans ses Lettrespersanes, se tue à rabaisser les poètes, volt.Lelt. Saurin, 28 déc. 1768. Figurez-vous ce quec’est que de faire imprimer à la fois son Siècle etune nouvelle édition de ses pauvres œuvres; dese tuer du soir au matin à tâcher de plaire à cepublic ingrat, in. Lett. d’Argental, 28 août 1761.Pour moi, quand je me tuerais par mes travaux,le nom de Durand n’en deviendrait pas plus cé-lèbre, genlis, Thédt. d’éduc. le Magistrat, h, 4.|| 18° Se tuer de, faire incessamment. Je'me tuaismoi-même à tous coups de lui dire Que mon âmepour lui n’a que de la froideur, corn. Veuve, ni,4. Le bruit est grand autour d’elle [une dame àqui on prétendait que Monsieur faisait la cour] ;Monsieur en est au désespoir; il se tue de direqu’elle ne prétend à rien, sév. t. x, p. 148, danspougens. Son ami [de Matha] se tuait de lui dire,qu’ils [ses procédés de galanterie] étaient inso-lents plutôt que familiers, hamilt. Gram. 4.Je me tue de vous faire signe que j’ai quelquechose à vous dire, brueys, Muet, iv, 7. || 19“ Cesdeux nuances se tuent mutuellement, elles se ter-nissent l’une l’autre. || 20“ On dit que le cidre setue ou est tué, lorsque, restant en vidange, ilprend une teinte brune et perd de sa saveur,il 21“ A tue-tête, loc. adv. Très-fort, en parlant dela voix (si fort que l’on tue, casse la tête). Ils par-lent tous à tue-tête, scarr. Virg. vi. Un jour d’au-dience, où se trouvaient les ambassadeurs et nom-bre de gens distingués, le cardinal [Dubois], im-portuné par quelqu’un, l’envoya promener entermes grenadiers, jurant et criant à tue-tête,Buclos, (Euv . t. vi, p. 135. Dans l’instant, nous
avons commencé un duo que nous avons chantéun peu faux, mais à tue-tête, genlis, Ad. et Th.t. H, p. 284, dans pougens. || Proverbe. Tel fiertqui ne tue pas, tous les coups ne sont pas mortels.
— REM. On ne se sert pas du verbe tuer en par-lant des morts violentes par exécution de justice,ni en parlant de ceux qui ont été noyés, étouffésou empoisonnés.
— HIST. xii“ s. Icel orage e cel tempiz Lurduratant que port unt pris En Engleterre, ceo m’estvis, Morz e tuet e esturdiz, benoit, i, v. 1874. Sibruit li cox [le coup] com foudre contre oré; Detrente maux [maillets] ne fust il miex tué, Et lichevals par desoz asomé, Bat. d’Aleschans, v.5775. E tuout [tuait] à glaive les enfanz e lesvielz par tûtes les citez, Rois, p. (9. ||xm“s. Paorai ne vous tue, si me puist Diex aider, Berte, xi.|| xv“ s. Or ne fait rien, et si se tue, Fors soy par-tout faire escharnir [moquer], e. desch. Miroir demariage, p. 64. Homs qui se marie se tue, id.Bail. Item à maistre Jacques James, Qui se tued’amasser biens, villon, Gr. test. Ils trouvèrentdevant St-Mery un nommé Jehan le Prestre qu’ilstuerent [percèrent de coups] plus de dix fois,Journal de Paris, Paris sous Charles VI et Vil, an.1 438. || xvi® s. Si ma chambrière m’en eust faitautant, je me fusse levée, et lui eusse tué la chan-delle sur le nez, marg. Nom. lix. Ils tuent le feuà une pipe de vinaigre défoncée, d’aub. Hist. iii,14. L’ambition se tue en se faisant cognoistre, id.Tragiques, édit, lalanne, p. 135. De sept tuez surla terre gisans, Mille en y a les tueurs s’en disans,amyot, Galba , 33. Tel tue qui ne pense que bles-ser, et tel cuide frapper qui tue, cotgrave. Tuez,il fait bon saler, oudin , Curios. franc.
