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Tome troisième. G - L.
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M LIS

azurés en feuillages ; cet édifice fut brûlé, il y a plusieursannées. On l’a rebâti plus beau qu il n’étoit. Près de lasacristie , il y a une chapelle de marbre , qui sert desépulture aux archevêques de Lisbonne. Les religieuxde S. Benoît ont une maison appellée vulgairement San-Bcnito ; elle est à l’extrémité de la ville, au nord - est.Le bâtiment fait connoître les revenus de la maison. Uneseule façade a cent cinquante pas de longueur ; il y adeux étages avec quantité de fenêtres ; l’escalier a deuxmontées, 8c ceux qui montent ne te voient pas les unsles autres. On y a fait une grotte de la même façon quecelle de l’Escurial, qu’on appelle Panthéon. C’est la sé-pulture des comtes de Cajlel-Rodrigo. Chez les Carmes,dont la maison est belle, on volt un grand puits ; lapierre qui le borde au-destus , est toute de jaspe St d’unefeule pièce. L’égliíe de S. Louis est petite, mais très-gentille ; le rétable est doré, 8t l’églife est toute peinte ;la dépense en a été faite par les François qui trafiquentdans Lisbonne.

II y a dans Lisbonne une confrérie célébré, qu’on ap-pelle la confrérie de La Miséricorde, en Portugais irmen-dade da Mìsericordia. Elle est composée de tout ce qu’ily a de plus honnêtes gens, & des plus qualifiés ; le roi lui-même & les princes ne font pomt difficulté de s’y en-roller. Elle a un président ou pourvoyeurque les Por-tugais nomment prouvedor, & dont Fcmploi est assezonéreux, quoique fort estimé. On le change tous les ans ;& celui qui en est revêtu, n’ensort guèressans dépenserplus de cent mille francs de son bien, s’il veut exercerfa charge avec honneur. Cette pieuse confrérie fe dé-voue à secourir les pauvres. Elle assisté tous ceux quifont dans' quelque nécessité, ceux que la honte empêchede mendier, les veuves, les orphelins, Sec. Elle entre-tient un grand nombre de pauvres filles, St les marie,lorsque l’occasion s’en présente. Elle a foin que rien neleur manque , pourvu qu’elles vivent bien ; elle assisteles prisonniers, soit en leur donnant des secours, soiten travaillant à leur procurer la liberté, soit en les ac-compagnant 8t les consolant, lorsqu’ils font condamnésau supplice. Elle ne borne pas ses foins aux vivans , elleles étend jusqu’aux morts. Elle a une belle 8t magnifi-que église, où l’on dit par an plus de dix mille messespour le salut des confrères Sc de tous ceux qui fontmorts, 8c qui fubsistoient par la charité de la confrérie.Enfin elle n’est pas bornée dans la ville de Lisbonne ;elle est encore établie dans toutes les villes du Portugal,& dans les pays qui en dépendent.

II y a encore dans Lisbonne une maison de miséri-corde. C’est un vaste hôpital, destiné pour les pauvresmalades. L’infirmerie est une des plus belles que l’onpuisse voir. Lorsque les malades sont guéris , on leurdonne une petite somme d’argent, pour qu’ils puissentvivre dans le repos durant quelques jours , afin de ré-tablir entièrement leur santé. Cette maison porte le noms!hôpital de tous les saints.

Cette ville a été plusieurs fois conquise 8c reconquisepar différens peuples. Au commencement du cinquièmesiécle, les Alains mirent le siège devant Lisbonne. Cetteville n’avoit p ours fa défense que des habitans peu aguer-ris, qui le cotisèrent 8c firent une somme considérablequ’ils donnerent à leurs ennemis , pour s’assranchir deleur tyrannie.

D. Ordogno III, qui commença de régner, en 958,prit 8c rasa Lisbonne. Elle fut rebâtie ; 8c les Moress’e i étant emparés, D. Henri la reprit vers le commen-cement du douzième siécle. Elle tomba encore depuisfous la puistance des Mores ; mais, en 1147, D. Alphonsel’emporta d’assaut avec le secours d’une flotte de Fran-çois , Anglois 8c Allemands croisés pour la Terre-fainte.II avoient campé dans le lieu où l’on a bâti depuis l’é-glife des Martyrs.

Dès le cinquième siécle, il y avoit eu à Lisbonne unévêché suffragant de Mérida. Lorsque cette ville eut étéreprise par D. Alphonse sur les infidèles, le pape Eu-gène III rétablit cet évêché, qui, en 1390, fut érigé enarchevêché.En 1716, Clément XI érigea la chapelle dupalais des rois en église patriarchale , 8c y joignit unchapitre. Le patriarche est ordinairement cardinal, 8cexerce les fonctions épiscopales dans cette chapelle.

Henri, roi de Castille, en 1373, attaqua Lisbonnepar mer & par terre, 6c la prit, parce que les habi-

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tans , qui n’avoifcnt aucunes munitions , ne purent la dé-fendre. Le lendemain de la bataille d’Alcantara, ou educ d’Albe avoit défait les Portugais commandes parD. P. d’Acuna, Lisbonne abandonnée 8c fans detènle,fe soumit au roi d’Espagne. Le duc d’Albe y entra ,punit ceux qui paroiffoient encore attachés aux intere^de D. Antoine de Bragance. Plusieurs ecclésiastiques tu-rent bannis ; d’autres furent mis à mort. Ceux des ma-gistrats ou des officiers , qui avoient été établis p arD. Alphonse, furent dépossédés honteusement ; les moiU*malheureux furent bannis. Enfin le Portugais ayant tu ele i er Décembre 1640, le secrétaire de la vice-reine, I educ de Bragance fut proclamé, à Lisbonne, roi de Po r 'tugal, 8c prit le nom de Jean IV.

Parmi tant de révolutions, presque tous ceux qui d e 'meuroient les maîtres de Lisbonne, la regardoient cown> eune retraite assurée pour eux, en cas qu’ils ne pussentréussir dans les projets qu’ils pouvoient former. Si , d ustcôté, son assiette 8c fes fortifications les mettoientà cou-vert du ressentiment 8c de l’infulte de leurs ennemis»ils étoient charmés de l’autre côté par la douceur de eeclimat, qui est le plus sain 8c le meilleur de toute l’E*'pagne. 11 semble qu’on y vive dans un printems conti-nuel , par la variété des fleurs qu’on voit naître au Mi-lieu de l’hyver.

Lisbonne est le siège durelacao, que nous appelso nSen françois le parlement. Cette cour souveraine, 8c ^premiere du royaume, est composée d’un président ;homme d’épée, que le roi choisit ordinairement parm 1les seigneurs les plus qualifiés, 8c qui a le titre de r es'dor ; quarante conseillers, qu’on nomme de^embar^'dor ; d’un chancelier, qui est dezembargador, qui gard®les sceaux , 8c connoît des contraventions, 8c gé-néralement de toutes les affaires qui lui sont rapportées,8c de deux procureurs du roi ; ces deux derniers ontaussi le rang de dezembargador. Les privilégiés, ou ceU<qui ont droit de committimus , vont plaider par- devantles corregidores de la corte , ou inspecteurs fur les offi-ciers de justices, pour l’obfervation des loix 8c coutu-mes.

II y a dans ce parlement différens bureaux , pour ju-ger les procès, suivant la matière dont ils sont; crimi-nels, civils, interlocutoires, définitifs, ou concernantle domaine du roi. Le régidor préside en la premier®chambre, qui est toujours composée de dix juges. II estassis dans un fauteuil, sous un dais, au bout d’une ta-ble , le long de laquelle font assis les conseillers desffieux côtés fur des bancs. II doit assister à toutes lesdélibérations ; il ne prend point fa place que revêtu denoir, avec un manteau, un rabat 8c une épée. II portetoujours, ou il fait porter auprès de lui, pour marqu®de fa dignité, un bâton blanc de quatre ou cinq pieds »il ne donne fa voix qu’en matière criminelle , lorsqueles juges se trouvent partagés en opinions. Dans les au-tres chambres il n’y a point de président particulier.

Tous les procès fe jugent par écrit ; le régidor les dis-tribue, 8c en envoie faire le rapport aux différens bu-reaux , où ils doivent être portés. II retient ceux qu’Hjuge à propos, pour être examinés devant lui.

Les dezembargadors sont vêtus de soutanes, 8c d’unerobe par-dessus ; elle ressemble assez aux robes que l eSjuges portent en France, excepté que les manches sontétroites ; 8c ils portent une espece de toque. Ils sontobligés de fe rendre tous les matins au palais, à sept heu-res , 8c ne peuvent s’en exempter fans une cause légitime,dont ils doivent faire part au régidor. Ils vont au bureauoù les affaires dont ils font chargés les appellent. ToUSrépondent à la premiere chambre : ils travaillent jusqu *midi, 8c ne retournent point l’après-dînée au palais.

Les procès criminels en premiere instance, ou par ap-pel , & les appellations des interlocutoires en matièrecivile, fe rapportent 8c fe jugent furie champ; les au-tres affaires fe rapportent. Celui qui en est chargé ditson avis, 8c le rédige par écrit, avec les raisons fur les-quelles il est fondé ; après quoi, il donne son avis ,remet le procès ainsi raisonné à celui qui le fuit ; celui-ci l’examine chez lui en particulier, 8c donne pareille-ment son avis par écrit. Le procès passe alors au troiçsiéme, qui fait la même chose que les deux autres. Stles trois avis sont conformes, il y a arrêt, 8c l’on ex-pédie le jugement; s’ils font différens, le procès passe