— ÉTYM . Berry, cuer le feu, cuer la chandelle;wallon , tourné; provenç. tuar, tuer; tudar, étein-dre, étouffer; bas-lat. tutare, éteindre. 0Oeiv, tuer,n’a pu être indiqué que quand on ignorait les rè-gles de l’étymologie; il faut un mot qui rendecompte du t ou d (tutare, tudar). Diez, écartantle germanique (goth. dauthjan, anc. haut-allem.tôtan, qui aurait donné en provençal daudar outaudar, et en français louer), tire tuer du latintutari, protéger, recouvrir pour protéger, puisétouffer : tuer le feu, qui serait l’emploi primi-tif, était, à l’origine le couvrir de cendres pour lemaintenir ; d’où le sen3 d’étouffer qui s’est géné-ralisé dans l’acception tuer. Mais tous les intermé-diaires manquent pour appuyer un pareil écart designification. L’origine est le latin luditare, frap-per, choquer, ou même tudare ; du moins duCange a tudatus, marteau. Ici la forme et le senssont d’accord. Le sens fondamental est frapper,assommer. Pour passer à éteindre, on a l’ancientexte qui dit : tenens cannam unam in manu sua,tutat lampadem u nam, il frappe une lampe etl’éteint ; du langage ecclésiastiqne tutare a passéau sens d’éteindre dans le parler vulgaire ; de làle tudar, provençal , l’at-tutare, italien , lequel,figurément, a pris le sens d’amortir, apaiser. En-fin frapper est devenu sans peine donner la mortd’une manière violente.
TUERIE (tû-rie), s. f. || 1“ Carnage, massacre.Le dénoûment [de Bajazet] n’est point bien pré-paré ; on n’entre point dans les raisons de cettegrande tuerie, sév. 126. Voilà où se fit la tuerie[au passage du Rhin] qu’on aurait, comme vousvoyez bien, évitée, si l’on avait su l’envie que cesgens-là avaient de se rendre; mais tout est mar-qué dans l’ordre de la Providence, id. 152. || Fami-lièrement et par exagération. N’allez pas là, c’estune tuerie, se dit d’un lieu où il y a une tellefoule qu’il est difficile de s’en tirer sain et sauf.|| 2“ Lieu où l’on tue des animaux pour la bouche-rie. Une tuerie spéciale organisée pour le débitde la viande de cheval.
— hist. xvi* s. Sept cens ou environ de coupsd’artillerie Donnèrent en la ville sans faire grandturie, morin, Siège de Boulogne, p. <2. Ils commen-cèrent la tuerie en criant vive la croix, d’aub.Ilist. I, 138.
— ETYM . Tuer ; wallon , touwreie ; prov. tuaria.
f TUE-TEIGNES (tu-tè-gn’), s. m. Appareil in-secticide pour préserver les blés des larves desteignes : on projette violemment les grains sur undisque métallique, et le choc tue les larves.
TUE-TÊTE (A) (tue-tê-t’), voy. tuer, n“ 21.
TUEUR (tu-eur), s. m. || 1“ Celui qui tue. Je neconnais, lui dis-je, ni le tueur, ni les tués, mariv.Pays. paru. 3” part. || C’est un tueur, c’est unhomme qui a tué plusieurs hommes dans des af-faires particulières. Je ne conviens pas que M. de
Val..„. soit un si grand tueur que tu le supposespossible, Mirabeau, Lett.orig. t. m, p. 30 l.|| Iro-niquement. Tueur de gens, fanfaron, homme quifait le brave. || 2“ Celui qui tue les porcs, les saleet les accommode. || Inspecteur des porcs tués.
— hist. xiii* s. Nulz vers ne la puet pertuisier,Ne son vernis amenuisier; Car elle est de tousvers tueuse, j. de meung, Tr. 635. ||xiv* s. S’ils [lesmédecins] n’ont sagesce en eulx de pluseurs es-ariptures, et ne sont expers en l’art de médecine,ilz doivent plus tost estre appelez tueurs de gensque médecins ne cirurgiens, vignay, Eschés mora-
lisés, f* 62. || xv* s. Item est vrai_que plusieurs. •••
ont dit publiquement.... que j’avois à Paris meur-triers et tueurs convenables pour eux tuer etmeurtrir, monstrel. i, i, 119. || xvi* s. Le sieur deMontravel, qui avoit tué auparavant le sieur deMouy son maistre, qu’on appelloit le tueur duroy, ou le tueur aux gages du roy, brant. Cap-franc, t. m, p. 164. Je vous en veux à vous, bas-tards ou dégénérés, Lasches cœurs qui leschez lesang frais de vos peres Sur les pieds des tueurs,d’aub. Tragiques, édit, lalanne, p. 304.
]• TUE-VENT (tû-van), s, m. Terme de jardi-nage. Abri contre le vent.
TUF (tuf), s. m. || 1“ Nom générique des pierresporeuses produites par voie de sédiment ou d’in-crustation, provenant de matières pulvérulentesremaniées et tassées par l’eau, et qu’on trouveassez souvent au-dessous de la bonne terre, de laterre franche. Tuf calcaire, siliceux, volcanique, etc.Creuser jusqu’au tuf. Ce terroir est mauvais, cen’est presque que du tuf. On verra combien il estfréquent de trouver de grands amas de tufs dansle voisinage des montagnes primitives, Saussure ,Voy. Alpes , t. u, p. 402, dans pougens. Le tuf estla plus impure, la plus irrégulière et la plus po-reuse des concrétions calcaires, a. brongniaiit,Traité de minér. t. i, p. 211 . || Fig. Apparencetrompeuse. Mlle de Lovestein vit le tuf à traverstous les ornements qui le couvraient [Dangeau],st-sim. 39, 197. Villeroy, déchu du commandementdes armées, perdit toute l’écorce qui l’avait faitbriller, et ne montra plus que le tuf, id. 162 , 136.|| Fig. Rencontrer, trouver le tuf, se dit, lorsqueaprès s’être fié à de belles apparences, on découvreque ce qui est dessous, y répond mal. L’espritde ce pays n’est qu’en superficie; Sitôt que vousvoulez un peu l’approfondir, Vous rencontrez letuf, regnard, le Joueur, n,4. || 2“ Particulièrement,sorte de pierre blanche et tendre, qui devientplus dure et plus blanche lorsqu’elle est em-ployée. Maisons bâties en pierre de tuf, ou, abso-lument, en tuf. || En ce sens, on dit quelquefoistuffeau. || 3“ Étoffe très-grossière, dont les ton-deurs de draps se servent pour garnir leurs tables.
— HIST. xvi* s. Espérant planter deux colomnessur ce tombeau, non de tuffe venteuse que la luneet l’hyver puissent geler, mais d’un marbre devérité, de qui le temps ne void la fin, d’aub. Hist-Préf. 9. Lors qu’elle est inveterée, et que l’hu-meur est dure comme piastre, ou comme unepierre de tuffe, paré, xv, 8.
— ÉTYM . Ital. tufo; du lat. tophus.
f TUFACÉ, ÉE (tu-fa-sé, sée), adj. Qui a le ca-ractère du tuf. || Terrein tufacé, ter rein dont lamajeure partie est composée de tuf.
TUFFEAU (tu-fô), s. m. Tuf, dans le sens depierre blanche et tendre. Dans ce pays, on ne bâti'que de tuffeau. || Variété de craie plus lâche etplus poreuse que la craie blanche.
— HIST. xvi* s. Un sombre obscur caveau... Dansle tufeau cavé.... baïf, Œuvres, p. 187.
TUFTER, 1ÈRE (tu-fié, fiè-r’), adj. Qui est de la na-ture du tuf. || Terretufière, celle qui, approchant dutuf, est ordinairement maigre et ingrate.
— REM. Il serait à désirer, dit Pautex, que cesmots suivissent la même orthographe, et que tousles deux prissent également deux f ou une seule,mais plutôt une seule.
t TUGET (tu-jè), s. m. Nom vulgaire du petit duc.
t TUGURIO (tu-gu-rio), s. m. Mot qui s’est duau xviii* siècle pour chaumière. Nous arrivâmesdans un tugurio plus pauvre, plus misérable qu onne peut vous le représenter, sév. 218.
— ÉTYM . Lat. tugurium, chaumière.
f TUILAGE (tui-la-j’), s. m. Petite planche, en-duite de résine et couverte de limaille, dont ssert le tondeur de draps. || On dit aussi tuile.